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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Quand les NiD des Cigognes se posaient en Touraine

Venues de Strasbourg en 1933, les escadrilles du 2e régiment de chasse sont restées trois années à Tours. Les Cigognes de Guynemer et de Fonck annonçaient une relation étroite entre Tours et la chasse, qui se poursuit de nos jours.

Trois personnes non identifiées, devant un Nieuport 62 de la Spa 65. (Didier Lecoq)

En cette fin août 1933, la base de Tours est prise d’une intense activité. En ville, l’information circule depuis la fin du mois de juin : six escadrilles de chasse vont prendre place au côté du 31e. Un nom revient : Guynemer. Ce sont les Cigognes de Guynemer et de Fonck qui viennent faire leur nid. Mais avec huit escadrilles d’observation et de reconnaissance en place, la base fait déjà le plein (1). Il faut faire un peu de ménage. L’arrivée des Cigognes est donc le signal du départ pour les deux escadrilles de l’ancien 33e régiment d’aviation de Mayence qui partent à Nancy (2).

Pour les journaux tourangeaux chargés de l’oraison funèbre, ce groupe de reconnaissance n°1 avait « pendant son séjour à Tours, cultivé un esprit vraiment magnifique. » Et de rappeler que ce groupe venait de gagner, pour l’année 1932-1933, le challenge offert par les Amis du 31e régiment.

“ Prudence au-dessus de nos têtes… ”

Un Nieuport 622 de la Spa 26 et un Nieuport 62 à Parçay-Meslay. Avant le départ de la Spa 26. (Didier Lecoq)

Les Nieuport 62 ne sont pas une découverte pour les Tourangeaux. Ils ont l’habitude d’en voir, mais à dose homéopathique. Le 3e régiment de chasse de Châteauroux qui est sous le même commandement que le 31e de Tours, en possède. Les deux régiments se retrouvent régulièrement pour des manœuvres. Ou sur les meetings de la région. N’empêche, l’arrivée de la chasse suscite un fort engouement… teinté d’inquiétude. « Les pirouettes des as de la chasse viendront changer un peu le calme du vol de nos avions actuels. A tous, nous souhaitons la bienvenue en les invitant à la prudence au-dessus de nos têtes. »

Le 13 septembre 1933, les  Nieuport 62 du « 2e de chasse » quittent Strasbourg. Huit escadrilles le composent, réparties en trois groupes :

1er groupe : Spa 3 (cigogne de Guynemer), Spa 26 (cigogne de Saint-Galmier), Spa 103 (cigogne de Fonck) ;

2e groupe : Spa 65 (chimère), Spa 84 (renard), Spa 57 (mouette) ;

3e groupe : Spa 174 (Jeanne d’Arc), Spa 124 (Sioux).

Les deux premiers groupes prennent la direction de Tours. Le troisième s’arrête à Reims. L’année suivante, le ministère de l’Air décide de réduire la voilure (3). A Tours, chaque groupe perd une escadrille. Disparaîtront ainsi la Spa 26 et la Spa 84.

Mais revenons à l’envol des Cigognes depuis Strasbourg-Neuhof. Et à leur arrivée à Tours, le 13 septembre 1933, à 18 heures. Pour la première fois, le drapeau « du 2e de chasse »  vient par la voie des airs. Il est amené par le lieutenant Hyvernault (4). C’est le lieutenant-colonel Bladinières, commandant de l’unité, qui l’accueille.

A Tours, c’est une cérémonie imposante qui attend le 2e de chasse après celle, très émouvante, du départ de Strasbourg et l’hommage aux morts du régiment. Le général Pujo (inspecteur de l’aéronautique), le colonel Canonne, le colonel Muiron (commandant la brigade) et le lieutenant-colonel de Castel (commandant le 31e régiment) sont là pour l’accueillir.

Le nombre d’avions est plutôt incertain. Les journaux parlent de soixante et un avions auxquels s’ajoutent vingt-quatre Nieuport arrivés depuis plusieurs jours et déjà dans les hangars. Cela semble beaucoup. Parmi les pilotes affectés à Tours : le lieutenant-colonel Bladinières ; les commandants Mérat (2e groupe) et Claraz ; les capitaines Colin (ou Colas), Merle, Dargent, Gosset, Nuville, Daru, Tapie, Bertrou (5), Michel ; les lieutenants Naudy, Pompe (Spa 65 puis Spa 3), Bourguet, Sarault, Vallois, Engler (6), Curvale, Jacques Rougevin-Baville (Spa 57 puis Spa 3), Reyné, Stehlin (Spa 65), Larrique, Barrère ; le sous-lieutenant Bernard ; le sous-lieutenant de réserve Berthon. Il faut leur ajouter le lieutenant Hyvernaud. Ces noms sont ceux annoncés dans les journaux. Quant aux sous-officiers…

Jusqu’au départ pour Chartres, plusieurs commandants se succéderont à la tête du « 2e de chasse » : Bladinières qui quitte l’unité – mais pas Tours – pour le commandement de la 31e demi-brigade. Le commandant Gérard assure l’intérim avant l’arrivée, au début de l’année 1935, du lieutenant-colonel Mathis. Le lieutenant-colonel L. Pellet, commandant de la base aérienne 103 (Tours), prend le commandement de la 2e escadre en avril 1936. Jusqu’en septembre. Puis c’est le lieutenant-colonel Robert Le Petit, après, là encore, un court intérim assuré par un commandant de la 31e escadre, Corsanini. En si peu de temps, cela fait beaucoup.

Fonck remet un fanion d’honneur

Le 2e de chasse invité par un groupe de la 31e escadre. La haute stature du capitaine Daru domine le groupe. (Collection Vincent Lemaire / famille Gaillères)

L’histoire des Cigognes entre les deux guerres tient en quelques pages dans l’historique. Et celle de leur passage à Tours en quelques lignes. Le « 2e de chasse » y a vécu la vie ordinaire d’un régiment d’aviation. Il participe à des manœuvres nationales, notamment en septembre 1934, pour la défense de l’aéroport du Bourget contre les bombardiers venus de l’Est. A des manœuvres régionales comme celles du Sud-Ouest en septembre 1936, avec une vingtaine d’avions du 2e groupe dirigé par le commandant de Gennes. Sans oublier les exercices avec la 31e escadre et la 3e escadre de Châteauroux.

Le 2e participe à des meetings – le Rallye des vins de Touraine en 1936 avec le capitaine Larrique, les sergents Pollono et Dorcy – et, bien entendu à toutes les cérémonies militaires.  En point d’orgue, le défilé du 14 juillet 1935, à Paris, avec la 31e escadre. Tous les avions des deux formations étaient de la revue.

L’instruction des réservistes figure également à son programme. L’École de perfectionnement de Tours (7) a été créée par décision ministérielle le 3 octobre 1933. A Tours, la Direction régionale de l’Instruction prémilitaire et postmilitaire est dirigée par le commandant Fromont et le capitaine Raineri, qui trouvera la mort en juin 1938 dans l’accident du Potez 54 du ministère de l’Air à Beaumont-la-Ronce (8).

En 1935, Tours et Châteauroux ont seize places chacun. Parmi les pilotes qui fréquentent le 2e, Louis Risacher, Marcel Hugues mais aussi André Monty (9), Jacques Peuto (10) et Jacques de La Bretonnière (11).

Lors de la manifestation nationale aérienne des Réserves de l’armée de l’air, le 24 mai 1935, à Clermont-Ferrand, le Military du ministre de l’Air est remporté par Bissoudre (3e escadre) devant les deux représentants de la 2e escadre, le sergent de Muyser et le lieutenant Monty.

La présence des Cigognes draine également son lot de glorieux vers la base de Tours. Le 10 octobre 1933, le « 2e » reçoit la 31e qui l’avait invité quelques jours plus tôt. La réception est rehaussée par la présence de Marcel Doret qui en profite pour montrer son Dewoitine. Le samedi 26 mai 1934, René Fonck vient à Tours pour remettre un fanion d’honneur à la Spa 103. Plusieurs autres grands pilotes de l’escadrille ont fait le déplacement : Haegelen, Battle, Ledeuil ainsi que le colonel d’Harcourt : « Ainsi nous remettons l’image de cet emblème, témoin de nos combats, de nos souffrances et de nos gloires, pour le transmettre nous-mêmes, à ceux qui viendront après nous »… C’est au lieutenant Sarault que Fonck remet le fanion tenu par le plus ancien pilote de la Spa 103, Brugère.

Une cérémonie a pris une autre saveur depuis que la Spa 3 est à Tours : la cérémonie commémorant la mort de Guynemer. Le 11 septembre 1936, la citation est lue par le capitaine Louis Risacher, ancien de la Spa 3 et réserviste, qui est fait, le jour même, officier de la Légion d’honneur.

Trois rescapés : Rougevin-Baville, Déchanet et Patureau-Mirand

Ces trois années en Touraine ont apporté leur lot de faits divers. Certains souriants, d’autres tragiques.

Le NiD 622 n°456, sur le dos, devant un des hangars de la 31e escadre. (Collection Vincent Lemaire / origine Regnoux)

Souriant comme celui de Rougevin-Baville. Le 21 décembre 1934, contraint de voler à très basse altitude à cause du brouillard, il touche le sol. Pas au point de s’écraser, assez fort pour détruire le train d’atterrissage de son Nieuport. Cela se passe dans la vallée de Vau, près de Chançay, au nord-est de Tours. Il n’est plus question de se poser. Rougevin-Baville choisit donc de sauter en parachute après avoir repris de l’altitude.

Plus cocasse encore, le 13 octobre 1936, le lieutenant  Patureau-Mirand (12) effectue des loopings au-dessus de Vouvray lorsqu’il est éjecté de son habitacle. Alors qu’il est sur le dos, la bretelle de sécurité cède, libérant le pilote qui se retrouve rapidement suspendu à son parachute. L’avion s’écrase aux Clozeaux, à Vouvray.

D’autres sont plus dramatiques. En avril 1935, le capitaine Paul Tapie, âgé de 30 ans, est en stage à La Martinerie, à Châteauroux, pour un examen de chef de patrouille. Le Breguet 19 de Châteauroux est piloté par l’adjudant-chef Roy, de la 3e escadre. Sans doute victime d’un ennui mécanique, le Breguet s’est écrasé, tuant les deux aviateurs. Certains témoins ont parlé d’une vrille. D’autres ont dit que le capitaine Tapie a sauté en parachute mais trop près du sol pour qu’il puisse s’ouvrir.

Une photographie prise par Nattes, un aviateur de la 31e escadre. (Collection Vincent Lemaire)

Le mardi 25 février 1936, c’est Mardi gras. « La chasse à courre du Mardi gras est un événement pour les Amboisiens et nombreux étaient les promeneurs qui avaient profité de l’après-midi de ce jour de congé pour se rendre en forêt d’Amboise. » Deux Nieuport survolent la forêt d’Amboise. Ils se perdent de vue dans un nuage. A la sortie, ils se percutent. « Le moteur tomba en bordure de l’étang de la Caillaudière, à gauche de la route de Bléré, cependant que les autres morceaux étaient disséminés un peu partout dans le bois, à droite de la route. » Le pilote, accroché à son parachute, se pose, choqué, dans la direction de La Croix-en-Touraine. Il s’agit du sergent Déchanet. Pour lui, l’histoire continue : il s’illustrera avec l’escadrille Normandie-Niemen, en Russie, puis en Indochine. Le sergent Deschamps n’a pas cette chance. Blessé dans le choc, il est tombé dans les arbres. Ce sont les spectateurs de la chasse à courre qui détachent le parachute et descendent le pilote d’un grand chêne. Transporté à l’hôpital d’Amboise puis à celui de Tours, il décède à son arrivée.

D’autres accidents ont lieu en 1936. A cause d’une panne de moteur, à Noizay. A cause d’une hélice qui se détache, pour l’adjudant Tondeur, à Luynes, le 29 mai.

Le Nieuport 622 avait des problèmes, semble-t-il, avec les hélices métalliques. C’est elle qui est accusée dans le décès du lieutenant René Larrive, le 22 octobre, au-dessus de Saint-Nicolas-des-Motets, près de Château-Renault. Le jeune lieutenant de la Spa 3, sorti de l’École supérieure d’aéronautique en 1930, aurait été victime, selon la commission d’enquête, « d’une rupture de vilebrequin au ras du nez de l’hélice ». Le journal Le Jour a demandé qu’on interdise les Nieuport à hélice métallique. Ce n’est plus nécessaire. Le « 2e de chasse » va quitter Tours pour Chartres où il va changer d’avion, passant du Nieuport sesquiplan au Dewoitine 501.

Le 22 décembre, à 10 heures, la 2e escadre part, sous les yeux notamment de celui qui l’a amené, le colonel Bladinières, chef d’état-major de la 3e région aérienne.

C’est encore Hyvernaud qui emmène le drapeau, roulé dans un étui de cuir. Hyvernault et les deux avions de la garde décollent de Parçay-Meslay pour y revenir rapidement. Un départ fictif car le départ réel n’a lieu que le lendemain. Les Nieuport quittent alors la base, fermant ainsi le premier chapitre de l’histoire de la chasse à Tours. Le second chapitre s’est ouvert après la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l’école des moniteurs de Tours. Le troisième chapitre, à la fin des années 50, a vu passer la chasse tout-temps. Enfin, le quatrième chapitre, celui de l’école de chasse, fête en 2011 son cinquantième anniversaire. Plus de la moitié de l’histoire de l’aviation à Tours.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2007

Le nez en l'air : le capitaine Daru et le lieutenant-colonel Bladinières. (Didier Lecoq)

« Le 1er octobre 1934, frais émoulu de l’École d’application de l’Aéronautique de Versailles, je débarquais à Tours. Je me présentais au colonel Bladinières, commandant la 2e escadre d’aviation légère de défense. Le colonel m’affecta à la 1re escadrille, commandée par le capitaine Daru, et j’allais me mettre aux ordres de mon nouveau chef.

« Il était du type “armoire à glace”, c’est-à-dire qu’il mesurait 1m90 et était large en proportion. Je me présentai :
– Lieutenant William… Mon capitaine, le colonel commandant la 2e escadre vient de m’affecter à la 1re escadrille.
– Daru. Enchanté de faire votre connaissance. Mais il y a quelques petites choses à mettre au point : premièrement, il n’y a pas de 2e escadre, mais seulement le “2e”, l’ancien 2e de Strasbourg ; deuxièmement, il n’y a pas de “1re escadrille”, mais la Spa 3 ».

Ainsi commence le livre L’Escadrille des Cigognes écrit par le capitaine Robert Williame, commandant de « l’escadrille » en 1937.

(1) Le GR 1 (Sal 19 et Br 104), le GO 3 (Sal 277 et Sal 10), le G0 4 (Br 226 et Sal 56) et le GR 5 (Spa 42 et Sal 49)

(2) Il s’agit des deux escadrilles du GR 1, équipée de Breguet 19.

(3) Nous n’avons pas retrouvé la date exacte.

(4) Mort pour la France le 11 mai 1940.

(5) Mort pour le France le 13 mai 1940.

(6) Il sera affecté à la 39e demi-brigade au Levant en 1936. Il a trouvé la mort lors du débarquement américain en Afrique du Nord.

(7) EPOR pour les officiers de réserve, EPSOR pour les sous-officiers.

(8) Parmi les « enseignants » à Tours : le commandant Cottez, les capitaines Chrétien, Montrelay, Mainguy ; les lieutenants Lhéritier, de Stolgané ; et le commandant Harmégnies qui sera responsable de la défense passive à Tours en 1939.

(9) Mort pour la France le 8 juin 1940.

(10) Mort pour la France le 18 mai 1940.

(11) Parmi les seize réservistes de la 3e escadre de Châteauroux : Maurice Arnoux (MPF le 5 juin 1940), Édouard Corniglion-Molinier, Raymond Firminhac (MPF le 14 mai 1940) et Jacques Vinchon (MPF le 3 juin 1940).

(12) Mort pour la France le 17 juin 1940 à La Charité-sur-Loire.

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