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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Jean Tulasne capote dans le Cher

29 décembre 1935 L’accident n’aurait pas retenu l’attention si le pilote ne s’appelait Jean Tulasne. Cet après-midi-là, le futur commandant de l’escadrille Normandie prend un Farman 402 de son club(1), Air-Touraine, pour faire une promenade avec deux amis.

Jean Tulasne, en 1934, à Avord. (Collection François Tulasne)

Jean Tulasne a son brevet civil depuis le 13 décembre, le vendredi 13 pour être plus précis. Et comme si cela ne suffit pas, il est le 13e pilote breveté d’Air-Touraine, le club né de la fusion des aéro-clubs d’Indre-et-Loire sous l’impulsion de celui qui en est devenu le premier président, le général Muiron (2). Ce n’est pourtant pas un débutant. Jean Tulasne, qui est âgé d’un peu plus de 23 ans, est alors lieutenant à la 15e escadre d’aviation lourde de défense à Avord, après avoir fait Saint-Cyr et l’École de l’air (promotion Tafilalet, 1931).

Jean Tulasne a été « guidé » par Jean Boy qui dirigeait alors l’école de pilotage. Jean Boy était un ancien pilote militaire qui avait débuté dans l’aviation en 1917, comme mécanicien. Puis vers la fin du conflit, Jean Boy avait passé le brevet de pilote, rejoignant l’escadrille 552, en Afrique du Nord où il avait obtenu une citation à Tafilalet (3). Il avait regagné ensuite sa Touraine natale.

Après avoir normalement décollé, Jean Tulasne s’est dirigé vers le sud de la ville, vers Pont-Cher. C’est là qu’il s’est aperçu que son avion avait des problèmes de moteur. « Deux bielles de coulées », selon la version officielle, à chaud.

Mort en déportation

Faute de pouvoir regagner le terrain de Parçay-Meslay, il choisit une bande de terrain en bordure du Cher, dans la prairie de Saint-Avertin, vers l’ancien hippodrome où s’était déroulé en 1910 le meeting de Tours et où l’aéronautique militaire avait installé les 2es Réserves de Saint-Cyr (en région parisienne) lors du « repli » de septembre 1914.

Mais en cette période, la prairie est inondée. Jean Tulasne choisit ce qui, du ciel, ressemble à une île. Mais le Farman atterrit dans 60 centimètres d’eau et capote. La sortie aurait pu se terminer plus mal. Jean Tulasne est légèrement blessé au front. Ses deux camarades ? Indemnes. Des témoins de l’accident ont porté secours aux « naufragés », les ramenant sur la terre ferme en canot.

Il faudra utiliser une barque pour aller chercher le moteur du Farman 402. (collection François Tulasne)

Quant au Farman, il est reparti de la même manière. Endommagé, l’appareil a été démonté par Jean Boy et les mécaniciens du club. Le jour même, le moteur et les ailes ont quitté les lieux en bateau. La cellule a suivi un peu plus tard. François Tulasne conserve le relevé de compte reçu par son père pour l’année 1935 : 0 h 45 de vol soit 115 F et … 1.500 F pour, dixit le courrier, « sa participation à la casse du Farman 402 (décision de la commission d’enquête en date du 11 janvier 1936) ».  Le courrier est signé par le général Muiron, président de la société Air Touraine. « Dans ce modèle ancien, a conclu la commission, l’arrivée d’huile était commandée par une chaînette branchée à un robinet. Quand on mettait le contact, ça tirait sur la chaînette et le robinet s’ouvrait. Ce jour-là, la chaînette cassa… »

Cet accident est finalement une bonne affaire pour le club. Entre le dédommagement de l’assurance et la dette de Jean Tulasne, Air Touraine s’est offert un autre Farman 402 d’occasion (racheté à Limoges, immatriculé F-AMXA). Il est arrivé en avril 1936. Quant à l’épave, rachetée à petit prix à la compagnie d’assurances, réparé pendant plusieurs mois par les mécaniciens, elle a repris ses vols en mai.

Comme Jean Tulasne, Jean Boy n’a pas survécu pas à la guerre. Mobilisé en 1939 comme moniteur, l’armistice le trouve à Toulouse où il reste un an. Résistant, il est arrêté au Bourget. Interné à Fresnes, condamné à mort, Jean Boy n’a pas été exécuté mais déporté. Son calvaire l’a mené à Compiègne, Büchenwald et dans les mines de sel, près de Magdebourg. Ne pesant plus que 35 kg, il est mort d’épuisement le 6 avril 1945, deux jours avant l’arrivée des Américains. Il repose au cimetière La Salle de Tours. Dans le carré militaire.

Didier Lecoq

2006 (modifié en 2010)
Notes
(1) Codé F-AMYZ, il sera baptisé Ville-de-Tours.
(2) Il avait également été le premier commandant du 1er régiment d’aviation d’observation, en janvier 1920, régiment devenu quelques semaines plus tard le 31e régiment d’aviation.
(3) « Jeune pilote plein d’allant. Depuis son arrivée à l’escadrille s’est acquitté de toutes ses missions avec intelligence et sang-froid. Le 2 août 1919, au cours d’un bombardement sur le Tafilalet n’a pas hésité à partir sur un appareil peu sûr. Obligé d’atterrir par suite d’une panne de moteur a été victime d’un accident grave ». La citation est signée Lyautey, au QG de Rabat, le 11 décembre 1919.

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