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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Le “ Rescapé ” échappe au tourbillon de la guerre

Le Caudron 230 d’Air Touraine a passé la guerre caché dans une ferme. Le 4 octobre 1944, arborant cocardes et Croix de Lorraine, il se posait sur le terrain où il avait servi à la formation des jeunes pilotes.

Vu dans la revue Air-Touraine d'avril 1939.

L’histoire du Caudron 230 d’Air Touraine n’est pas simple à suivre. Cet avion, précurseur du Luciole, a d’abord été la propriété de Maryse Bastié. Lorsqu’elle a battu le record du monde féminin de distance en ligne droite, les 28 et 29 juin 1931 (2.976 km, d’Orly à la région de Nijni-Novgorod, en URSS, en 30 heures) avec un Klemm-Salmson, Guy Bart – son moniteur – lui a fait un brin de conduite. Il était aux commandes de ce Caudron 230 (1). Le voyage s’est mal terminé pour Guy Bart, victime d’un accident au moment d’atterrir en Belgique. Et plus encore pour le F-ALDF dont le journal Les Ailes annonçait qu’il avait été détruit. Il faut croire que non.Ce Caudron a fait ses premières apparitions en Touraine sous les couleurs de l’Aéro-club de Loir-et-Cher, le petit frère du club tourangeau. Dès 1933, Raymond Mauler et Claude Chautemps (2) volaient avec. Air Touraine l’a sans doute acheté pour remplacer le Caudron Luciole – le « Tourbillon » – dont les registres disent qu’il a été détruit en juin 1935 (3) . Air Touraine l’utilise alors pour la formation de ses pilotes. En témoigne le carnet de vol de pilote de tourisme de Wilfrid Turbillon, futur mitrailleur de la 31e escadre, né à Tours mais domicilié à Braye-sur-Maulne, dans le nord-ouest du département (4).
Wilfrid Turbillon a obtenu son premier degré le 24 août 1935. Sa formation s’est faite exclusivement sur un Potez 36 du club, le F-ALBG (5). A l’exception de deux vols sur d’autres Potez 36 d’Air Touraine (6), il a préparé son 2e degré sur le Caudron 230 : treize vols entre le 24 septembre 1935 et le 21 juin 1936 comme l’indique son carnet de vol que le chef-pilote, Jean Boy, a paraphé.

Wilfrid Turbillon, le 24 mai 1936.

Cette photo a été prise à Tours le 24 mai 1936. Son carnet de vol indique treize minutes de vol sur le F-ALFD ce jour-là. (origine famille Turbillon / coll. Vincent Lemaire)

En 1937, le Caudron 230 est utilisé par la section d’aviation populaire d’Air Touraine. Il vole une trentaine d’heures, moins que l’autre avion du club mis à la disposition de la SAP, le Potez 36 F-ALBG (près de 150 heures). Un Caudron 232 du club, un Hanriot 16 et un Salmson Cricri du ministère complètent le matériel de la section. En 1938, le Caudron 230 n’apparaît plus dans le matériel de la section. En avril 1939, on le voit dans la revue du club pour illustrer un article : « Comment devenir pilote ».
La guerre venue, le Caudron aurait pu disparaître dans le tourbillon de la défaite. Comme les autres avions d’aéro-club. Mais le mercredi 4 octobre 1944, à 15 h 15, au milieu des ruines de la base aérienne de Tours, le commandant Marias accueille un avion surgi du passé. Le commandant Hostein, maire de Rochecorbon, l’accompagne, ainsi que Pierre Parâtre, l’ancien président d’Air Touraine, et le commandant Tenot, du bureau Veritas. Cet avion aux couleurs françaises, arborant une Croix de Lorraine, est le Caudron 230F-ALDF ainsi que l’explique  la Nouvelle République.
Le Caudron a été soustrait quatre années plus tôt. Il a passé la guerre dans un petit hangar de ferme, à Montlouis, chez un ancien du club, Nicolas Bouisson. Jean Rideau, mécanicien et pilote (7), membre du club avant la guerre, l’a remis en état de voler. Transporté dans une prairie du Cher, il a pu reprendre l’air aux mains de Robert Dangoise, pour rejoindre les ruines de l’aéroport.
Il a été mis au service des ponts et chaussées. Transformé pour prendre des photographies aériennes, il a réalisé, Rideau aux commandes, Hellec à la photo, des clichés de la base pour établir le plan topographique du terrain.
Pour avoir échappé à cette tempête, le Caudron 230 F-ALDF a été surnommé le « Rescapé ». Il a poursuivi sa carrière jusqu’à la fin des années 50.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine – Mai 2009

(1) Extérieurement, le Caudron 230 se différencie du Luciole par son train d’atterrissage.
(2) Raymond Mauler deviendra chef-pilote d’Air Touraine en juin 1936. Claude est le fils de Camille Chautemps, président du Conseil en 1934. Il est devenu pilote d’essai.
(3) Où ? Dans quelles circonstances ? Je n’ai pas la réponse. Sur le « Tourbillon » suivre
ce lien
(4) Wilfrid Turbillon est mort pour la France le 8 novembre 1939. Voir la page que lui consacre Vincent Lemaire sur son site.
Équipages dans la tourmente
(5) Baptisé « Ville de Dallas ». Il a appartenu à l’Aéro-Club de la Drôme, à Montélimar.
(6) Le F-ALFI et le F-ALAB
(7) Il a notamment participé à la guerre au sein du GAO 509.

4 réponses à to “Le “ Rescapé ” échappe au tourbillon de la guerre”

  • Claude Levet:

    Bonjour,

    J’ai pris connaissance de cette page intitulée  » Le RESCAPE  » et qui parle d’un CAUDRON 230.

    Pensez-vous qu’il puisse exister un rapport avec le fanion accroché au mur d’un bureau à Verdun ( esc. C 18 ou R 214 ou C 56 ? )

    Cordialement

  • Rideau Jean-Michel:

    Bonjour,
    J’ai pris aussi connaissance de ce site, surpris que mon père Jean Rideau y soit cité (ainsi que dans le site de M. Jarrige)
    J’ai un certain nombre de photos de cette époque et j’ai connu certains autres acteurs cités (Robin, Ropion, …)
    Contactez-moi si je peux vous être utile pour des informations ou des doc.
    Par ex mon grand père Charles Rideau a construit dans les années 1910..
    un (ou 2)aéroplane Antoinette (sur commande)…
    Cordialement,

  • Pelletier Maurice:

    Bonjour,
    je souhaite vous citer une anecdote que m’avait raconté mon père. Lors de son engagement le 13.10.44 à la Base de Tours ils étaient charger de garder un hangar sans savoir ce qu’il y avait à l’intérieur. Agée d’à peine 18ans ils décidèrent de regarder. Ils furent surpris de découvrir un vieille avion (un vieux coucou ce fût son expression)avec amusement. Mon père ne doit pas connaître l’ histoire du CAUDRON 230.
    Cordialement

  • Didier Lecoq:

    Bonjour et merci pour ce détail,
    Jean-Michel Rideau m’a fait découvrir des photos de son père, Jean Rideau, qui a restauré l’avion, des clichés magnifiques qui seront sur le site quand j’aurai terminé mon article.
    Cordialement.

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