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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Le voyage à Prague du général et du député

En 1928, l’aviation tchèque invite le général Pujo à Prague. Celui-ci désigne le 31e régiment de Tours pour l’accompagner. C’est la 14e escadrille (C 56) qui est retenue.

Le 18 juin 1928, six Potez 25 quittent Tours, sous les ordres de Paul Canonne, commandant le groupe d’observation n°4 auquel la 14e escadrille appartient. Ce voyage n’a rien d’un exploit sportif. Il s’agit de répondre à l’invitation amicale adressée par les aviateurs tchèques au général Pujo, directeur de l’aéronautique militaire et ancien commandant de la 9e brigade de Tours.

Un Potez 25 de Tours à La Courtine

Un Potez 25 (1) de Tours à La Courtine. (Didier Lecoq)

Un voyage sans histoires si ce n’est quelques bourrasques de pluie qui contraignent les Potez 25 à une escale non prévue, à Nuremberg (Allemagne), où les aviateurs français ont pu remarquer « la belle ordonnance des hangars, l’autorité du starter, l’uniforme brillant des policiers et même… la propreté des mécaniciens » !

Sont du voyage : le commandant Paul Canonne, chef de groupe ; le capitaine Lanson, chef d’escadrille ; les lieutenants Hostein, Soviche et Bouvard ; l’adjudant-chef Rouillac, chargé de prendre le général Pujo à Strasbourg ; les sergents Boulay, Noilou, Avesque et Debrand.

Carnet de vol de Louis Noilou.

Le voyage à Prague, dans le carnet de vol de Louis Noilou.

Ce voyage à Prague réunit deux pilotes au début d’une carrière brillante qui n’avaient pourtant rien pour se rencontrer. Michel Bouvard et Louis Noilou composent l’équipage du Potez 25 n°42.  Le premier est lieutenant ; le second, sergent, après s’être engagé comme mitrailleur et simple soldat en 1923, dans cette même escadrille. Michel Bouvard a fait Saint-Cyr ; Louis Noilou a commencé comme ajusteur au P.O. (Paris-Orléans), la grande compagnie de chemins de fer. Il est né à deux pas du terrain d’aviation, à Saint-Symphorien où son père était employé communal. Michel Bouvard est breveté pilote depuis peu (17 janvier 1927) alors que Louis Noilou est breveté depuis 1925 et a déjà été blessé en Syrie lors de combats dans le Djebel druze.

Louis Noilou

Louis Noilou porte le brevet de pilote tchèque remis à chaque pilote français du voyage à Prague. (Photo famille Noilou-Payne)

Lieutenent Michel Bouvard (31e RAO)

Le lieutenant Bouvard lorsqu’il était pilote de la 14e escadrille du 31e RAO à Tours.

Leurs carrières vont prendre des directions très différentes. En 1932, le premier quitte Tours pour l’Ecole de guerre puis le cabinet du ministre de l’Air avant de partir trois ans à la mission militaire au Brésil. Quand Michel Bouvard revient en 1938 pour commander l’ex-13e escadrille puis le groupe devenu 2e groupe de bombardement, Louis Noilou est en escadrille en Indochine, depuis deux ans.

Pendant la guerre, tous les deux travaillent pour les services de renseignements : au  SR Air, à Limoges, en zone libre, pour Bouvard ; en Indochine pour Noilou qui, recherché par la Kempetai – la gendarmerie japonaise –, doit entrer dans la clandestinité. Il n’en ressort qu’après la reddition des forces japonaises.

Michel Bouvard a vécu une aventure unique. Après avoir rejoint l’Afrique du Nord, juste avant l’invasion de la zone Sud par les forces allemandes, il retrouve une place en unité. Lui qui a commandé un groupe de bombardement à Tours, dirige le 1/63 puis le 2/63 de mars 43 à mars 44. Commandant de la 31e escadre de bombardement sur B-26 Marauder, dont dépend le GB 2/52 Franche-Comté, il participe – hors équipage – à une mission visant à détruire un poste de Flak allemande qui protège Toulon. Mais son B-26 est abattu. Le lieutenant-colonel Bouvard finit par se retrouver prisonnier dans la caserne Gardanne, un ensemble fortifié qu’il devait détruire. Encerclés, les militaires allemands redoutaient de tomber entre les mains des FFI. A force de persuasion, il parvient à les convaincre que leur situation est intenable et qu’ils ont tout intérêt à se rendre à un militaire… comme lui. Et c’est ainsi qu’il est sorti, le drapeau allemand sous le bras, à la tête de 400 Allemands surveillés par les anciens prisonniers. Il a envoyé, au général américain commandant le 42e Wing, un message resté célèbre : « Mission OK, rentrons avec l’objectif. »  Général de corps d’armée, il a terminé sa carrière comme directeur du Centre des hautes études militaires, en 1960.

Remise du drapeau de la caserne Gardanne.

Le lieutenant-colonel Bouvard remet le drapeau allemand au général Robert W. Webster. (Photo sd)

Louis Noilou, après avoir quitté l’armée, est resté en Indochine où il a créé une entreprise d’outils, à Haiphong, entreprise qu’il a dû abandonner après la chute de Diên Biên Phu. Installé dans le sud de la France, il s’est lancé en politique, devenant, en 1971, député des Alpes-Maritimes.

Sur le chemin de Prague, en juin 1928, le Potez 25 n° 42 emmenait un futur général et un futur député.

Didier Lecoq

 

(1) Si la carte postale a été colorisée, le bleu n’est pas dû au hasard. Les Potez 25 qui sont allés à Tours avaient effectivement le capot moteur et les flasques de roue peints en bleu.

Carnet de vol du commandant Canonne

La page du carnet de vol vers Prague du commandant Paul Canonne.

 

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