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Le raid Paris – Bordeaux de Juan Bielovucic

En mai, les Tourangeaux avaient dû se déplacer à Rochepinard pour y voir les aéroplanes. Avec le raid du Péruvien entre Paris et Bordeaux, le 2 septembre 1910, il n’était déjà plus question de voler mais de voyager.

Juan Bielovucic sur son Voisin "course". (Collection Jean-Pierre Lauwers)

1910 : tout s’accélère. Cette année-là, Tours connaît son premier meeting. Bertram Dickson, le grand vainqueur de la Semaine de Touraine, réussit une première en Italie – une collision aérienne –, se blesse grièvement et disparaît définitivement du monde de l’air ; Geo Chavez, son dauphin, bat le record du monde d’altitude, franchit pour la première fois les Alpes et se tue à l’atterrissage. Mais en cette fin d’été 1910, un autre Péruvien, qui plus tard s’attaquera aux Alpes pour venger son compatriote, intéresse les Tourangeaux. Juan Bielovucic-Cavalié (1) se lance dans un grand raid. Cap au sud-ouest. Son objectif est de rallier Paris à Bordeaux. C’est la première occasion, pour les Tourangeaux, de voir un avion dans un tel raid, loin des champs d’aviation.

Le tracé ne doit rien au hasard. La route du sud-ouest est une aubaine pour les aviateurs. Les conditions aérologiques y sont moins dangereuses que celles vers le Sud-Est. Côté navigation, c’est on ne peut plus simple. Presque tout se fait à vue, avec une bonne carte d’état-major comme ange-gardien. De Paris à Orléans, il suffit de suivre la voie de chemin de fer. Puis la Loire d’Orléans à Tours. Et enfin, la voie de chemin de fer de Tours à Bordeaux. Le terrain permet de se poser facilement en cas de problèmes. Et toutes les grandes villes ont un champ de manœuvres pouvant se transformer en champ d’aviation.

Son aéroplane n’a rien à voir avec les Voisin poussifs qui sont venus pour la Semaine de Touraine. Il se rapproche davantage du Henry-Farman III de Dickson et Chavez. Construit en tubes acier, il préfigurait les Voisin de la Grande Guerre. Son moteur Gnome 50 CV est bien plus léger que le moteur ENV.

Gabriel Voisin le précède en voiture à Tours

Le 1er septembre, Jean Bielovucic prend donc le départ d’Issy-les-Moulineaux. Moins de deux heures plus tard, il est à Orléans pour une première étape. Un premier triomphe populaire.

Son passage est attendu le lendemain à Tours. Avec un peu d’espoir, certains annoncent même qu’il pourrait y descendre pour faire le plein. Un espoir détrompé par Gabriel Voisin, le constructeur de l’avion, qui précède en voiture son poulain. C’est lui qui annonce que Juan Bielovucic, gêné par le brouillard, est parti plus tard que prévu d’Orléans. « Bielovucic, étant donné le vent, ne sera pas ici avant 10 h 30 ou 11 heures. Il doit suivre la Loire et atterrira peut-être à Tours ou bien suivra sur Poitiers », explique-t-il. Tout le monde attend le Péruvien. Notamment sur la route de Montlouis où automobiles et bicyclettes occupent le terrain.

« Tout à coup, une clameur. Le voilà ! et tout là-haut, au milieu des nuages, le biplan Voisin apparaît et pique droit sur Tours, au point que l’on se demande s’il ne va pas atterrir sur le Champ-de-Mars, comme il en a été question, raconte la Dépêche. Puis, en arrivant à la hauteur de Saint-Pierre-des-Corps, l’aviateur, toujours très haut, oblique franchement à gauche. On croit cette fois que Bielovucic va aller se poser au champ d’aviation de Saint-Avertin, mais il n’en est rien.

« Continuant sa route sur Poitiers, l’aviateur passe à 11 h 10, laissant notre ville à sa droite. » Juan Bielovucic ne s’arrêtera qu’à Châtellerault.

Moins d’un mois après le passage de cette comète dans le ciel de Touraine, Geo Chavez se tuait dans les Alpes. Juan Bielovucic refera le même voyage, de Brigne à Milan pour le « venger ». Il fait ensuite une belle carrière aérienne. Il pousse même très loin son amour de l’aviation et de la France. Alors que rien ne l’obligeait à le faire, il s’engage dans la Légion pour pouvoir combattre pendant la Première Guerre mondiale. Sous-lieutenant à l’escadrille MS 26, il reçoit la Légion d’honneur et la croix de guerre en 1915 « pour ses reconnaissances en territoire ennemi » précise la citation. Malade, épuisé, il est retiré du front et réceptionne les nouveaux avions à leur sortie d’usine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage encore, cette fois dans la Résistance. Il est décédé en 1949.

Le 2 septembre 1910, en passant si vite au-dessus de Tours, Juan Bielovucic a sans doute suscité bien des vocations. Il a également donné rendez-vous. A l’année prochaine, pour la première grande course internationale : Paris – Madrid.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2005

Note

(1) Il est né le 30 juillet 1889 à Lima, au Pérou. Son nom est souvent écorché : Bielovucie au lieu de Bielovucic. Son prénom a été souvent francisé : Jean au lieu de Juan. Il a le brevet n°87, homologué le 10 juin 1910.

Lien

Pour en savoir davantage sur le meeting de Bordeaux, lire l’article de Gérard Hartmann. Lire

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