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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Peur sur la ville

La peur de voir un avion tomber sur la ville remonte à la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque le camp d’aviation était américain. Jusque-là, des avions avaient bien fait des atterrissages forcés mais sans inquiéter la population. C’était en général dans les jardins. Le premier atterrissage « involontaire » sur Tours (ou l’agglomération) remonte à septembre 1913. Un sapeur, sur un Blériot XI militaire, se posa dans la jardin de M. Dupond, à la Rabaterie. Une arrivée sans mal pour le pilote et le propriétaire du jardin. Seules victimes, quelques pieds de tomates.

Le Blériot XI dans les tomates.

Félix Fratoni près de la ligne Tours – Les Sables-d’Olonne

Les premiers mois de guerre passés, l’aviation française reprit la formation des pilotes, à Avord notamment. L’un des circuits imposés aux élèves pilotes consistait, comme avant-guerre, à faire l’aller et retour entre Avord et Tours. Un trajet qui ne demande pas de grandes connaissances en navigation. Il suffit de trouver le Cher, et de le suivre  jusqu’à Tours. C’est ainsi que le vendredi 29 janvier, Félix Fratoni vole en direction de la Touraine. Il connaît les lieux. A l’image de Jean Navarre et Jean Ortoli, il est déjà venu à Tours avec les 2es Réserves de Saint-Cyr. Après deux arrêts dus à des pannes, l’élève pilote, garagiste à Constantine, en Algérie, pose son Maurice-Farman dans la prairie de Saint-Sauveur, entre les lignes de chemin de fer de Paris-Bordeaux et de Tours aux Sables-d’Olonne.
Le samedi matin, Félix Fratoni reprend son périple, après une nuit passée à la caserne Baraguey-d’Illiers. A peine en l’air, l’avion, dont le moteur faiblit, revient vers les rives du Cher. « Il accrocha les fils longeant l’ancienne ligne de Tours aux Sables-d’Olonne qui traverse l’avenue de Grammont et sert actuellement de voie de garage », rapportait La Dépêche dans son édition du dimanche 31 janvier. « Butant contre les poteaux de support, il s’affaissa en les brisant, et en entraînant les fils dans sa chute. Au bruit produit par le fracas de cet atterrissage brusque, les personnes qui se trouvaient aux environs accoururent appréhendant un malheur ; mais heureusement le pilote était dégagé sans mal apparent. » Dans le choc, seul l’aéroplane a souffert. « L’appareil, un grand biplan Maurice-Farman, moteur Renault 60-HP à 8 cylindres, est sérieusement endommagé ; l’hélice, des tendeurs, les plans, les commandes sont entièrement ou en partie brisés. Par les soins des mécaniciens de la maison Rolland-Pilain, il va être démonté, et dimanche après-midi prochain, il regagnera Avord, remorqué par un tracteur. »
En mars, c’est Charles Nungesser qui, victime d’une panne d’essence, se pose en Touraine lors de son brevet, mais sur l’autre rive du Cher, à Joué-lès-Tours.
Quant à Félix Fratoni, il a fait toute la guerre au sein de l’escadrille F 22 puis S 22, la terminant avec le grade d’adjudant, titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec cinq citations. Engagé après-guerre en Colombie par la Compania de Navigacion Aera (qui dépendait de la maison Farman), il a trouvé la mort un mois après son arrivée, en juillet 1920, à Carthagène. Sur un Farman 40.

Un Américain, rue de Boisdenier, en 1918

Mais le lundi 2 septembre 1918, « aux environs de 9 heures, le quartier des Prébendes a été mis en émoi par un avion qui, volant à très basse altitude – il rasait les toits – a fini par tomber dans la cour de l’immeuble occupé par M Raas, industriel, rue de Boisdenier, 106.
« Le pilote n’a eu aucune blessure, mais l’appareil est brisé et le perron de l’habitation ainsi que plusieurs arbres ont été détériorés. Aussitôt l’accident arrivé, une foule énorme composée des habitants du quartier et de

(une ligne censurée)
se sont rendus sur les lieux mais les portes étaient closes et l’aviateur déjà disparu.

« Ne pouvant rien voir, beaucoup n’ont pas hésité à escalader les grilles pour satisfaire leur curiosité. »

L’article de La Dépêche se terminait par une mise en garde. « Heureusement, cet accident n’a pas eu les conséquences graves qu’il aurait pu entraîner, mais il doit servir de leçon. Dans ces conditions, pour la sécurité de la population tourangelle, nous prions les autorités compétentes d’interdire à l’avenir les vols à faible altitude au-dessus des agglomérations, car ils ne répondent à aucune nécessité et constituent un véritable danger public. »
Le rapport de police, qui se trouve aux archives départementales, donne une précision que laissent supposer les lignes blanches de La Dépêche : l’appareil était monté par un officier américain.

Réactions et avions à réaction

L’année suivante, une circulaire du ministère de la Guerre vient « cadrer » le survol des villes. Elle signifie aux aviateurs et pilotes de dirigeables « qu’ils ne doivent survoler les agglomérations qu’à de très grandes altitudes et qu’il est interdit d’exécuter des acrobaties au-dessus des villes. En ce qui concerne Paris, les aviateurs militaires ne peuvent survoler la capitale, à une altitude quelconque, que si l’ordre en est donné. »
Cette décision du ministère de la Guerre ne met pas un terme aux incursions des aviateurs. En 1924, les pilotes sont même dans le collimateur de La Dépêche qui fustige leur attitude dans un article intitulé « De la prudence, MM. les aviateurs, SVP ».
« Depuis quelque temps, le nombre augmente des aviateurs qui survolent la ville à une altitude qui ne saurait être tolérée par la prudence et par les autorités qui doivent assurer la sécurité de la population.
« Le danger de ces vols, de même que leur inutilité sont indiscutables. A Paris, la moindre infraction de ce genre est sévèrement réprimée.
« Il serait regrettable qu’à Tours l’on attende un accident pour sévir…
« Les pilotes qui veulent “épater” les masses perdent leur temps. Il y a longtemps que nous sommes fixés sur leurs talents, et un pénible accident arrivé ces temps derniers montre à quoi peut aboutir de semblables démonstrations.
« Alors, fervents du “manche à balai ” le ciel de Touraine n’a pas un plafond tellement bas que vous soyez obligés de venir faire du “rase-cheminées ” ».

La loi du 31 mai 1924 et le décret du 19 mai 1928 viennent renforcer l’interdiction. En 1934, Georges Delage, le pilote de la famille Coty, écope d’une amende de 50 Francs (et des frais de justice) pour « survol de la ville de Tours à une altitude inférieure à 500 mètres ».
Le décollage et l’atterrissage étant les deux moments les plus dangereux du vol, les accidents qui ont touché la base dans cette période de l’entre-deux-guerres, se sont déroulés essentiellement aux abords du terrain de Parçay-Meslay.

L’école de chasse aussi

Avec l’arrivée des premiers avions à réaction, des accidents se sont approchés des habitations. En mai 1961, un Ouragan de la base de Tours s’écrase à trente mètres du hameau du Pressoir, près de Vernantes (Maine-et-Loire) après l’éjection de son pilote, le sous-lieutenant Yves Joseph. L’année suivante, en octobre 1962, un Mystère IV (immatriculé ZK) en détresse au décollage, évite une HLM mais percute une maisonnette en bois, à Sainte-Radegonde, au lieu dit « La Rote-aux-Loups ». Blessé, le sous-lieutenant Alain Beaussard, est extrait de son Mystère IV par un témoin et par les habitants de la maisonnette. Une victime : la chienne de la maison.
Cette chance, le premier maître de l’aéronavale, Fred Michels, ne l’a pas eue. En août 1969, son avion s’écrase dans l’enceinte de la gare de triage de Saint-Pierre-des-Corps. Ainsi que l’a noté La Nouvelle République, « c’est la première fois qu’un appareil tombe si près de l’agglomération. » D’après les témoins, le moteur du T33 a explosé en vol peu après le décollage, et l’avion est parti en vrille sans que le pilote puisse faire quoi que ce soit. Deux cheminots ont légèrement brûlés. Un wagon et un bâtiment ont été détruits par le feu.
Depuis, les accidents sont plutôt rares en Touraine. Cette amélioration a trois causes : une meilleure formation des personnels, du matériel fiable et, bien entretenu, des procédures sans cesse améliorées. Pour se rapprocher du risque zéro dont on sait qu’il est impossible à atteindre. Pour un avion… comme pour un train ou un camion-citerne transportant des matières dangereuses.

Didier Lecoq

2006

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