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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Sept morts dans l’accident du Potez du ministère de l’Air

Au téléphone, notre interlocuteur nous avait prévenu. « Le monument des aviateurs à Beaumont-la-Ronce ? Avec le Souvenir français nous voulions le rénover. Mais comme cela s’est passé en temps de paix… » Le temps a effacé les sept noms gravés sur le monument commémorant l’accident. Les seuls hommages qu’il reçoit encore sont ceux des voisins et des randonneurs…

Le lieutenant Georges Raynaud, devant le Potez 540 du ministère. (collection Jeanne Raynaud via Jean-Christian Bouhours)

23 juin 1938. Cette nuit-là, le Potez 540 n°135 rentrait à Villacoublay. Il venait de quitter la base 109 de Tours où les pleins avaient été faits. Équipage cosmopolite et particulièrement nombreux puisqu’ils étaient sept à bord. Ce Potez, aménagé en limousine ministérielle, avait trois fauteuils supplémentaires. Il était immatriculé F-ANJO. Les sept membres d’équipage appartenaient à la Section Centrale des Transports Aériens, dirigée par le commandant Rossi, compagnon de records de Codos et ancien pilote du général Joseph Tulasne. Ils s’entraînaient au vol de nuit.
Le parcours, en cette soirée du 22 juin, leur avait fait faire le tour de la région : Villacoublay, Orléans, Châteauroux et Tours, avant de regagner Villacoublay. Pour deux d’entre eux, l’arrêt ravitaillement à Parçay-Meslay avait un goût de nostalgie. Le capitaine Raineri a longtemps appartenu au 31e régiment d’aviation de Tours (il y est arrivé jeune sous-lieutenant) puis à la 3e région aérienne, toujours à Tours. En octobre 1935, il était d’ailleurs devenu le parrain du Caudron Aiglon de Marcel Lévy (2). Il avait également encadré les réservistes. Le capitaine breveté Marmagnant a également appartenu au 31e. Lorsqu’il était en Touraine, il avait accompagné la mission Tulasne en Yougoslavie, mission au retour de laquelle deux Potez 25 – dont celui du commandant Tulasne – s’étaient percutés au-dessus de Sorbier (Allier), accident dans lequel les quatre aviateurs du 31e avaient péri. Marmagnant était dans le troisième Potez 25, avec le capitaine Henri Chrétien. Leur avion avait eu une panne. Ils étaient rentrés en train. Le capitaine Marmagnant effectuait, cette nuit-là, la dernière épreuve de son brevet de commandant de bord dont Raineri était le contrôleur.

Aux commandes se trouvait le capitaine Raynaud, pilote du ministre de l’Air et de ceux qui l’ont précédé, notamment Pierre Cot (3). Le capitaine Raynaud venait de réaliser, avec Mme Finat, un raid entre Paris et Madagascar. Il avait également participé à la coupe Schneider. Il était originaire de l’Aude.

A bord, se trouvaient également le lieutenant Canal et un marin, e lieutenant de vaisseau Perret, détaché à l’état-major particulier du ministre, ainsi que deux sous-officiers : le sergent-chef Thibault, radio, et le sergent Fabre, mécanicien. Le commandant Perret devait prendre, sous peu, le commandement du porte-avions Béarn, selon les journaux.

Le Potez 540 atterrissait donc à Tours à 23 h 17. Il repartait peu après minuit.Le Potez 540 a connu des problèmes de moteur juste après avoir quitté Parçay-Meslay, alors qu’il était encore à basse altitude, à une dizaine de kilomètres au nord (4). Un témoin a expliqué que l’avion tournait au ras de son toit, cherchant un terrain où atterrir. « Il y avait des ratés ». « Nous avions un cheval malade. Vers minuit je me suis levé pour faire un tour aux écuries. C’est alors que j’ai vu un avion qui, tournant dans l’espace, volait un peu plus loin, tournait, puis revenait passer au-dessus de la ferme. Il volait tellement bas que j’ai craint qu’il ne heurte un hangar. Une ou deux minutes plus tard, une formidable explosion retentissait, à tel point que la maison en a tremblé, puis une grande lueur s’est élevée du vallon de la Choisille (5). J’ai immédiatement pensé qu’un accident venait de se produire, j’ai alerté mon père et ma sœur, et prenant ma bicyclette, je me suis rendu sur les lieux. »

Comme pour l’accident de Saint-Laurent-en-Gâtines, en février, les aviateurs n’ont pas eu de chance. La campagne offre d’idéales pistes d’atterrissage. Au lieu de cela, l’avion s’est engagé dans la vallée de la Choisille. Cette prairie qui semblait en garnir le fond, n’était qu’une tourbière. L’avion, qui avait fait le plein quelques minutes plus tôt, a explosé lors du choc.

L’enquête

La une de la Touraine Républicaine.

Les sept aviateurs ont eu droit à des obsèques solennelles, le samedi 25 juin, en la cathédrale de Tours (6). L’accident de Saint-Laurent-en-Gâtines (cinq morts) en février, et ceux de Beaumont-la-Ronce (sept morts) et de Reims, une semaine plus tard (cinq morts), ont déclenché autant d’enquêtes. Les résultats ont été publiés dans les journaux dès le 1er juillet. Les conclusions ?

« Pour Beaumont-la-Ronce, on peut considérer que l’accident n’est pas imputable :

– à l’incendie en vol (toutes les constatations faites indiquent que l’avion a pris feu à terre) ;

à la rupture d’une gouverne ou d’un élément du planeur (l’avion a manœuvré correctement jusqu’au dernier moment) ;

à un éclatement de bouteille (toutes les bouteilles ont été retrouvées déformées ou écrasées, mais non éclatées) ;

à un malaise du pilote (celui-ci a allumé ses fusées Holt au voisinage du sol et a manœuvré jusqu’au dernier moment).

« L’accident peut être ainsi reconstitué :

– l’appareil a fait demi-tour à la suite d’une panne ou forte baisse de régime du moteur gauche (calculs des déformations des pales des hélices indiquant les régimes des moteurs au moment de l’accident) ;

le virage, effectué à peu près certainement à gauche, a entraîné une perte importante d’altitude.

– une seule bombe Michelin ayant été retrouvée au point de chute de l’avion, on peut penser que le pilote, après le demi-tour effectué par l’appareil, a largué l’autre bombe qui devait se trouver à bord. Celle-ci a pu ne pas fonctionner en raison, notamment, de la faible altitude à laquelle se trouvait l’avion ;

– le pilote savait néanmoins que l’appareil se rapprochait dangereusement du sol puisqu’il a allumé ses fusées Holt (ces fusées ont été allumées par le pilote, constatation faite sur place) ;

– apercevant brusquement une colline boisée devant lui, le pilote a effectué un virage serré à droite pour l’éviter, virage qui a amené l’extrémité de l’aile droite en contact avec le sol (traces relevées avec précision). »

Série de photos prises sur les lieux de l’accident par la section photo de la base aérienne de Tours :

A cause des trains d’atterrissage sortis ?

Dès le 27 juin, le général Henri Jauneaud, commandant par intérim la 2e région aérienne, avait livré sa conclusion : « Accident imputable à une défaillance du matériel (baisse de régime du moteur gauche) » Il suivait en cela les conclusions du lieutenant-colonel Tavera, sous-chef de cabinet du ministre de l’Air, chargé de l’enquête, et dont une copie du rapport se trouve au Service historique de la Défense. « Aucune faute ne peut être relevée contre le commandement, le chef de bord et l’équipage, le personnel chargé de l’entretien de l’avion. » Le lieutenant-colonel Tavera agrémente cependant sa conclusion d’une recommandation. « Il y a lieu cependant de donner des instructions formelles aux pilotes de Potez 540 pour que les vols de jour et de nuit soient exécutés dans des conditions normales, c’est-à-dire avec les atterrisseurs rentrés. »

Car l’enquête de commandement a révélé une étonnante habitude des pilotes du ministère : « Il a été constaté que les pilotes de la Section des Transports Aériens avaient pris l’habitude de ne pas rentrer les trains d’atterrissage en vol de nuit. Cette habitude provient de ce que, au début de la mise en service des Potez 540, certains équipages avaient constaté des difficultés dans les manœuvres des trains en cours de vol. L’inspection technique avait d’ailleurs étudié cette façon d’opérer en août 1935 et en janvier 1938. Elle en avait conclu à ce moment-là que cet appareil devait toujours voler train rentré. »

« Il est possible d’admettre que le pilote, suivant les errements d’une coutume ancienne, ait volé train sorti pour conserver une illusoire sécurité. Au moment où le moteur gauche a eu une baisse de régime, puis s’est arrêté, le Potez s’est donc “ enfoncé ” à une vitesse anormale qui n’a pas permis à l’équipage le choix d’un terrain convenable. » Il n’y a pas, dans le rapport qui se trouve au SHD/A, d’étude des débris pour confirmer ou contredire cette hypothèse. Comme il n’est pas fait état non plus d’un autre accident qu’aurait connu cet avion le 14 juillet 1937 à Paray-le-Monial.

Sept morts à Beaumont-la-Ronce, il s’agissait là de la plus grande catastrophe aérienne en Touraine. Jusqu’à ce que, l’année suivante, deux Bloch 210, dont celui du lieutenant-colonel Mailloux, se percutent au-dessus de la base de Tours.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2006-2007

Les disparus

Capitaine Maurice Marmagnant : effectuait la dernière épreuve de son brevet de commandant d’avion (500 km de nuit), 1.938 heures de vol dont 1.330 comme pilote, 3 h de nuit comme pilote, 40 h de nuit comme navigateur.

Capitaine Jean Raineri : commandant d’avion, contrôleur de l’épreuve, 1.206 heures de vol dont 840 comme pilote.

Lieutenant de vaisseau René Perret : attaché de l’état-major particulier du ministre de l’Air. 1.521 h de vol dont 75 de nuit. 36 accrochages, 3 catapultages.

Lieutenant  Georges Raynaud : 1er pilote, de la Section des Transports Aériens de Villacoublay, 3.704 heures de vol comme pilote dont 23h40 de nuit (Dans la revue Avions,  numéro 177, Jean-Christian Bouhours lui consacre une longue biographie).

Lieutenant Jean Canal : 2e pilote, 1.745 heures de vol dont 1.690 comme pilote, 8 h 40 de nuit.

Sergent-chef Albert Thibault : radio, 730 h de vol dont 14 de nuit.

Sergent Yves Fabre : Mécanicien, 316 heures de vol.

Notes

(1) Le monument a été inauguré le dimanche 25 juin 1939. Il se trouve au bord de la Choisille, le long d’un chemin, (à l’est de la tourbière, aujourd’hui un plan d’eau).

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Potez 540_380623_Beaumont sur une carte plus grande

(2) Membre de l’Aéro-Club de Touraine puis d’Air Touraine après la fusion. Les avions de Marcel Lévy étaient nommés « Gratte-Ciel ». Plus tard, Marcel Lévy a conservé son nom de résistant : Marcel Claude.

(3) Lorsqu’il était moniteur à Istres, il avait eu, parmi ses élèves, Roger Morançay qui s’est notamment distingué au service de la Croix-Rouge, au Biafra. Roger Morançay était originaire de Rouziers-de-Touraine. Le lieu de l’accident est justement à la limite de trois communes : Beaumont-la-Ronce, Nouzilly et Rouziers-de-Touraine.

(4) Le Potez 540 était équipé de deux moteurs Hispano 12 X.

(5) La Choisille est une charmante petite rivière qui se jette dans la Loire juste après Tours, à la sortie de Saint-Cyr-sur-Loire.

(6) En présence notamment de Guy La Chambe, ministre de l’Air, du général Bouscat, son chef de cabinet, du général Vuillemin (La Chambe et Vuillemin étaient venus sur les lieux de l’accident dès la nuit du drame), de l’amiral Lacroix et de nombreux officiers dont ceux de la base 109 de Tours.

Le temps a effacé les noms qui se trouvaient sur le monument.

2 réponses à to “Sept morts dans l’accident du Potez du ministère de l’Air”

  • Francine MORTIER:

    Bonjour,
    Je suis la petite nièce du capitaine René PERRET mort dans l’accident de Beaumont la Ronce. Il était marié, n’avait pas d’enfant seulement une nièce, ma maman aujourd’hui disparue. Ma grand-mère (son unique soeur) et maman m’ont souvent parlé de lui et de cet accident mais j’en ignorais les détails, et le fait qu’il ait eu de si hautes fonctions. Je suis la seule à conserver quelques souvenirs. Je sais maintenant ce qui s’est passé et je pourrais en parler à mon fils Maître Principal à bord d’un sous-marin.
    Merci à vous pour ce site. Si un jour vous souhaitez me contacter vous avez mon adresse.
    Sincères salutations. fm

  • PELLETIER:

    Bonjour,
    J’ai eu l’occasion de rencontrer le nom de Georges RAYNAUD dans des archives associatives de Miramas, proche de la base d’ISTRES ou était vers 1937
    Je ne sais s’il a des descendants?
    Bien cordialement
    g.pelletier

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