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Guillaume Busson : de l’aéroplane à l’hélicoptère

Dans sa famille paternelle, on est artiste-peintre de père en fils. Mais Guillaume Busson a mis d’autres couleurs sur sa palette :  pilote dès 1909, directeur de l’école Deperdussin de Pau, pilote de chasse pendant la Grande Guerre, spécialiste de l’aérodynamisme, résistant, propagandiste de l’hélicoptère…

Sur Deperdussin.

Il n’y est pour rien. Et pourtant, c’est par un fait divers que les Tourangeaux ont fait sa connaissance. En ce début d’année 1912, Guillaume Busson s’est déjà fait un nom parmi les aviateurs, après une carrière automobile déjà bien remplie (il y reviendra plus tard). Cela fait déjà trois années qu’il vole, sur  WLD d’abord, un biplan construit par Witzig et Dutilleul chez Lioré. Sur Blériot à moteur Anziani ensuite, avec lequel il est le quatrième homme à survoler Paris, après le comte de Lambert, Émile Dubonnet  et Florentin Champel. C’était en juillet 1910 avec Paris – Juvisy – Paris, un mois après avoir obtenu officiellement son brevet de pilote (n° 121).

Avec ce Blériot il a écumé les meetings, en France mais aussi en Italie. Toujours en 1910, et toujours avec le même avion, il a participé au circuit  de l’Est, abandonnant lors de la première étape. Puis  il a volé, à Port-Aviation, sur un drôle de monoplan, La Frégate, un clone du Blériot XI sur lequel on aurait mis des ailes d’oiseau.

Nouvelle machine en 1911. Il participe à la mise au point des Deperdussin-Béchereau, avec pour résultats, deux records du monde de distance, avec trois et quatre passagers, le 10 mars 1911 à Bétheny.

La carrière de Guillaume Busson aurait pu s’arrêter là. Gravement malade, il arrête de piloter. Mais en ce début de XXe siècle, quoi de mieux  qu’une cure à respirer l’ air de Pau pour se refaire une santé. Guillaume Busson prend donc en main l’école militaire Deperdussin de Pau où il forme des pilotes qu’il retrouvera lors de la Première Guerre mondiale.

Né à Chédigny

Guillaume Busson fait découvrir le Deperdussin au Belge Wyjnmalen.

Mais revenons au point de départ de notre histoire, au début de l’année 1912. En février, les journaux annoncent un raid plutôt étonnant pour l’époque – surtout pour son parcours : Paris – Bordeaux – Pau – Nice avec une première étape à Blois. Le nom du pilote : « André Buson ». Mieux, précise La Dépêche, « son appareil, un monoplan Blériot, type 1912, dit Torpilleur, sera exposé au public le samedi 3, de 10 heures à 5 heures, et le dimanche 4, de 9 heures à 3 heures, en face de la gare des tramways de Blois à Oucques ».

Mais « Buson » se fait attendre. Il n’arrive qu’une semaine plus tard. La Dépêche l’annonce dans son édition du samedi 10 février : « L’aviateur Buson, parti de Toury, vendredi matin à 6 h 27, est arrivé à Blois vers 7 heures et demie. Son appareil se trouve actuellement route de Vendôme, près la gare de tramways d’Oucques. Buson se montre enchanté de son voyage pendant lequel il a suivi la Loire d’Orléans à Blois, à une hauteur de 150 à 200 mètres. »

C’est là que la petite escroquerie s’avère trop grande pour ceux qui l’ont créée. 6.000 personnes attirées par l’affiche vont voir l’avion comme on va à la messe. Mais un commissaire de police s’invite aussi à la fête « demandant papiers et brevets aux organisateurs, désormais légendaires, du plus beau vol de l’année, ironise La Dépêche. Le nouveau Blériot, type 1912, est tout simplement le vieux rossignol qui émerveillait les habitués de l’aérodrome de Pontlevoy par son bon roulement. » Quant à « Buson » et son mécanicien, il s’agissait de deux personnes qui avaient souvent fréquenté Pontlevoy, avant son rachat, toujours en février 1912, par un dirigeant de l’Aéro-Club de Touraine, M. Roberthie qui rebaptisera le lieu : Aérodrome de Touraine.

Dans cette histoire, les escrocs aux petites ailes ont commis une autre erreur : le choix du nom. Guillaume Busson est en effet né en Indre-et-Loire, à Chédigny, le 14 avril 1885, fils de Georges Busson, artiste-peintre, et de Marie Beaussier. Il est né chez son grand-père maternel, Henri Beaussier, directeur du Journal d’Indre-et-Loire. Le couple vit en fait à Montoire (Loir-et-cher), sur les bords du Loir qui a si magnifiquement inspiré son grand-père, Charles Busson, peintre paysagiste renommé (né à Montoire en 1822, décédé en 1908). Ils habitaient un hôtel du XVIe siècle connu encore à Montoire sous le nom de « maison Busson ». En Loir-et-Cher, un autre nom aurait sans doute moins attiré l’attention.

WLD 2
Guillaume Busson a été le premier Tourangeau à voler, en 1909, sur WLD.
De la coupe Pommery à la coupe Gordon-Bennett

Voilà pour la petite histoire. La vraie, celle de Guillaume Busson va continuer dans les airs avec une carrière remarquable. Peu après la mi-avril, terminée la saison d’hiver à Pau, il se lance dans la coupe Pommery avec un raid Pau – Saint-Cyr. En passant par Tours. « Ce matin à la première heure se répandait en ville que l’aviateur Busson, concourant pour la coupe Pommery, allait descendre à Tours, venant de Pau, note La Dépêche dans son édition du vendredi 19 avril 1912. Peu après nous recevions le télégramme nous confirmant le départ de l’aviateur qui avait pris l’air à 5 heures 40 par temps calme. Nous nous transportons aussitôt avenue de Grammont. Dans la grande prairie qui s’étend en face de l’ancienne usine Le Sourd […] Mais l’heure passa, les sportsmen de plus en plus nombreux affluaient à Grammont où, sans nouvelles, on piétinait dans l’attente. Enfin, vers midi, on annonça qu’une dépêche de Poitiers déclarait que l’aviateur n’aurait pas été signalé. On en conclut que Busson était descendu en rase campagne, par suite de panne, et on reprit la route de Tours […] Mais alors que tout le monde partait, on entendit le ronflement d’un moteur et l’on vit un grand oiseau qui approchait. C’était Busson qui arrivait. A midi 10 exactement, il atterrissait sans incident à 300 mètres du pont du Sanitas où il était chronométré. L’aviateur malgré des ondées successives et copieuses, était très frais et paraissait de bonne humeur […] A 1 heure nous le retrouvions au guichet du télégraphe, rue de Clocheville d’où il expédiait une série de dépêches. »

A Issy-les-Moulineaux, sur Deperdussin. En bas, l’étrange silhouette de La Frégate.

Malgré ce raid réussi, la coupe Pommery lui échappe. Le 30 avril, René Bedel fait mieux avec Villacoublay – Biarritz. Celui-ci est devancé pour la prime annuelle par Pierre Daucourt, avec Valenciennes – Biarritz. Comme le monde est petit : Pierre Daucourt a été le premier pilote breveté de Pontlevoy, formé par M. Morlat, un chef-pilote qui n’a jamais eu son brevet. Drôle d’époque !

Puis Guillaume Busson participe, sans succès, au Grand Prix d’aviation de l’Aéro-Club de France organisé en Anjou, les 16 et 17 juin, sur un Deperdussin quatre places, animé par un moteur Gnôme de 80 ch.

Éclectique, il se lance ensuite, toujours avec Deperdussin, dans les épreuves d’hydro-aéroplanes – des courses d’hydravions – notamment au meeting de Saint-Malo, où, la premier jour, il se classe second derrière Labouret (Astra). Mais le 10 septembre 1912, il est victime d’un terrible accident, à Tamise-sur-l’Escaut, en Belgique, dans lequel Borie, pilote et mécanicien, trouve la mort. Son hydravion termine son vol dans les arbres. Grièvement blessé à la colonne vertébrale et au bassin, jambe cassée, une longue convalescence l’attend. Sa carrière de technicien va prendre le pas sur celle de pilote. Toujours fidèle à Deperdussin, il travaille alors sur le monocoque, futur vainqueur de la coupe Gordon-Bennett, s’intéressant particulièrement aux problèmes d’aérodynamisme. En 1924, il appliquera d’ailleurs ses connaissances aériennes à l’automobile avec sa société  Carrosserie Busson où il met en œuvre les premières carrosseries automobiles aérodynamiques (suppression des ferrures, phares intégrés, etc.).

Engagé dans les deux guerres

Puis vient la guerre. Dégagé de toute obligation militaire, Guillaume Busson aurait pu la passer à l’abri d’un bureau d’études voire en réceptionnant des avions. Mais il choisit de s’engager le 5 août 1914 dans l’escadrille d’un de ses anciens élèves de Pau, Antonin Brocard (futur commandant des Cigognes). Il n’a pourtant pas le brevet militaire. Il lui sera accordé, à la date du 30 août 1914 avec le n°554, le… 24 février 1923. Il monte rapidement en grade : il est caporal le 25 octobre 1914 – on trouve dans la même promotion, Verrier, De Ram, Garros, Pégoud, Gaubert, Bonnier, Bobba, Gouguenheim, Paulli-Krause, que du beau monde. Il est sergent le 25 décembre, adjudant le 20 août 1915, lieutenant (à titre temporaire) le 25 octobre de la même année. Après avoir combattu au sein de l’escadrille D 6, il devient réceptionneur aux Ateliers de réparation de Saint-Cyr puis chef-pilote à Buc puis à Châteauroux. Ce n’est sans doute pas assez. Il quitte Châteauroux pour l’escadrille de chasse N 48 puis la Spa 82 avec lesquelles il obtient trois citations et ses ficelles de lieutenant. Franck W. Bailey et Christophe Cony, dans « The French Air Service War Chronology 1914-1918 » le créditent d’ailleurs de trois victoires les 7, 27 septembre et 31 octobre 1917. Puis il part en Italie comme chef de la section d’avions de chasse de la Xe armée française, avant d’être évacué pour cause de maladie. Après l’armistice, il va en Pologne avec la mission française pour initier les jeunes pilotes à l’acrobatie. Il y reçoit une quatrième citation et la Légion d’honneur le 13 juillet 1919 (2). Démobilisé en 1921, il travaille un temps chez Morane-Saulnier avant de revenir à ses premières amours, l’automobile. Sans totalement délaisser l’aviation. En novembre 1922, il participe au meeting de Touraine, au cours duquel il « promène » le préfet d’Indre-et-Loire, M. Grimaud.

Une longue fidélité à Deperdussin.

En 39, Seconde Guerre mondiale oblige, il reprend du service et travaille à Amiens auprès de l’aviation britannique. Il commande la compagnie de l’air 58/110, chargée de le défense des bases : Beauvais, Châteauroux, MLa Réole, son périple se termine à Auros, dans les Landes, où il est démobilisé. Il choisit de ne pas regagner Neuilly où il habite et Tubeauto où il est ingénieur. Il rentre dans la Résistance (groupe des Landes et Maurice Adam). Dénoncé, il réussit à échapper à la police allemande. A Marmande, il est chargé des parachutages par le commandant du secteur Ouest NL d’organiser. Après le Débarquement, il commande un bataillon des Milices patriotiques de Marmande, en crée deux autres, jusqu’à leur dissolution. Nommé commandant, il demande à réintégrer l’armée de l’air à la Libération. En vain (il a 59 ans !). Détaché au Service de l’aviation légère et sportive, il va particulièrement s’intéresser à l’hélicoptère, lui qui avait déjà volé sur autogire avant-guerre. Il devient président de la commission de giraviation de l’Aéro-Club de France. Il consacre même un livre à sa nouvelle passion, co-signé par Pierre Lefort : Comment apprendre à piloter un hélicoptère. Il consacrera ses dernières années à cette dernière passion. Guillaume Busson – qui préférait qu’on l’appelle Guy – est décédé le 17 mars 1958.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2004-2007-2010

Les quatre pilotes du célèbre Deperdussin monocoque. (Toutes les CPA collection Didier Lecoq)

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