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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Recherche 51e escadre désespérément

Après le Breguet 19 présenté comme l’avion d’armes du 31e régiment, place à une autre légende, celle de la 51e escadre. Celle qui aurait stationné à Tours en 1932 et 1933. Sans laisser de traces. Furtive avant l’heure, cette 51e escadre n’a vraiment existé qu’en 1937.

Photo qui a aussi jeté le trouble : les deux groupes de reconnaissance du 31e RAO, à Rochefort, le 23 juin 1930, sur le route de Cazaux : des Breguet 19 de la Sal 104, les Potez 25 des Spa bi 42 et Sal 39. (Didier Lecoq)

Le mercredi 4 juin 1930 a lieu, sur l’aérodrome de Tours-Saint-Symphorien, la prise d’armes célébrant l’arrivée du groupe de reconnaissance n°1 du 33e régiment d’aviation de Mayence (1). Contraint de quitter la Rhénanie que les forces françaises d’occupation évacuent, ce groupe restera en Touraine jusqu’en août 1933, « chassé » par l’arrivée de la 2e escadre de chasse. Ce GR 1 est à l’origine de deux légendes :

– celle du Breguet 19 avion d’armes du 31e régiment, alors que le GR 1 de Mayence a été le seul à l’utiliser ;
– celle de la « première vie » de la 51e escadre de Tours (1932-1933), escadre « composée » de ce groupe de Mayence et du groupe de reconnaissance de Tours, le GR 5 (2).

Une 51e escadre a bel et bien existé. Elle a été créée le 1er avril 1937, à Tours, avec ce même GR 5 et un groupe venu de Dijon. Ce mariage – bien réel en 1937 – a sans doute déclenché une illusion de déjà vu. Ainsi est née, bien plus tard – notamment dans l’historique de la F 19 tel qu’on peut le lire au SHD – la légende de la première vie de la 51e escadre. Car il faut bien l’écrire : cette 51e escadre 1932-1933 a tout l’air d’une escadre d’avions fantômes. A Tours, nous n’en avons pas trouvé la moindre trace. D’où cette conclusion : la 51e escadre, version 1932-1933, n’a pas existé. Démonstration.

Sous les couleurs du 31e régiment

Commençons par les journaux tourangeaux. Là, rien. Pas le moindre accident d’avion de cette 51e escadre entre 1932 et 1933 à annoncer ? Bravo, cela aurait mérité un article. Aucune affectation à cette 51e escadre, aucune promotion, aucune décoration pour un de ses membres ; pas de remise de drapeau, pas de réception, pas d’inspection. Pire, pas de chef. Étonnante, cette 51e escadre devait être composée d’aviateurs, d’une discrétion telle qu’aucun n’a participé, même de façon infime, à la vie tourangelle : pas de représentant de la 51e au Bal des ailes, à la vie des aéro-clubs, aux revues militaires…

Et pourtant, La Dépêche et La Touraine Républicaine ont régulièrement parlé des escadrilles censées la composer (1re, 2e, 14e et 15e escadrilles). Mais sous les couleurs du 31e régiment. Quelques exemples :

– en novembre 1931, l’escadrille n°1 du 31e régiment commandée par le capitaine Delorme remporte la coupe Military des avions de renseignements. La Touraine Républicaine publie d’ailleurs la photo des dix aviateurs posant devant un Breguet 19. Le titre ? « Un beau succès du 31e d’aviation » ;
– en mai 1932, les journaux mentionnent « Le tour de France d’une escadrille du 31e d’aviation ». Il s’agit de six avions du groupe commandé par Hubert de Geffrier, autrement dit le groupe de Mayence et ses Breguet 19 ;
– le mois suivant, c’est le GR 5, censé appartenir à la 51e, qui effectue ce tour de France dans le cadre des voyages d’études de navigation prévus par la 3e division aérienne. Cette escadrille était dirigée par l’incontournable capitaine Chrétien. « D’après ce que nous constatons, la 15e escadrille du 31e régiment d’aviation, a bien conservé son entraînement, au point de vue navigation », notent les journaux. Toujours pas de 51e.

On peut penser que les journaux se trompent. Nous trompent. Qu’habitués au 31e régiment depuis 1920, ils n’auraient pas perçu toutes les subtilités de l’aviation militaire. Mais alors pourquoi la 51e escadre (modèle 1932-1933) aurait-elle été la seule victime ? Le 31e, on l’a vu, étale sa vie dans les journaux. Le 2e régiment, arrivé en septembre 1933,  en fera de même.

Le groupe de reconnaissance I/31

L'état-major du GR 1, en 1930, devant le hangar B20 "Capitaine-Quillien"

Mais il y a mieux. Une unité a toujours un commandant, n’est-ce pas ? Pour la 51e escadre, chou blanc. En revanche, les journaux ont parlé d’au moins deux commandants du GR 1: Wisen, qui l’a ramené de Mayence à Tours, puis Hubert de Geffrier qui est resté le plus longtemps. Dans les états de service du futur général de Geffrier figure d’ailleurs une lettre de félicitations du général commandant la 3e région aérienne. Elle commence ainsi : « Une escadrille mixte du groupe de reconnaissance I/31 sous le commandement du chef de bataillon de Geffrier vient d’accomplir un voyage de 2.135 km en 17 heures de vol effectif »… Le GRI/31 ? Mais où est donc passée la 51e escadre ? Encore un qui ne savait pas…

Ce n’est pas tout. En août 1933, les journaux annoncent le départ de l’ancien groupe de Mayence pour faire la place au 2e régiment de chasse. Les journaux rappellent que le GR1 s’était vu remettre, par les Amis du 31e régiment, le challenge des sports 1932-1933 réservé à l’unité du régiment ayant obtenu le meilleur résultat sportif de l’année. Les deux journaux les plus lus et les plus concurrents qui soient en Touraine publient le même texte, mot pour mot. Il est donc fort probable que ce texte émane de la brigade aérienne.

Quelques jours plus tard, les journaux annoncent l’arrivée d’un troisième groupe au 33e régiment de Nancy, « un groupe venue du 31e RAO de Tours ».

La 1re escadrille du GR1, devant le hangar B21 de Tours, "Lieutenant-Féquant"

Le carnet de vol de Pierre Scavizzi

Changeons de registre : l’adjudant Pierre Scavizzi appartenait à la 15e escadrille, c’est-à-dire au GO5 censé former la 51e escadre avec le GR1 (3). Là encore, sur ses carnets de vol, pas de traces de la 51e escadre ! Entre 1931 et mai 1933, ils sont signés par le capitaine Henri Chrétien, commandant d’escadrille, le commandant Pierre Fournier, commandant le GO5 et celui du 31e régiment, tampon de cette unité à l’appui !

Les pages d'août 1933 signées de Babinet, commandant, par ordre, le 31e RAO.

Maintenant qu’il y a suffisamment de charges, reste à trouver le mobile. Pourquoi des historiques et d’irréprochables historiens de l’aviation se sont-ils trompés ? Il faut remonter à juin 1932. L’aviation est en train de se réorganiser. Le changement le plus spectaculaire consiste à séparer l’unité et le terrain. Jusque-là, le commandant du régiment dirigeait tout. Désormais, vont coexister la base (avec toutes les servitudes) et l’escadre (avec les escadrilles). Les deux seront sous l’autorité de la brigade (avec à Tours, l’existence d’une demi-brigade). En juin 1932, les journaux – pas seulement ceux de Tours – annoncent donc que les régiments vont disparaître et seront remplacés par des bases. Mais très vite, l’aviation va se rendre compte que cette transformation ne peut se faire partout en même temps. Et qu’elle nécessite d’ailleurs une expérimentation. Du coup, seules les transformations de l’escadre de Dugny (Le Bourget) puis de Lyon, sont programmées. Pour les autres – dont Tours, ce sera pour plus tard. Elle aura lieu le 31 décembre 1933 avec la création de la base aérienne 131 et des 31e et 2e escadres.

Et c’est un argument de plus :  nous ne voyons pas comment auraient pu cohabiter, à Tours, une escadre (la 51e) et un régiment (le 31e).

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2007 mis à jour en septembre 2010

(1) Escadrilles Sal 19 (Bougnat) et Br104 (Turcos).

(2) Spa bi 42 (Pégase à la place du vautour égyptien à cette époque), Sal 39 (lapin à la longue-vue en remplacement du lapin à la trompette).

(3)  Selon la même information, la 15e escadrille appartient à la 51e escadre et a été détachée à Cazaux. Les carnets de vol indiquent tout le contraire : 31e régiment et seulement des séjours à Cazaux (juin 1928, mai et septembre 1929, juin-juillet 1930, juin 1931, juillet 1932, septembre 1933, juillet-août 1934. En 1933, l’escadrille ne va pas s’entraîner au tir à Cazaux car elle vient de passer du Potez 25 au Breguet 27.

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