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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

L’après-guerre en Touraine ou le repos des guerriers

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, plusieurs aviateurs de renom sont arrivés à Tours : Henry de Slade, Paul de Langlade, Armand de Turenne, Pierre Ducornet, Guy Tourangin, Jean Carayon, René Simon, le régiment d’aviation d’observation de Tours avait ses stars. Portraits.

Les officiers du 31e régiment en 1921. (Album L. Guillot, Rennes)

Les officiers du 31e régiment en 1921. (Album L. Guillot, Rennes)

A l’issue de la guerre, certains aviateurs ont repris leur vie d’avant ; d’autres ont choisi de rester dans l’aviation faute de trouver leur place dans la société ; d’autres enfin ont voulu conserver cette place au soleil. Mais entre l’aviation de guerre qu’ils ont si bien défendue et l’aviation militaire de paix, les places ont été chères. Et le « travail » parfois très ennuyeux. A Tours, au 31e régiment d’aviation d’observation comme ailleurs. Galerie de portraits des aviateurs tourangeaux en 1921.

Jean Carayon, un chef d’escadrille qui n’était pas pilote

Le général Jean Carayon est un des grands personnages de l’aviation militaire française et sa biographie ne peut tenir dans ces quelques lignes. Notamment son action pendant la dernière guerre où il dut jouer les funambules entre Vichy où il était secrétaire général de la Défense aérienne et la Résistance. Après la guerre, il a d’ailleurs bénéficié d’un non-lieu. Mais revenons à sa carrière à Tours. Jean Carayon s’est engagé à la déclaration de guerre, dans l’artillerie. Il n’avait alors que 19 ans. Blessé en 1915, il est envoyé l’année suivant suivre les cours de l’école d’artillerie de Fontainebleau. C’est ainsi qu’il devient officier puis observateur en avion, à l’escadrille Sal 16, où il est blessé. Après la guerre, il suit la Mission française en Argentine, sous les ordres de Maurice Précardin qui, nommé commandant du 1er (puis 31e) RAO, le fait venir à Tours.

Inutile de s’attarder sur ce que ses chefs pensaient de Jean Carayon. Cela se résume à deux mots : brillant et intelligent. Avant son court passage à la tête de la 12e escadrille, il a commandé l’escadrille 5 (Br 226, 13e escadrille à partir de 1924) du 1er décembre 1922 au 30 avril 1923. Fait inhabituel puisqu’il n’était pas encore pilote. Il n’a obtenu son brevet que le 7 mai 1923, sur le Breguet 14 n° 7 604 (brevet n°19917, insigne n°16735) . Il a également commandé les transmissions du régiment.  A Tours, il demeurait 12, rue Claude Thion.

Général Stanislas de Contenson : au triple galop

Dans l’album-souvenir du 31e régiment d’aviation, publié en 1921 par L. Guillot, à Rennes, figure en bonne place le commandant Stanislas de Contenson. Il est à la gauche du commandant Précardin. Il a effectué un court passage dans l’aviation. Il apparaît dans le conseil d’administration du 1er régiment d’aviation (qui deviendra 31e en août), lors du mariage du lieutenant Louis Paillé en avril 1920. Le document est signé le 5 mai 1920. Le chef d’escadron de Contenson est alors major du régiment. Il est passé au 31e RAO, à toute vitesse, au triple galop. Stanislas de Contenson, saint-cyrien, vient en effet de la cavalerie, devenu fantassin par la force des choses pendant la Grande Guerre (six citations). Volontaire en 1919 au sein de la mission en Pologne où il a dirigé un régiment de cavalerie polonaise, il a fait toute sa carrière (après Tours), dans la cavalerie, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale où il a commandé une brigade de cavalerie. Prisonnier en 1940, le général Stanislas de Contenson n’a été libéré de Koenigstein qu’en mai 1945.

Marcel Feierstein, la vieille tige

Si certains ont découvert l’aviation lors de la guerre, Marcel Feierstein pilote un avion depuis près de dix ans lorsqu’il arrive au 31e régiment, en 1920 (1). Dix ans, une éternité pour l’époque. Marcel Feierstein a d’ailleurs participé aux manœuvres de 1912 – entre Poitou et Touraine (2) –, au tout début des escadrilles. En août, il quitte Sisonne pour Avord où est créée l’escadrille Bl 3, la future escadrille des Cigognes.

Marcel Feierstein à Pontlevoy en 1912

Le sapeur Marcel Feierstein (à gauche), à Pontlevoy en 1912, lors des manœuvres. (Collection Didier Lecoq)

Il est l’un des premiers aviateurs français à connaître le combat puisque, les manœuvres terminées, il fait partie de la petite escadrille envoyée au Maroc. Il participe à ce qu’on nommait alors des « affaires » : il n’était pas question de guerre mais de pacification : Tar el Kadi en décembre 1912 (il y obtient la Médaille militaire), Tadla en avril 1913 et Taza d’avril à juillet 1914.Lors de son séjour, il effectue plusieurs « voyages » : Casablanca – Mogador (350 km) le 14 janvier 1913 ; Casablanca – el Bourouj (150 km) pour remettre du courrier à la colonne Mangin ; Casablanca – Marrakech – Mogador – Casablanca (750 km), le 29 décembre, toujours sur Blériot XI.
Il rentre en France au son du canon, à la Bl C4, escadrille de cavalerie, un juste retour des choses pour celui qui s’est engagé dans l’armée à 18 ans, en 1902, au 1er régiment de dragons (il est né le 29 septembre 1884, à Dijon). Jusqu’à la fin de l’année.

Marcel Feierstein

Marcel Feierstein, en 1929.

Marcel Feierstein a fait une bonne partie de la guerre à l’escadrille N 37, comme pilote, de janvier 1915 à avril 1916 puis comme commandant de l’escadrille, d’avril 1916 à décembre 1917 qu’il quitte pour devenir adjoint au commandant de l’aéronautique du 8e corps d’armée. Il obtient deux citations en 1915. En date du 10 mars : « Pilote de monoplace, a rendu de très grands services par la précision des renseignements qu’il apportait. A fait preuve de la plus belle ardeur et du plus grands mépris du danger en atterrissant plusieurs fois sur des terrains battus par le feu de l’ennemi. » Puis le 24 juin : « Le 11 juin, chargé d’une reconnaissance et ayant eu dès le début son avion atteint par des balles de shrapnels qui en compromettaient la tenue, a accompli entièrement sa mission dans une région très exposée aux tirs des canons spéciaux de l’ennemi. » Il obtient la Légion d’honneur le 5 novembre 1915 : « A rendu de grands services par son coup d’œil et son expérience, ainsi que son habilité technique, soit dans les reconnaissances, soit dans les missions de chasse. A soutenu brillamment plusieurs combats et a, en particulier le 8 septembre 1915, poursuivi jusqu’à faible altitude un avion ennemi qu’il a forcé à atterrir, a pu ramener son avion criblé de balles. »

Affecté comme instructeur tactique à l’école de Pau, il y reste deux mois seulement (avril et mai) avant de commander  l’escadrille du STAé de juin 1918 à mars 1919. Il retrouve le Maroc ensuite, comme commandant de l’escadrille 548, avant de venir se poser, une fois pour toutes, en Touraine. Adjoint technique dans un premier temps, il prend le commandement de l’escadrille 1 (11e escadrille en 1924 qui a repris les traditions de la Sal 277). Ses notes y sont plutôt bonnes même si le commandant Précardin lui reproche « d’être un bon pilote mais de ne pas aimer voler, ce qui diminue sa valeur ». Comme souvent, les appréciations d’un des successeurs de Précardin, le lieutenant-colonel Joseph Tulasne, seront bien différentes. En 1926, Marcel Feierstein « a amélioré son commandement, signalé autrefois comme un peu brutal. » « Excellent chef d’escadrille, fera un excellent chef de groupe ». C’est cette même année qu’il est victime d’un accident plutôt rare. Le 24 juillet, en rentrant de Cazaux, son Potez XV perd une roue au décollage. Il réussit à se poser mais termine le nez sur la planche de bord. Un épisode raconté avec humour dans les souvenirs de « Pierre Soviche, aviateur », qui accompagnait le capitaine Feierstein (3).

Il est adjoint du commandant du 3e groupe d’observation (11e et 12e escadrilles) en 1927 et 1928. Sa carrière se déroule ensuite dans les états-majors, toujours à Tours (6e brigade puis 3e division) – il est alors commandant – avant de prendre sa retraite en 1936, à Chénehutte-les-Tuffeaux, en Maine-et-Loire d’où se seconde épouse, Mélanie Martin, qu’il a épousée à Tours en 1926 (ils demeuraient 9 rue Charles Gilles, à Tours) est originaire.

Rappelé en septembre 1939 à la base aérienne de Tours, il est renvoyé dans ses foyers en décembre avant de reprendre du service en avril 1940, toujours à Tours, comme adjoint au commandant de l’école.

Hubert Grassal, de la chasse aux sous-marins à la vie de château

Encore un cavalier que la guerre moderne a jeté de sa selle. Mais entre le 14e régiment de hussards, où il s’est engagé en octobre 1914, et l’aviation, Hubert Grassal, né à  Mamers, dans la Sarthe, mais dont la famille était nantaise (4), a fait un long détour par l’infanterie, au 142e RI. Rentré comme maréchal des logis, il en est sorti sous-lieutenant. Il s’est distingué dans une section de mitrailleuses, notamment dans le secteur de Verdun. Il est blessé le 4 juin 1916 en s’échappant du fort de Vaux assiégé, le commandant Raynal l’ayant envoyé en mission de liaison. Ce n’est qu’en octobre 1916 que Grassal a obtenu son brevet de pilote, n°4834 (insigne n°2523), à Étampes. De mars à juin 1917, il a plusieurs fois changé d’escadrille : N 81, N 49 puis VB 107, de la chasse au bombardement. Changement d’élément. Après la terre et l’air, l’eau.  Hubert Grassal est affecté à l’aviation maritime. Il passe son brevet de pilote d’hydravion à Saint-Raphaël le 11 août 1917 (brevet n° 291). Il est affecté au centre d’aviation maritime de Camaret chargé de surveiller les approches de Brest (5). Il y est nommé chef de la 2e escadrille le 22 septembre 1917. Il est d’amusant de lire sur ses états de service, à la rubrique des victoires aériennes: « Cinq attaques de sous-marins » (6). La citation qui accompagne la Légion d’honneur : « A fait preuve, depuis son arrivée au Centre, des qualités militaires exceptionnelles, animant, par son entrain et son exemple, les pilotes placés sous son commandement et se montrant toujours prêt à prendre part aux opérations les plus dures et les plus périlleuses. Dans une attaque, par son initiative hardie et l’adresse de sa manœuvre, a réussi probablement à couler un sous-marin ennemi et, en tout cas, à lui causer des avaries ». Il regagne l’aviation après la guerre. Il est chef de piste à Avord en 1919, jusqu’à son affectation au groupement aéronautique n° 1, à Tours, le 22 décembre de la même année. Après l’état-major du 4e groupe, il est affecté à l’escadrille 8 (le 1er janvier 1922). Le général Niessel, futur secrétaire d’État à l’aéronautique, le note comme « exceptionnellement sérieux et consciencieux ».  En 1921, il se marie à Tours, avec Antoinette de Tristan. Affecté au 22e régiment d’aviation, il n’y reste pas longtemps. Il quitte l’armée en 1925 et se retire dans la demeure familiale de son épouse, au château du Rouvray, à Preuilly-sur-Claise dans le sud de la Touraine où il déclare la profession d’armateur. Une tradition familiale. Il est décédé le 22 avril 1967, au Croisic (Loire-Atlantique).

Victor Gruel, de la réserve à la Résistance

Ce Parisien – il est né le 30 avril 1886 à Gentilly – a profité de son passage sous les drapeaux pour passer le peloton des officiers de réserve. C’est très tard qu’il découvre l’aviation, au sein des armées françaises en Orient, où il  a été affecté avec son bataillon de tirailleurs sénégalais, le 96e. Un voyage qui aurait pu tourner court puisque son transport de troupes a été victime d’un torpillage. Il y a obtenu une citation, la sixième. Les cinq autres lui avaient été attribuées alors qu’il était chef de section au 76e régiment d’infanterie puis commandant de compagnie au 155e RI et au 355e RI. Des citations mais aussi des blessures (trois, au bois de la Gruerie, en 1915) et la Légion d’honneur pour ce capitaine qui découvre l’aviation comme observateur. C’est en juin1918 qu’il est nommé commandant du service de renseignement et du service de photographie de l’aviation française en Orient, après avoir passé son brevet d’observateur en avion (n° 1954). Il obtient une nouvelle citation en Orient: « Observateur d’armée de tout premier ordre et très brave ; a accompli avec plein succès des reconnaissances à longue portée, notamment les 26 juin, 17 juillet et 18 août . Le 2 septembre, au cours d’un bombardement effectué loin à l’intérieur des lignes ennemies, a eu à soutenir un combat très dur contre un adversaire qui est tombé désemparé jusqu’au sol. Est rentré avec son appareil criblé de balles. » Pour l’étape suivante, celle du brevet de pilote, il est affecté au centre d’aviation de Sédès, le 6 novembre 1918, date de son premier vol en double commande, sur Caudron G3. Il est lâché le 17 décembre 1918. Son entraînement prend un peu de retard lors du déplacement du commandement de l’aéronautique, de Salonique vers Constantinople. Il obtient donc son brevet de pilote (n° 18199) à San Stefano dont il commande le parc d’aviation, le 13 août 1919, sur le Caudron G3 n° 6593. Au cours de l’hiver 1919-1920, il est à l’escadrille 510, à Boudjourista, près de Sofia avant d’aller à Vienne, à la commission interalliée de contrôle en Autriche. Le capitaine Gruel n’arrive donc à Tours qu’en mars 1921 lorsqu’il est nommé commandant du parc 31. Il étrenne rapidement son nouveau poste avec un accident d’avion, le 8 avril 1921 lorsque son visage finit sur le tableau de bord de son Breguet 14. Après une formation à l’école supérieure d’électricité, Victor Gruel rejoint le 21e régiment d’aviation à Nancy. Nommé commandant, il dirige le 1er groupe de cette unité.  Rayé du personnel navigant en 1936, il se retire à Saint-Christophe-sur-le-Nais, dans le nord de la Touraine. C’est là que la guerre le trouve : il est mobilisé à l’état-major de la 3e région aérienne, sur la base de Tours. Après la défaite, il rejoint la Résistance et notamment le groupe Rabelais dans le canton de Neuvy-le-Roi. Il sert en qualité d’agent P1 au réseau Action RM. Il est arrêté en octobre 1943 et déporté à Büchenwald, par le transport parti de Compiègne le 27 janvier 1944 (I.173). La moitié des 1584 hommes ne reviendront pas. Victor Gruel, matricule 44452, sera libéré le 1er mai 1945. Son fils, Maurice, pilote de chasse pendant la guerre, a été un des premiers champions de judo français.

Henry Hay de Slade, l’as de Tours

Henry Hay de Slade

L’histoire de la famille Hay de Slade navigue entre Nantes et la Touraine. Si Henry est né à Brest (7), son père Henri est né en Touraine, à Saint-Antoine-du-Rocher, ainsi que ses oncles Richard et Frédéric. Son grand-père, Frédéric, y est décédé ainsi que sa grand-mère, dont le nom de famille appartient au patrimoine de Tours : Zoë Plumereau. Henry Hay de Slade, le pilote, a passé la première partie de sa vie à Tours, 10 rue du Cygne, où sa mère Marie de Nantois et sa sœur, Jacqueline, sont décédées. Le jeune Henry a fait l’essentiel de ses études à Saint-Grégoire. Sa famille compte de nombreux militaires : un père et un oncle marins, un grand-père cavalier et un oncle, major du 66e RI de Tours.

Henry a suivi les traces de son grand-père : après Saint-Cyr, la cavalerie. Début de guerre classique au 20e régiment de chasseurs puis au 14e régiment de hussards avant de passer dans l’aviation en mai 1916. Il commence sa carrière de chasseur à la Spa 80 avec d’être affecté à la Spa 86 avec laquelle il obtient onze victoires. Nommé commandant de l’escadrille Spa 159, il y obtient huit autres victoires qui en font, à la fin de la guerre, le seizième au classement des as de l’aviation française. Il y reste jusqu’en mai 1919. En stage à l’école de Saumur, il y est victime d’une chute de cheval avec une « fracture compliquée de la cuisse ». Sa jambe va perdre 5 cm et ne pourra plus se fléchir normalement. Son passage à Tours est donc perturbé par sa convalescence. Il y est officier chargé de la mobilisation. « Très bon pilote, note le commandant Précardin au second trimestre 1920. Sera un officier brillant lorsqu’il sera rétabli. » Il retrouve la chasse en 1922. Notamment au 2e régiment de Strasbourg. En 1926, il hérite du château de la Garlay, à Derval (Loire-Inférieure). Il commence par prendre trois années de congés sans solde. Puis en 1929, il démissionne de l’armée. Henry de Slade sera mobilisé à l’usine SFAN en 1939.

Paul de Langlade a dit oui au général Leclerc

L’aviation mène à tout à condition d’en sortir. Paul Girot de Langlade en est le plus bel exemple. Lorsqu’il arrive à Tours, le 2 juillet 1919, comme adjoint technique au commandant du groupement aéronautique n° 1, cet Auvergnat a déjà une belle carrière derrière lui. Une carrière commencée au bas d’un cheval, simple soldat dans un régiment de chasseurs, le 3e, où il s’engage en 1913, à 19 ans.  Blessé en septembre 1915 lorsqu’il est lieutenant au 69e BCP, c’est l’aviation qui le recueille. Observateur à l’escadrille VB 101, il y passe son brevet de pilote  n° 5348 en date du 10 février 1917 (insigne n° 8945 du 13 août 1918, comme quoi le facteur ne passait pas très vite). Il prend le commandement de l’escadrille en juillet pour remplacer le capitaine Laurens, évacué, lorsque l’escadrille passe de l’Aisne au plateau de Malzéville. La VB 101 a été une grande escadrille de bombardement de nuit.

Paul de Langlade

Paul de Langlade, en 1945

Il est au GDE le 1er octobre 1918 où il commande la division Voisin. Les affectations vont alors se succéder : école de Chartres en décembre 1918, SEGA en février 1919 et l’aviation civile en avril 1919. En juillet, il est donc à Tours au GA 1, comme adjoint technique. Il commande la 7e escadrille au moment de la création du 1er RAO, le 1er janvier 1920. Il pourrait vivre sur ses lauriers. C’est mal le connaître. Avec René Simon, il est le moteur de l’aviation française renaissante à Tours au début des années 20. Il ne  quitte cette 7e escadrille que fin novembre 1923, après un stage au centre d’instruction de Bordeaux. Il  quitte l’aviation pour revenir à ses premières amours, la cavalerie, au 28e régiment de dragons.

Parti en Afrique, il y rencontre un autre officier de cavalerie, Philippe de Hauteclocque. Ils se retrouveront. Il est encore en Afrique, à ronger son frein, lorsque la défaite de 1940 survient. Il commande une unité de chars Somua qui va devenir le 12e cuirassiers. Après le débarquement des alliés en Afrique du Nord, le général Leclerc lui demande s’il veut, avec son unité, rejoindre ses troupes. Il dit oui. C’est avec la 2e divison blindée que Paul de Langlade et le 12e cuir vont finir la guerre. Il commande un groupement tactique de la 2e DB, le GTL, groupement tactique Langlade. Il se distingue partout où la 2e DB se distingue, sur le front de l’Atlantique comme au cœur de la Bavière. Après la reddition allemande, Paul de Langade, nommé général fin 1944, devient gouverneur militaire de Strasbourg. Il commande ensuite les force militaires françaises au Cambodge. Son petit-fils sera préfet d’Indre-et-Loire.

Charles Renard-Duverger, le « petit frère » d’Henri Lemaître

C’est un retour au pays pour celui qui a commencé la Grande Guerre dans la cavalerie pour la terminer dans un camp de prisonniers puisqu’il a été abattu le 29 octobre 1918 alors qu’il effectuait un bombardement avec l’escadrille qu’il dirigeait, la Br 117. Charles Renard-Duverger, de Loches (il est né au château de Vauzelles), était un proche de Henri Lemaître, de Bléré. Ils demeuraient près l’un de l’autre, boulevard Béranger, à Tours ; ils avaient effectué leurs études à Saint-Grégoire, comme Paul de Langlade ou Henri Hay de Slade ; leurs escadrilles étaient issues du même moule, celui des Breguet-Michelin. Une citation, à l’ordre de l’armée, lui attribue, le 10 octobre 1918, 72 missions de bombardement.

A Tours, il est affecté à la 7e escadrille commandée par Paul de Langlade. Ses qualités physiques (bon escrimeur, il mesurait 1,78 m) en font l’officier des sports du régiment qu’il a quitté en 1924. Après un passage en état-major et au 34e régiment d’aviation de Dugny, il est devenu pilote réceptionneur, jusqu’à son départ en Afrique du Nord en 1935. Il y a notamment été commandant de la base de Marrakech.

Un article lui est consacré : http://aeroplanedetouraine.fr/renard-duverger/

René Simon, un monument oublié

Lorsqu’il est décédé, à Cannes, en 1947, l’hebdomadaire « Les Ailes » n’a annoncé son décès qu’un mois après, regrettant le peu de retentissement de sa disparition. Car René Simon a sans doute été un des plus grands pilotes français. Il est venu deux fois en Touraine : lieutenant en 1915, il a été affecté comme moniteur à l’école d’aviation naissante ; puis après la guerre, il a commandé la section d’entraînement du régiment d’aviation jusqu’au moment où des problèmes de santé l’ont obligé à replier ses ailes. René Simon a connu l’aviation naissante, breveté avec le n° 177 en août 1910. Il avait 25 ans. Il était issu d’un milieu aisé. Son père était attaché d’ambassade. Son grand-père a été banquier et son arrière-grand-père, notaire puis banquier, a été député de Moselle.  Du côté maternel, son grand-père, Henri Choppin d’Arnouville était magistrat et son arrière-grand-père a été préfet. Après son brevet, c’est donc sans difficultés (financières) que René Simon s’est lancé dans les meetings  en Europe. Jusqu’à ce qu’il rejoigne le cirque Moisant, aux États-Unis, avec Roland Garros, Edmond Audemars et Charles Barrier. Lorsque ses compagnons sont rentrés en France, il a choisi d’y rester, poursuivant ses démonstrations qui lui ont valu le surnom de « Fou volant » par les journalistes américains. Pendant la guerre, son grand œuvre a été la première école d’acrobatie qu’il a dirigée à Pau, celle du combat aérien. Une stèle a d’ailleurs été érigée par les pilotes de chasse de la Grande Guerre. Le capitaine Alfred A. Cunningham, le premier pilote breveté du corps des Marines, qui lui a rendu visite, en décembre 1917 à Tours, a été impressionné : « Le lieutenant Simon, dans le Black Cat, a fait les acrobaties les plus merveilleuses à moins de 500 pieds du sol […] C’est le meilleur pilote de France ». En 1922, le capitaine René Simon s’est marié à Tours avec une Américaine, Mabel Annie Frances Thorpe.

Guy Tourangin

Il a connu un parcours assez similaire à celui de Paul de Langlade. Cavalier au 5e cuirassiers de Tours, l’évolution de la guerre en a fait un observateur, à l’escadrille C 42, le 10 février 1915. Suite logique, il est devenu pilote 15 janvier 1916 (école de Pau) avant de rejoindre l’escadrille de chasse N 26. Après un autre passage à Pau, en mars 1917, il revient à la chasse, à la tête de l’escadrille N 89. Il obtient quatre victoires : 1er octobre 1917, 29 mars 1918, 15 juillet 1918, 27 septembre 1918. La première lui vaut une citation : « Brillant chef d’escadrille de chasse. A 350 heures de vol sur l’ennemi, tant comme observateur que comme pilote. 31 combats. Le 1er octobre 1917 a abattu un avion allemand qui est tombé en flammes dans nos lignes. » Il reste à la 89 jusqu’à la fin de la guerre. Guy Tourangin a été commandant de groupe. Lui aussi a quitté l’aviation. Sa dernière citation, il  l’a obtenue pour son action en juin 1940 à la tête du groupe de reconnaissance de la 26e division d’infanterie.

Armand de Turenne manquait d’éducation militaire

Armand de Turenne appartient à cette catégorie qui  a fourni tant de pilotes : la cavalerie. Rengagé en 1913, au 21e régiment de dragons à Saumur, il est aspirant en août 1914 lorsqu’il passe dans l’aéronautique, à l’escadrille de bombardement VB 102, à Nancy. Il obtient son brevet de pilote, à Pau, en septembre 1915. Après un passage à l’école d’Avord, il est affecté à l’escadrille N 48 puis commande la Spa 12 en janvier 1918. Il finit la guerre avec quinze victoires. En 1919, il est affecté en Afrique du Nord à l’escadrille Br 234 (mars) puis à la 543 (octobre) qu’il commande. Il est nommé au 1er RAO de Tours en mars 1920, près de chez lui puisqu’il est manceau. Il y reste un peu moins de deux ans. Il commande la 9e escadrille en 1921 et la 8e escadrille, à sa création en 1922 (sans doute le 1er janvier). Jusqu’à son départ, cette même année, au 33e RA.

Le commandant Maurice Précardin voulait en faire son second mais « comme il n’a pas montré beaucoup de compétence comme adjoint au commandant du régiment », il a été nommé commandant d’escadrille « emploi pour lequel il semble plus qualifié ». Si Précardin lui reconnait « sa bonne volonté », son intérêt pour son unité, « sa brillante tenue » et qu’il est un « très bon pilote », il lui reproche son manque total « d’éducation militaire ». Armand de Turenne s’est marié à Tours avec une jeune femme qu’il a connue en Afrique du Nord.

Henri Morisseau

Photo prise après 1925 puisqu’il est capitaine.

Lorsque la guerre éclate, ce Parisien est déjà à l’armée, au 109e régiment d’infanterie. Il est trois fois blessé dans l’infanterie : un éclat d’obus au bras droit, sur le front d’Alsace (août 1914), une balle dans la cuisse droite (octobre 1914) et une balle dans le bras gauche, en mai 1915 à Notre-Dame-de-Lorette. Quelques mois et deux citations plus tard, il est aspirant, toujours dans le même régiment après avoir fait le stage des élèves officiers de Valréas en novembre 1915. Il est alors nommé sous-lieutenant à titre temporaire, chef de section, au 235e régiment. Pas pour longtemps car le 2 février 1916, c’est jour de grand départ, il embarque à Toulon, direction les armées d’Orient, au sein du 372e RI. C’est là qu’il découvre l’aviation, en août 1916,  en devenant observateur (insigne n°790) à l’escadrille C 89. Il y est cité : « S’est signalé par sa bravoure et son allant au cours de plusieurs bombardements particulièrement difficiles. Recherche les missions périlleuses qu’il mène toujours à bonne fin. » Mécanicien de formation, c’est tout naturellement qu’il est muté au parc d’aviation de Salonique, comme adjoint technique au commandant, chargé des magasins, des livraisons et des expéditions. Il continue cependant de voler. Début 1918, il redevient observateur à temps plein, à l’escadrille Br 510. Jusqu’à l’armistice où il revient au parc de Salonique où il commence son entraînement de pilote, au centre de Sédès. Il y obtient son brevet, le 5 avril 1919,n°18052, insigne n°15021(8). Que ce soit en Orient ou, plus tard, à Tours, ses connaissances techniques ont souvent été mises à profit. Son relevé de notes, signé du commandant Gérard (9) indique qu’il s’est occupé du déplacement du grand parc de Salonique pour Constantinople lors du premier semestre de 1919. Lorsqu’il arrive à Tours, en avril 1920, il est d’abord chargé du ravitaillement du parc avant de commander l’escadrille 5 (il s’agit de la Br 226, escadrille 5 qui deviendra 13e escadrille en 1924). En 1926, il est adjoint au commandant du 3e groupe d’observation (11e et 12e escadrilles) après avoir été nommé capitaine fin 1925. Le manque d’officiers le contraint à un retour à la tête de la 13e escadrille, en novembre 1926, à la place du lieutenant Raguenel. Pas pour longtemps car le lieutenant-colonel Tulasne le nomme à la tête de la 11e escadrille (Sal 277) à compter du 10 décembre 1926. Une nomination qu’il étrenne rapidement en accomplissant un « voyage » Tours – Rabat – Tours, du 18 décembre au 6 février, avec le sergent Fond, sur Potez 15.

Le point marquant de l’année 1927, c’est le changement d’avion de son escadrille : « Vient d’obtenir de son unité récemment transformée sur Potez XXV un gros rendement au point de vue exécution de voyages », note le colonel Voisin, fin septembre 1927. Ce voyage, c’est un tour de France du 17 au 22 août 1927, avec la 11e escadrille.  Le 26 février 1928, il est affecté à l’Entrepôt spécial d’aviation n°1 où il réceptionne les avions livrés à l’armée. C’est en essayant un Gourdou-Leseure GL-32 C1 qu’il trouve la mort, victime d’un accident, presque un an plus tard, le 8 février 1929, à Villacoublay.

Il s’était marié à Tours le 26 mai 1921 avec Marie Deniau, originaire de Cinais (Indre-et-Loire). Le conseil d’administration du 31e régiment d’aviation était alors composé de : Précardin (président), Baulier, Tourangin, Hay de Slade (major), Salmon (trésorier) et Boismoreau (officier d’habillement). Ils demeuraient 17 bis rue Georget, à Tours.

Didier Lecoq

D’autres portraits seront ajoutés : Ducornet, Taillepied de Bondy, Bollon, Thibaudeau, Guitteny…

Notes

(1) Il a le brevet  militaire n°112 du 2 avril 1912, et l’insigne n°1089 (semble-t-il).

(2) Les manoeuvres de 1912. Lire

(3) « Pierre Soviche, aviateur » aux éditions Gutenberg, par Gilles Soviche.

(4) Son père , Anselme Louis, était garde général des forêts à Mamers ; Hubert Grassal était le neveu de Georges Grassal de Choffat, plus connu sous son nom de plume, Hugues Rebell.

(5) « Le CAM de Camaret (1917-1918), une unité de première ligne », par Thierry Le Roy, revue Avions n°175, 177 et 178

(6) Une citation du 27 mai 1918 parle déjà de trois attaques de sous-marins.

(7) Son vrai prénom est Henri.

(8) Une note manuscrite dans son livret militaire : « Insigne d’observateur versé à la perception pour celle (sic) de pilote ». Il a passé son brevet sur Caudron G3 n° 6584.

(9) Devenu général, Gérard a été nommé à Tours en 1930, comme commandant la 3e division aérienne.

Une réponse à to “L’après-guerre en Touraine ou le repos des guerriers”

  • Dominique Baulier:

    Bonjour,

    Pour completer l’identification des personnes presentes sur la photo: le capitaine au premier rang tou a gauche est Marcel Baulier (mon grand pere), ancien de la 7* escadrille (MF7), X 08 , et issue du 25 RA de Chalon sur Marne. (voir profile et autre photo sur site d’Albin Denis, ainsi que sur « AS Oublies » : a develope avec de Gibergues les protocole de guidage artillerie par paneaux et TSF (verdun), et liaison infanterie). A forme les observateurs, puis a ete conseiller strategique lors de la mise sous commandement unique des troupes alliees sous la direction du General Pershing. (info obtenue par un historien du Web)…
    Peut etre vu aussi sur une photo (fond Dr Leon Lecerf)de l’exposition permanente de la Mairie de Souilly, decore par le General Herr en Mars 15 en presence du Marchal Joffre, et sous les yeux incredules de Maurice Genevoix (« Les Eparges »): »Ai-je jamais vu, dans un cirque de pres entoures decollines, les lignes roides des bataillons en armes, la limousine du marechal joffre, les cuivres des clairons sonnant l’ouverture du ban pour des gloires que nous ne pouvions pas comprendre ? »…. L’aviation naissante, et les progres fulgurants quelle apportait au renseignement, volait la vedette aux heros oublies des tranchees….

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