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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

La Résistance de l’Air

Entre la fin août et la mi-septembre 1939, les 31e et 51e escadres de bombardement et le GAO 509 quittent Tours pour rejoindre leurs terrains de combat. Au cours des mois qui suivent, les unités tourangelles sont durement touchées. Après l’Armistice, de nombreux aviateurs tourangeaux vont continuer le combat sur un terrain auquel ils n’étaient pas préparés : la Résistance. Un combat que plusieurs ont payé de leur vie.

Abel Verna, d’un enfer à l’autre

Abel Verna. (Collection Vincent Lemaire)

Abel Verna est né à Balesmes, dans le sud de la Touraine. Breveté pilote à Istres en juillet 1937, sa première affectation le mène à Tours, à la 51e escadre. Il découvre le Bloch 210, un bimoteur déjà dépassé au moment de sa sortie. Affecté au GB 1/31, il y est transformé sur Lé0 45. Avec cet avion moderne destiné au bombardement en altitude, mais mal employé, il bombarde une colonne blindée, près de Guise, le 20 mai 1940. Quelques jours plus tard, au retour d’une mission sur Abbeville, il est attaqué par deux chasseurs allemands. La poursuite dure cinquante kilomètres (1). Son avion en flammes, et tout son équipage tué, Abel Verna tente un atterrissage en catastrophe. Projeté hors de l’appareil, brûlé au visage et aux mains, il est hospitalisé jusqu’en en février 1941, lorsqu’il regagne son unité. Direction la Syrie menacée par les troupes britanniques. Il n’y reste pas longtemps. Ses mains brûlées rendent le pilotage pénible. Le sable irrite ses yeux que des paupières ne protègent plus. Malgré la naissance de son second enfant en mai 1944 – il lui donne le prénom de Jean-Guy en souvenir de ses deux compagnons morts dans le Lé0 451, Jean Desesquelle (de La Riche) et Guy Champenois – il cherche à tout prix à reprendre le combat. Un passage par l’Espagne échoue. Il essaie de passer par la Suisse. Le Débarquement l’incite à revenir sur ses pas. Il rejoint la Résistance dans le Jura. C’est là qu’il est capturé, semble-t-il par des auxiliaires de l’armée russe de Vlassov. Abel Verna est fusillé le 13 juillet 1944 avec trois autres camarades, fidèle à son patriotisme familial – son père est mort à Verdun – affiché jusque dans ses prénoms : Abel, André, Joffre.

Hector Audren : radio, un rôle très exposé

Le sergent Hector Audren, originaire de Pont-Croix, dans le Finistère,  est venu à Tours comme radio, à la 707e compagnie, avant de rejoindre la 31e escadre. Il vole sur Bloch 200 puis Lé0 451. Il fait toute la campagne de France puis celle du Levant avec le même équipage, celui du sous-lieutenant Resseguier qui, lui aussi, rejoindra la Résistance (SR Air) avec le commandant Lauzin, commandant du groupe.

Hector Audren. (Collection Yves Audren)

Devant leur Lé0 451, fin juin 1940 : de gauche à droite, le lieutenant Dubalen (navigateur), le sergent Audren (radio), le sergent Beaune (canonnier), le lieutenant Resseguier (pilote). (Photo Resseguier)

En octobre 1942, il quitte l’armée et se fixe dans l’Ain. En mars 1943, il rencontre un ancien agent de la Confrérie Notre-Dame qui met sur pied le réseau Amarante. Ce réseau dépend du Bureau des Opérations Aériennes. A Lyon, ainsi que l’indique son dossier d’obtention de la médaille de l’Ordre de l’Empire Britannique, « il se distingue malgré l’activité de la Gestapo dans cette ville. Par le nombre de télégrammes qu’il passe et les contacts qu’il prend, il se signale comme l’un des meilleurs radios de la Résistance […] Le réseau est spécialiste des parachutages et des départs d’avions clandestins. » Il est arrêté deux fois par la police française. Deux fois il s’échappe avec l’aide plus ou moins patriotique de ses geôliers. Évacué à la demande de Londres, il demande à retourner en France. Dénoncé à la Gestapo, il est capturé au Mans, quelques jours avant la libération de la ville. Déporté, Hector Audren décède à Bergen-Belsen le 12 avril 1945, trois jours avant la libération du camp.

« La montagne est verte » pour ceux de Libération-Nord

Camille Maus.

D’autres aviateurs ont choisi la Résistance tourangelle, comme l’adjudant-chef Louis Salaun, lui aussi originaire du Finistère (Bannalec). Plus âgé, il a quitté le personnel navigant peu avant le conflit. De retour d’Afrique du Nord en mars 1941, il  travaille à la garde des communications où il est brigadier, à Montlouis. Il rejoint la Résistance en juillet 1943, dans le groupe du capitaine Camille Maus, chargé des opérations aériennes du mouvement Libération-Nord, dirigé en Touraine par Jean Meunier. Louis Salaun participe d’ailleurs au parachutage du 8 septembre à Semblançay (2). Le message radio pour déclencher la mission : « La montagne est verte » ou « le poisson ne mord pas ». Le réseau est décimé à la suite de cette opération, sans doute victime d’un manque de prudence. L’adjudant-chef Louis Salaun décède au camp d’Ellrich le 29 octobre 1944. Camille Maus meurt à Buchenwald, le 19 septembre 1944. Il était arrivé à Tours en 1920, après avoir passé son brevet à Istres (3). Il a commandé la 15e escadrille (Spa 42) en 1925 ainsi que la Compagnie hors rang (CHR), quelques années plus tard. Il a longtemps été l’officier Z du 31e RAO. Autrement dit, l’officier chargé de la lutte contre les gaz.  En congé du personne navigant, il est resté en contact avec l’aviation puisque l’Aéro-Club de Touraine l’a nommé délégué à l’Aéro-Club de France pour superviser les brevets de tourisme. Il a été mobilisé comme commandant de l’école élémentaire de pilotage n°28, à Vendôme puis à Blois-Pezay (4). Il avait sous ses ordres un autre futur résistant et déporté, Albert Carraz (5).

Officier et franc-maçon

Georges Ledot.

Arrivé à Tours en 1927, Georges Ledot a été chef de la 11e escadrille (Sal 277) en 1928 puis commandant de la section photo. Son passage en Touraine s’est mal terminé. Le régiment était alors dirigé par le lieutenant-colonel Marcel Jauneaud, cible du journal La Dépêche pour ses sympathies royalistes, ainsi que d’une lettre anonyme envoyée au ministère de l’Air. Était également visé par cette lettre le commandant en second du parc. Le capitaine Ledot n’en était pas l’auteur mais il a été accusé d’avoir mené une enquête personnelle au sein du régiment – notamment du parc – et d’avoir recueilli des accusations contre des officiers. Il lui a été reproché, en outre, de ne pas vouloir dénoncer l’auteur de la lettre dont il a reconnu savoir le nom. Muté à Reims et traduit devant un tribunal d’enquête pour « faute contre l’honneur », ce dernier a estimé, à l’unanimité, qu’il ne méritait pas d’être renvoyé de l’armée de l’air. Il a été condamné à 30 jours d’arrêts de rigueur, peine amnistiée. Georges Ledot a connu par la suite une carrière à peu près normale, demandant même à revenir à Tours au GAR 509. Mais il est resté à Reims, au GAR 552 avant d’être affecté au Centre d’instruction et de renseignement de Clermont-Ferrand.  Il a très tôt rejoint la Résistance, notamment le réseau Froment (mis en place par un autre capitaine de l’armée de l’air, André Fourcaud). Adjoint au responsable départemental de l’Armée Secrète dans la Haute-Vienne puis dans la Creuse, il est arrêté le 22 juillet 1944 à Vieilleville (Creuse), puis déporté. Selon le témoignage d’un autre déporté, il aurait constitué un groupe de résistance à l’intérieur du camp de Melk. Blessé dans une mine où travaillait, il est décédé à Melk, le 21  décembre 1944, de dysenterie. Georges Ledot, lieutenant-colonel FFI, a été nommé colonel à titre posthume en juillet 1947 pour prendre rang au 1er juin 1944. Fait plutôt rare pour un officier de carrière, Georges Ledot était franc-maçon, au Grand-Orient de France (6).

Moniteur de Jean Tulasne à l’Aéro-Club de Touraine

Jean Boy, également excellent pilote de planeur. (Photo Aéro-Club de Touraine)

Jean Boy a été mécanicien puis pilote pendant la Première Guerre. Il a rejoint Tours, où il est né en 1897, après avoir été cité en Maroc en 1919. Jean Boy a été un membre très actif de l’Aéro-Club de Touraine jusqu’à un différend avec le club pour avoir voulu former des élèves sur son avion personnel, en dehors du club. L’AeCT l’a donc exclu pour concurrence déloyale (7). Jean Boy avait été le moniteur civil de Jean Tulasne (8). Réserviste, il a été mobilisé comme moniteur à l’école élémentaire n° 31 de Poitiers. Résistant dans le Sud-Est, le sous-lieutenant Jean Boy appartenait au réseau belge Comète, chargé d’évacuer les aviateurs alliés abattus. Déporté par le dernier train en direction de Büchenwald, il est transféré au Kommando de Neu-Stassfurt (près de Magdebourg), dans les mines de sel de potasse. Le commando est chargé d’aménager des installations souterraines pour des usines d’aviation. Il y décède le 6 avril 1945. Cinq jours plus tard, le camp était évacué devant l’avance de l’Armée rouge pour ce qui allait devenir « la marche de la mort » Jean Boy a été inhumé au cimetière La Salle de Tours en 1959.

Didier Lecoq

avec l’aide d’Yves Audren et Vincent Lemaire

Cet article est une version complétée de celui qui a été publié dans le n° 120 d’Alpha 705 (hiver 2009), la revue de la base aérienne de Tours.

Notes

(1) Le 31 mai 1940. Hormis Abel Verna, l’équipage était composé de Pierre Scavizzi, Guy Champenois et Jean Desesquelle.

(2) Parmi les participants à la réception des sept conteneurs d’armes et des postes radio, Jean Baptiste Claveau, cultivateur à Charentilly, le père de Baptiste Claveau, FAFL et futur pilote de l’École d’Étampes. Arrêté comme la plupart des participants à ce parachutage, Jean Baptiste Claveau a été déporté à Buchenwald. Le terrain, surnommé Thorium, était situé à Gobelville, commune de Semblançay, près de Charentilly.

(3) Brevet n°18387, insigne n°15426.

(4) Ils étaient logés au château de Marollles où a également dormi Antoine de Saint-Exupéry, de « passage » au Breuil avec son groupe lors de la descente vers le Sud.

(5) Albert Carraz, chef-pilote de l’Aéro-Club de Touraine, futur recordman en planeur, résistant, a notamment dérobé les plans de la base aérienne de Parçay-Meslay où il s’était fait embaucher par les Allemands. Entré dans la clandestinité, arrêté, il a tenté deux fois de se suicider. Il a survécu à la déportation ainsi que son épouse et sa belle-fille.

(6) Sur les cinq cents du Grand-Orient de France, lire

(7) Après la guerre, l’Aéro-Club a, semble-t-il, donné le nom de Jean Boy au premier avion qu’elle a reçu.

(8) Voir l’éphéméride de 1935.

Jean Danis, de Veigné, qui a appartenu au SR Air à Laon pendant la Seconde Guerre, vient de publier le fruit de trente-cinq ans de recherches. Son livre sur les « Espoins de l »armée de l’air » a obtenu un coup de coeur des Aérobibliothèques. Lire le commentaire de Philippe Bauduin

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