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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Un Bloch 210 dans les hangars d’Air-Touraine

29 juillet 1939 Atterrissage manqué pour un Bloch 210 de la 1e escadre qui termine sa course entre les hangars d’Air-Touraine.

Le n°2 du GB I/51a bien abîmé les hangars. (Collection Aéro-Club de Touraine)

Au cours des années 30, les hangars qui se trouvaient le long de la route de Paris, n’étaient plus assez grands pour les unités basées à Tours. Au sud du terrain, trois grands hangars métalliques doubles, tous différents, avaient été construits pour la 31e escadre. La 51e, créée à Tours le 1er avril 1937, s’est installée au nord-est, dans des hangars métalliques doubles qui ont été réparés ou reconstruits à l’identique, selon leur état. A droite de ces hangars, quand on leur fait face, se trouvaient les hangars de l’aéroclub Air-Touraine et l’aérogare civile.

Le dimanche 29 juillet 1939, un cri jaillit : « Attention, sauvez-vous ». Attiré par le bruit de plus en plus fort de moteurs, l’auteur du sauve-qui-peut venait de découvrir qu’un bimoteur fonçait vers les installations de l’aéro-club. Et vers lui.

A bord du Bloch 210 de la 51e escadre se trouvaient le sous-lieutenant Guimbretière, le sergent-chef Bourdin, le lieutenant Sudres, le caporal-chef Faive et le sergent-radio Le Bigot. Trop long à l’atterrissage – c’est du moins ce que les journaux de Tours avancent – le pilote remit les moteurs à plein régime pour reprendre de la hauteur. En vain. Le Bloch chercha à se glisser entre les deux hangars d’Air-Touraine. Son envergure ne le permit pas, chaque bout d’aile venant s’encastrer dans les installations de l’aéro-club.

Heureusement, le pilote a pu glisser le nez de son avion entre les deux hangars. (Collection Vincent Lemaire / origine famille Sudres)

Le cri de détresse permit de limiter le bilan. Aucun mort et seulement trois blessés légers : l’auteur de l’alerte, Henri, de Cholet, qui profitait de ses vacances à Rochecorbon pour venir à l’aérogare ; Le Boeté, le chef-mécanicien d’Air-Touraine… et le pilote, le sergent-chef Bourdin qui, en s’extirpant de son avion, reçut une tôle sur la tête. Le plus mal en point, en dehors du hangar, était sans doute l’avion.

Le “ Sous-Lieutenant-Rassat ”

Le baptême du "Sous-Lieutenant-Rassat" (Collection Vincent Lemaire / origine Scavizzi)

Ce Bloch 210 n°206 de la Sal 39 (codé « 2 ») portait le nom de « Sous-Lieutenant-Rassat » (1). Il avait été baptisé, treize mois plus tôt, le 11 juin 1938,  au cours d’une cérémonie marquée par la réception du fanion de l’autre escadrille du groupe, la Spa 42, des mains du général Pastier. Lors de cette cérémonie, six avions reçurent le nom d’aviateurs de la Sal 39 morts au combat lors de la Grande Guerre (2) :

« Capitaine-Vachon » (3) ;

« Sous-Lieutenant-Rassat » ;

« Aspirant-d’Héricourt » ;

« Sous-Lieutenant-Giacomelli » ;

« Maréchal-des-Logis-Waldman » ;

« Sergent-Mathieu ».

Le ruban de baptême du Bloch accidenté avait été dévoilé par un ancien compagnon d’armes de Dodi Rassat, le lieutenant André de Baubigny, passé par l’école d’aviation de Tours, venu en voisin de Fresnay-sur-Sarthe. Originaire de Constantine, le sous-lieutenant Dodi Rassat avait trouvé la mort le 30 septembre 1917.

C’est avec ce type d’appareil, déjà obsolète, qu’en septembre 1939, la 51e escadre fit route vers La Perthe, dans l’Aube (près de Sézanne). Elle combattit avec les Bloch 210 les premiers mois de la Drôle de guerre, exécutant surtout des missions de reconnaissance de nuit. La 51e escadre fut reconvertie sur Breguet 690 (puis ses dérivés) ce qui n’empêcha pas les pilotes de continuer à voler dessus dans le sud de la France.

Le destin avait donné rendez-vous aux deux officiers de cet équipage, le même jour, le 20 mai 1940. Le sous-lieutenant Guimbretière, observateur du capitaine Bernard (sur Breguet 693 n° 65), fut  grièvement blessé, vers Arras, par un obus. Sa citation : « Jeune officier observateur plein d’allant. Le 20 mai 1940, au cours d’une mission de bombardement sur des colonnes motorisées ennemies a fait preuve des plus belles qualités d’énergie et de sang froid. Grièvement blessé a continué à remplir sa mission et à seconder efficacement son pilote. »

Le lieutenant Sudres qui avait quitté la 51e escadre pour sa « sœur d’armes », la 31e, trouva la mort le même jour, dans la région d’Amiens, lorsque son LéO 45 (n° 95) percuta un Messerchmitt 109 qui l’attaquait.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2008

En jaune, le parcours de l'avion.

(1) La Sal 39 était commandée par le capitaine Cornée, la Spa 42 par le capitaine Marias. Le groupe était dirigé par le capitaine Boulmer.

(2) Thélis Vachon, grande figure de l’aviation française de la Grande Guerre, commandant de l’escadrille, est mort de ses blessures le 14 octobre 1918. Le lieutenant Félix Giacomelli (pilote) et le maréchal des logis Waldmann (observateur), ont été portés disparus le 1er août 1916. Quant à Jean de Servins d’Héricourt (pilote) et André Mathieu (observateur), ils ont été abattus le 5 avril 1917.

(3) Un Potez 540 de la Sal 39 a également porté ce nom.

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