Sites associés

Aéroforums

Aéroplane de Touraine est adhérent des Aéroforums, indispensable lieu d'échanges sur l'aviation.

31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Neuf tués dans la collision de deux Bloch 210 de Tours

C’est l’accident aérien le plus grave qu’a connu la Touraine. Le 22 avril 1939, le lieutenant-colonel Mailloux, commandant la 51e escadre, rentre de manœuvres avec trois autres Bloch 210. Au moment de la séparation, deux avions se percutent. Ainsi disparaissent neuf aviateurs dont le compagnon de Jean Mermoz sur l’Arc-en-ciel.

Louis Mailloux alors qu'il commande le 2e groupe de la 31e escadre (janvier 1937)

En août 1936, la 31e escadre de Tours connait un des ses mois les plus noirs. Cinq morts. Le 3, à Saint-Raphaël, l’adjudant Desjardins est éjecté de son Breguet 27. Son parachute n’était pas un ange gardien. Sa tête heurte l’avion. Le 6, à Gaël, près de Rennes, quatre aviateurs de la 31e escadre trouvent la mort dans la chute de leur bimoteur, un Potez 540.

Au lendemain de ces deux drames, arrive à Tours, à cette même 31e escadre, un commandant dont le nom est célèbre dans le monde de l’aviation. Le commandant Louis Mailloux vient de Reims, du Centre d’expériences aériennes, pour prendre le commandement du 2e groupe (1).

Du canon à l’aviation

Louis Mailloux dont le père officier d’artillerie de marine, est décédé alors qu’il n’avait que dix-huit mois, était destiné à devenir prêtre. Mais aux canons de la foi, le futur aviateur a préféré ceux de l’artillerie. Le jeune Brestois s’est engagé au début de la Grande Guerre. Mais l’aviation l’attirait. D’artilleur il devient donc observateur, au sein de l’escadrille F 55. Au moment de l’Armistice, le lieutenant Mailloux a été blessé deux fois, est titulaire de neuf citations. Et il a 21 ans.

Après la guerre, il prend le chemin du 37e régiment d’aviation, au Maroc, où il devient pilote en avril 1921. De retour en Métropole, au 21e régiment d’aviation, il se lance dans les raids – on parle alors de voyages. Après avoir été élève de l’École de grande navigation en 1927, chez lui à Brest, il devient professeur la même année, en intégrant l’École des officiers d’aviation de Versailles où il est chargé du cours de navigation aérienne.

Louis Mailloux a obtenu un brevet d'invention en 1926 pour un abaque, correcteur de route pour la navigation à l'estime (document famille Mailloux)

Louis Mailloux aurait pu connaître une carrière classique. Père de famille (2), il aurait pu choisir la sécurité. Mais son rêve est de traverser l’Atlantique. Il demande donc son détachement. La demande est acceptée. Certains lui ont reproché de sacrifier sa famille à cette passion.

Sur les avions Bernard

Quatre noms sont attachés à la carrière de pilote de records de Louis Mailloux : Bernard, Paillard, Mermoz et Couzinet.

Avec les avions Bernard, Louis Mailloux échappe de peu à la mort. Notamment sur le Bernard 191 GR n°1, baptisé France, avec Louis Coudouret et Louis de Mailly-Nesle. Le 25 août 1928, lors d’un essai, ils ne sont pas parvenus à s’élever assez pour passer au-dessus des lignes électriques. Ils passent sous la première et coupent la seconde. Il ne restait plus qu’à vidanger l’avion et à se poser… En juin 1929, le France emmène Louis Mailloux et Louis Coudouret jusqu’à Séville, où ils espèrent prendre le départ vers l’Amérique, les raids aériens étant interdits par le ministère en France (3). Coudouret et Mailloux comptent partir à la fin du mois. Mais Louis Mailloux est rappelé séance tenante en France, permission supprimée, sans doute pour empêcher ce raid. Il rejoint l’École militaire d’application de l’aéronautique. Louis Coudouret et le France ne sont jamais rentrés de Séville. Ils se sont écrasée en Charente, à Saint-Amant-de-Bonnieure, le 9 juillet 1929. Louis Coudouret est mort après plusieurs heures d’agonie, ses deux passagers espagnols se sortant indemnes de l’accident.

Louis Mailloux forme alors un tandem avec Antoine Paillard, le pilote d’essais de la société Bernard. Toujours pour chasser les records. Le 18 décembre 1929, Paillard et Mailloux décollent avec le Bernard 191 GR n°3. Nouvel accident. Louis Mailloux est blessé à la tête.

Toujours chez Bernard, mais cette fois avec Jean Mermoz, Louis Mailloux participe aux essais du 81 GR Antoine-Paillard, baptisé ainsi après le décès du pilote angevin le 15 juin 1931, à la suite d’une péritonite. C’est sur cet avion, que Louis Mailloux font équipe avec Jean Mermoz. Mais ils sont victimes d’un accident le 29 décembre 1931, à Oran (Algérie), lors d’une tentative de record de monde de distance en circuit fermé. L’avion change de propriétaire. Et Louis Mailloux change d’avion.

Arc-en-ciel sur l’Atlantique Sud

L'Arc-en-Ciel. (document CDCA Cinq-Mars-la-Pile)

C’est alors qu’un nouveau constructeur entre en jeu : René Couzinet et son Arc-en-Ciel 3.  Louis Mailloux, désigné navigateur de l’Arc-en-ciel 3 joue un rôle essentiel dans l’arrivée de Jean Mermoz comme pilote. Pour cet avion destiné à l’Atlantique Sud, Couzinet ne voulait pas d’un pilote pouvant faire de l’ombreà son avion. Louis Mailloux arrache à René Couzinet la décision de prendre Jean Mermoz comme pilote. Le 12 janvier 1933, Mermoz, Carretier, Mailloux, Manuel, Jousse (4), Mariault et Couzinet partent d’Istres pour l’Amérique du Sud. L’Arc-en-Ciel fait escale à Port-Étienne et Saint-Louis. Le 21 janvier, il se posa à Rio, au Brésil. Pari gagné. Louis Mailloux et ses compagnon rentrent au Bourget, le 21 mai, après des escales à Dakar et Casablanca (5). Ce raid marque la fin de la carrière de pilote de records de Louis Mailloux.

Retour à la case « armée de l’air ». Après son passage à Reims, Louis Mailloux arrive donc à Tours en 1936. Il est nommé, en octobre, commandant du 2e groupe (C 56 et Br 226). C’est à Tours que Mailloux et Mermoz se retrouvent une dernière fois. Le 19 novembre de cette même année, Jean Mermoz donne une conférence au Majestic (à l’invitation du PSF). Quelques jours plus tard, le 7 décembre, il disparait, avec ses compagnons, à bord de la Croix-du-Sud.

Après la 31e escadre, le commandant Louis Mailloux passe à l’unité située en face, la 51e escadre (6). La prise d’armes en l’honneur du commandant de Castet La Boulbène, muté à Bizerte, se déroule le 14 novembre 1938, cérémonie au cours de laquelle le colonel Jury, commandant la 9e brigade aérienne, présente le commandant Mailloux à l’escadre. Le 3 mars 1939, nouvelle cérémonie, pour la cravate de commandeur de la Légion d’honneur du lieutenant-colonel Mailloux.

Depuis quelques mois, le spectre de la guerre et la tension qui règne en Europe a modifié la vie à Parçay-Meslay. Jusqu’à la façon de voler. Louis Mailloux entraîne ses équipages au vol de groupe, et au bombardement à  basse altitude.

Pas de survivants

Le Bloch 210 du lieutenant-colonel Mailloux. (origine Rigourd via Vincent Lemaire)

22 avril 1939. Il est 11 heures. Les sirènes du camp vient de signaler la fin du travail pour les civils. Quatre Bloch 210 rentrent d’une mission au profit de la DAT (Défense aérienne du territoire) d’Angers. Ils sont en formation, en losange. Le lieutenant-colonel Mailloux est aux commandes du Bloch de tête. Et c’est après avoir donné le signal de la dislocation que le Bloch de tête et celui du sergent Bredela, le dernier du dispositif, se sont percutés. Sans qu’on puisse en déterminer la cause.

Baptiste Besnard, un cultivateur, est dans son champ. « Je passais le rouleau lorsque j’ai vu pointer, au-dessus des hangars, là, vers le sud, un groupe de quatre avions qui ne volaient qu’à une faible hauteur, peut-être deux cents mètres, raconte-t-il dans la Dépêche. J’avais arrêté mon cheval pour les regarder. A un moment, deux avions se sont écartés, l’un à droite, l’autre à gauche et presque aussitôt je n’ai pu que pousser un cri : les deux autres appareils s’étaient accrochés. »

« L’un est tombé presque à pic, a explosé et a pris feu, tandis que le second qui le suivait, rebondissait en l’air et allait tomber sur une aile à deux cents mètres de là. J’ai espéré que ceux-là, au moins, allaient se sauver, mais aussitôt j’ai vu le second appareil prendre feu tandis que les deux explosions semblaient se confondre. » L’armée de l’air a vécu, ce jour-là, un jour noir. En quelques heures, trois accidents ont lieu, causant la mort de dix-neuf aviateurs !

Le second Bloch 210 avec, encore visible sur la dérive, l'insigne de la Sal 4 (origine Adam via Vincent Lemaire)

Les secours, arrivés rapidement, ne sont d’aucune utilité. Les sauveteurs ne peuvent qu’extraire neuf corps carbonisés. Débute alors un incessant défilé : parmi les premiers venus leur rendre hommage, le jour même, figurent le général Pastier commandant la 3e RA ; le général Canonne, commandant la 6e division, le colonel Jury commandant la 9e brigade, le commandant Enslen de la 31e escadre, le colonel Fauvel du BIA 109. Mais aussi hommes politiques et élus : Vernet, préfet d’Indre-et-Loire ; René Besnard, sénateur ; les députés, Courson et Bernier. Plus tard, c’est au tour du général Vuillemin, chef d’état-major de l’armée de l’air.

Les neuf aviateurs ont eu droit à des obsèques solennelles en la cathédrale Saint-Gatien. En présence du ministre de l’Air, devant une assistance constellée d’étoiles. Peyronnet de Torrès conclue ainsi la nécrologie publiée dans un journal parisien, reprise le jour des funérailles par le colonel Jury : « Mon Dieu que nous sommes petits à côté d’un pareil exemple… Et d’une âme qui ne s’éteindra jamais. »

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2008

Les neuf victimes

Dans le Bloch 210 de l’état-major :

Lieutenant-colonel Louis Mailloux : brevet n°19.003, le 27 avril 1921, lorsqu’il est au 37e régiment d’aviation, au Maroc.

Lieutenant Henry de Rilly d’Oysonville : né à Paris en 1912, observateur. Engagé en 1935. 750 heures de vol. Inhumé à Chavaignes (Maine-et-Loire).

Adjudant Gonin : radio, 1.000 heures de vol. Originaire de Saône-et-Loire. Engagé en 1927, au 37e régiment d’aviation, au Maroc. Le seul inhumé à Tours.

Sergent Robert Callède : mécanicien. Né en 1913 à Hendaye.

Dans le Bloch 210 du GB II/51 (Sal 4)

Sergent Paul Bredela : originaire de l’Aube. Boursier à l’école de Bourges où il est breveté le 11 juillet 1935 (n°24.493). Affecté la même année à la 51e escadre.700 heures de vol.

Adjudant-chef Gaston François : mitrailleur, chef de bord. 1.300 heures de vol. Originaire de Meurthe-et-Moselle. Engagé à 18 ans, en 1928, à Dijon. Il dirigeait l’équipe de football de la base.

Adjudant Lagarce : né à Montbéliard (Doubs). Venu à l’aviation en 1931, à 24 ans. Chef de hangar, il demanda à participer au vol.

Sergent-chef Girard : radio. Engagé en 1932 à Dijon.

Caporal-chef Génébault : incorporé en octobre 1937 à Tours. Né au Havre.

Sergent Robert Callède : mécanicien. Né en 1913 à Hendaye. 300 heures de vol.

Le Bloch 210 n°256, avec l'insigne de l'état-major de la 51e escadre sur la dérive, a été baptisé Lieutenant-colonel-Mailloux. (Collection famille Mailloux)

Notes

(1) Le second groupe de la 31e escadre était composé des escadrilles C 56 et Br 226.

(2) Louis Mailloux avait huit enfants. Il avait épousé Marie Pot, une Brestoise, en 1919.

(3) Le Bernard 191 GR n° 2 Oiseau Canari de Lotti, Assolant et Lefebvre traversa, lui, l’Atlantique dans l’autre sens à la même époque

(4) Camille Jousse mérite un livre. Mécanicien de l’escadrille MF 25 pendant la guerre avec les frères Coupet, beau-frère de Lucien Coupet, il accompagna longtemps celui-ci. Dans le raid du Farman Goliath de Bossoutrot vers Dakar en 1919, à Cuba pour les Lignes Farman. On le retrouve sur l’Arc-en-Ciel 3 avec Mermoz. Résistant, il est mort  exécuté par un SS faute de pouvoir marcher lors de l’évacuation du camp de concentration de Buchenwald.

(5) Sans Jousse remplacé par Collenot mais avec un journaliste Bringuier qui tira un roman de ce voyage : La Défaite du matin, éditions Gallimard.

(6) Les hangars de la 51e escadre – qui existent toujours – faisaient face à ceux de la 31e :  la 51e au nord, la 31e au sud.

Le Centre de détection de Cinq-Mars-la-Pile, en Indre-et-Loire, porte le nom du lieutenant-colonel Mailloux. Ainsi qu’une rue de Saint-Cyr-sur-Loire où il demeurait (photo famille Mailloux) et de Brest où il est né. La promotion de l’École de l’air 1938-1939 a choisi Louis Mailloux pour parrain.

Une réponse à to “Neuf tués dans la collision de deux Bloch 210 de Tours”

  • de Rilly d'Oysonville:

    Bonjour.

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur l’accident du 22 avril 1939 à Tours.
    J’ai été bercé toute ma jeunesse par mon père au sujet de cet accident qui causa la mort de son frère aîné.
    Je suis donc un neveu direct du lieutenant Henry de Rilly d’Oysonville. Il a été inhummé à Chavaignes dans Maine et Loire, commune que j’habite.
    Nous avons chez nous un fragment de l’avion dans lequel il était. Celui-ci avait ramassé sue place par une personne qui l’avait donné à mon père par la suite.

    Vous en souhaitant bonne réception. Sentiments distingués.
    H. de Rilly d’Oysonville.

Laisser un commentaire