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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Marcel Demesmay, du Val de Loire à la Vallée heureuse

Marcel Demesmay

Une dédicace, à la veille de la première mission avec le Guyenne. (Collection Jacques Demesmay)

Le commandant Marcel Demesmay a fait l’essentiel de sa carrière à Tours. Arrivé comme mitrailleur au 31e RAO en 1934, il a terminé comme responsable de la tour de contrôle en 1962. Mais entre-temps…

15 septembre 1939, le sergent-chef Marcel Demesmay quitte la base de Tours pour Nancy. Le  groupe aérien d’observation 509, constitué pour partie d’aviateurs engagés, pour partie de réservistes, est la dernière escadrille à quitter Tours. Il suit le 9e corps d’armée – dont le commandement est à Tours – parti sur la ligne Maginot, près de Saint-Avold.

Les deux escadres de bombardement sont déjà installées en Champagne. Marcel Demesmay auraient pu partir avec le GB I/31 où il est resté de 1934 jusqu’en 1939, comme mitrailleur (1) avec une interruption de deux ans – fin 1934-1936 – à la 12e escadre de bombardement de Reims (1). Mais juste avant la guerre, il est affecté à cette unité nouvelle destinée à travailler au profit des forces terrestres du 9e corps d’armée. Même si les bimoteurs Bloch 200 de la 31e escadre sont déjà dépassés au moment de leur sortie, cette affectation au GAO constitue un net retour en arrière, sur Breguet 270 – surnommé l’avion sans queue par les Tourangeaux.

GAO 509 : 50 % de pertes

A peine le temps de s’installer et le Breguet 270 est prié de demeurer au hangar. Le 29 septembre, l’ordre tombe de ne pas effectuer de mission de guerre avec cet avion trop vulnérable. Les aviateurs vont donc mettre cette Drôle de guerre à profit pour s’entraîner, à l’abri de la ligne Maginot. Le GAO 509, qui a choisi pour insigne le blason de la ville de Tours, orné d’ailes et de la devise « D’abord servir », quitte même l’Est pour Challes-les-Eaux où se poursuit l’entraînement sans risquer de mauvaises rencontres.

La campagne du GAO 509 illustre la défaite. Parti avec douze pilotes sur Breguet 270, il n’a combattu qu’avec quatre équipages sur Potez 63.11, un bimoteur triplace plus moderne. Les autres ? Les jeunes, arrivés à Tours juste avant la guerre – dont Auguste Mudry, le futur créateur des avions de voltige – et les réservistes – dont le sous-lieutenant Marcel Lévy, propriétaire du magasin de mode « Le Petit Paris », rue Nationale, à Tours – ne sont revenus de leur formation sur bimoteur que le 10 juin et n’ont pas effectué la moindre mission ensuite.

Entre le 10 mai et le 11 juin, Marcel Demesmay a effectué six missions de guerre, après être passé d’un secteur encore calme aux rives de la Somme. Marcel Demesmay était le mitrailleur du Potez 63.11 n° 303. Il a fait équipage avec le capitaine O’Kelly, pilote, commandant d’escadrille, et le lieutenant Mano, observateur. Il fera toute la campagne de France avec cet équipage et cet avion. La première mission se déroule le jour de l’attaque allemande, le 10 mai. La zone à surveiller : au sud-ouest de Sarrebruck, en face de Merlebach, pour vérifier la présence de chars. Mais ils ne sont pas au rendez-vous. La deuxième mission a lieu quatre jours plus tard, pour régler les tirs d’une batterie lourde sur voie ferrée. Mais la batterie ne capte pas les signaux de l’avion. Pensant être survolée par un avion allemand, la défense antiaérienne a même ouvert le feu…

Le 17 mai, l’équipage du 303 part en mission photo, le long de la frontière, à l’est de Forbach. Là encore, rien à signaler en dehors de quelques tirs de la Flak allemande. Nouvelle mission dans ce secteur le 20 mai. Interrompue le matin par la présence d’avions inconnus, cette mission photo tourne court l’après-midi, toujours à cause de la Flak. Le 303 va un peu plus loin en Allemagne le 24 mai, au nord-est de Sarrebruck, dont il ramène peu d’infos et trois éclats de DCA. Le secteur est clame. La bataille se livre ailleurs, loin de la ligne Maginot.

Les équipages du GAO 509

Les équipages du GAO 509 au départ de Delme. Marcel Demesmay est le troisième, debout, en partant de la droite. (Collection Karine Rousseaux et Jacques Demesmay)

Le GAO 509 quitte la Lorraine pour les rives de la Manche, le 31 mai, de Delme à Saint-Valéry-en-Caux. Le groupe d’observation, qui ne possède que quatre Potez 63.11 et quatre équipages, connait une journée noire le 5 juin. Ce jour-là, Marcel Demesmay est en mission photo dans le secteur Amiens – Abbeville. La chasse allemande est au rendez-vous. Il y obtient sa première citation : « Son avion attaqué par une patrouille double de chasse, a toujours tenu son pilote au courant de la position des adversaires, lui permettant de manœuvrer et de dégager en temps opportun, donnant ainsi un remarquable exemple de sang-froid et d’audace réfléchie. » Ce jour-là, c’est le seul des six Potez 63.11 présents dans le secteur, à être rentré. Deux avions du GAO 509 sont abattus et les équipages tués. Le 5 juin, l’escadrille a perdu la moitié de ses avions.

Marcel Demesmay effectue une sixième mission le 11 juin, une reconnaissance à vue le long de la Seine, entre Rouen et Paris. Le GAO se replie à mesure que les forces allemandes avancent. Cette errance se termine à Alger, le 22 juin. Là, Marcel Demesmay passe au GB I/11, à Oran, jusqu’au débarquement américain en Afrique du Nord puis, après la dissolution de ce groupe, au GB 2/23, sur Lé0 451.

Groupes lourds : « Un sur deux périrent »

En 1943, le 2/23, renommé Guyenne, est désigné avec le Tunisie pour aller combattre en Angleterre, sur la base d’Elvington. Le Guyenne devenu 346 Squadron de la RAF va voler sur Handley Page Halifax, un bombardier lourd. C’est dans le nez vitré de cet avion, l’œil sur le viseur, que Marcel Demesmay effectue une seconde campagne, cette fois comme bombardier (2). Il appartenait à l’équipage du capitaine Antoine Brion : lieutenant Barthelot, navigateur; sergent Darribehaude, radio; sergent-chef Richard, mécanicien; sergent Fourès (3), mitrailleur supérieur; sergent-chef Gonnot, mitrailleur arrière. Sa première mission se déroule le 1er juin 1944 (voir la liste des missions en fin d’article). Il s’agit d’attaquer une station radar, à la ferme d’Urville, près de Cherbourg.

Si les premières opérations en Allemagne concernent les usines d’essence synthétique, ce sont les rampes de lancement de V1 en France qui fournissent l’essentiel des missions. Ce qui lui vaut ses deuxième et troisième citations (23 juillet puis 22 septembre) : « A effectué de nombreuses attaques sur les plate-formes de lancement d’avions sans pilote et les gares de triage, obtenant à chaque fois des résultats remarquablement précis, contrôlés par photographie aérienne. Enfin, le 25 juillet 44 a pris une part brillante au bombardement massif d’une usine de carburant synthétique dans la Ruhr ». Pas si massif que ça puisque la RAF alignait 165 bombardiers, dont vingt-cinq français : sur la Ruhr les Halifax des groupes lourds ont participé à des opérations comportant plus de 1.000 bombardiers.

halifax_guyenne

Un Halifax du Guyenne au-dessus de Paris. Marcel Demesmay a surtout volé sur le H7*B (B for Baker). (Origine Loyau via Yves Audren et Dan Gilberti).

Pilote du Guyenne, Jules Roy a décrit, dans « La Vallée heureuse », la vie de ces aviateurs, lancés d’abord contre des installations en France puis contre les usines de la Ruhr. Ces longues heures de vol, dans le noir complet, le silence total, à guetter les avions des copains pour éviter les collisions et puis cet enfer final, entre les attaques des chasseurs de nuit et le martèlement de la DCA.

La dernière mission de Marcel Demesmay, le 13 janvier 1945, offre un étrange raccourci. C’est la plus longue, plus de sept heures de vol, pour bombarder la gare de triage de Sarrebruck. Là où, en mai 1940, il a fait ses missions d’observation.

Le monument des groupes lourds à Elvington porte cette inscription : « Un sur deux périrent ». Marcel Demesmay est de ceux qui survécurent. Son tour d’opérations terminé, il est resté en Angleterre pour former la relève des groupes lourds.

Responsable du contrôle aérien à Tours
Marcel Demesmay

Alors capitaine, à Tours, à son bureau. (Origine Jacques Demesmay)

Revenu en Touraine en 1946, Marcel Demesmay dirige le contrôle aérien de la base jusqu’en 1962, avant un dernier poste en Allemagne, et la retraite définitive à Tours. Ceux qui l’ont côtoyé gardent le souvenir d’un homme gentil et attachant. D’un homme marqué par les drames. Ses trois fils sont entrés dans l’armée de l’air. Deux ont été pilotes de chasse. Le 23 août 1968, le sergent-chef  Jean-Claude Demesmay a trouvé la mort lors de la collision de deux Vautour du Normandie-Niemen.  Six mois plus tard, le capitaine Michel Demesmay étaient à son tour victime d’un accident, en Skyraider, à Madagascar. Élève de l’École de l’air, il était sorti major de l’école de chasse en 1962, la deuxième promotion à être brevetée à Tours.

Didier Lecoq

A Tours, avant la guerre

Au GAO 509

Avec les groupes lourds

A Tours, après la guerre

Les missions de Marcel Demesmay au Guyenne
DateLieuAvionDurée
1er-2 juin 1944Ferme d'Urville (station radar)Halifax B Mk V5 h 05
12-13 juin 1944Gare d'Amiens-LongueauHalifax B Mk V4 h 15
14-15 juin 1944Evrecy (concentration de blindés)Halifax B Mk V5 h 05
16-17 juin 1944Domléger (rampes de V1)Halifax B Mk III4 h 25
7 juillet 1944Caen (dépôt de matériel)Halifax B Mk III4 h 05
12-13 juillet 1944Les Hauts-Buissons (rampes de V1)Halifax B Mk III3 h 40
18 juillet 1944Gare de VairesHalifax B Mk III4 h 55
25-26 juillet 1944Usine d'essence synthétique de Wanne-EickelHalifax B Mk III5 h 25
1er août 1944Noyelles-en-Chaussée (rampes de V1)Halifax B Mk III4 h 15
2 août 1944Forêt de Nieppe (rampes de V1)Halifax B Mk III3 h 35
5 août 1944Forêt de Nieppe (rampes de V1)Halifax B Mk III3 h 35
7-8 août 1944May-sur-Orne (troupes)Halifax B Mk III4 h 20
25 août 1944Forêt de Watten (site de V2)Halifax B Mk III3 h 45
27 août 1944Usine d'essence synthétique de HombergHalifax B Mk III4 h 20
3 septembre 1944Terrain d'aviation de VenlooHalifax B Mk III3 h 55
10 septembre 1944OctevilleHalifax B Mk III3 h 50
12 septembre 1944Münster (usines)Halifax B Mk III4 h 30
14-15 octobre 1944DuisbourgHalifax B Mk III5 h 10
23-24 octobre 1944Usines Krupp à EssenHalifax B Mk III5 h 15
28 octobre 1944Cologne (usines)Halifax B Mk III5 h 15
2-3 novembre 1944Düsseldorf (usines)Halifax B Mk III5 h 35
6 novembre 1944Gelsenkrichen (usines)Halifax B Mk III4 h 35
16 novembre 1944Jüllich (usines)Halifax B Mk III4 h 20
5-6 décembre 1944Gare de SoestHalifax B Mk VII6 h 45
6-7 décembre 1944Osnabrück (usines)Halifax B Mk III6 h 15
17-18 décembre 1944Duisbourg (usines)Halifax B Mk III6 h 45
21-22 décembre 1944Cologne-Nippes (usines)Halifax B Mk III5 h 30
24 décembre 1944Aéroport de Mülheim-EssenHalifax B Mk III5 h 25
26 décembre 1944Concentration de troupes Saint-With (Ardennes belges)Halifax B Mk VII4 h 55
30-31 décembre 1944Gare de triage de Cologne-KalkHalifax B Mk VII6 h 15
2-3 janvier 1945Usines à LudwigshafenHalifax B Mk III6 h 40
6-7 janvier 1945Usines à HanauHalifax B Mk VII6 h 35
13-14 janvier 1945Gare de triage de SarrebruckHalifax B Mk VII7 h 05
Notes

(1) Un hommage publié après son décès par les Anciens de la 12e escadre de Reims donne 1936 comme date de son arrivée à Tours. Mais il apparaît dans les carnets de vol de Laurent Pochart, le 27 juin 1934, lors d’un exercice sur le Potez  25 n°427 de la 31e escadre de Tours (Sal 10). Pochart et Demesmay vont souvent voler ensemble sur Bloch 200, après avril 1937. En 1934, Marcel Demesmay vole régulièrement avec le sergent Jules Regnoux sur Potez 25 (342, 427, 1333 et 1338) entre juin et octobre 1934.

(2) Il débarque en Angleterre le 18 août 1943, à Awest Kirby, près de Liverpool. Il est au 10 AFU (Advanced Flying Unit) le 9 novembre 1943 ; au 20 OTU (Operational Training Unit) le 1er avril 1943.

(3) Sur le site Halifax346et347.canalblog, Roger Fourès relate la mission du 30 décembre 1944 sur la gare de de triage Kalk-Nord (Cologne) à bord du « B for Baker » dont le bombardier était Marcel Demesmay. Lire l’article Encore trois raids et l’équipage a terminé son tour d’opérations.

Biographie

Marcel Demesmay est né à Beure, dans le Doubs, le 25 octobre 1909. Il est décédé à Besançon, le 8 septembre 1986.

Sur Internet

Halifax 346 et 347 Le site

Groupes lourds français Guyenne et Tunisie Le site

 

Merci à Monique Pochart (fille de Laurent), Jacques Demesmay le fils de Marcel, Lucile et Mael Thébault ses petits-enfants, Karine Rousseaux (petite-fille du lieutenant Berthet), Michel Darribehaude dont le père faisait équipage avec Marcel Demesmay au Guyenne, à Henri Eisenbeis, Jean-Paul Bonora, Dan Gilberti, Philippe du site halifax346et347. (Didier Lecoq)

6 réponses à to “Marcel Demesmay, du Val de Loire à la Vallée heureuse”

  • Bravo une très belle page sur le souvenir d’un ancien des Groupes Lourds
    Philippe

  • Michel Darribehaude:

    Formidable, j’en apprends un peu plus sur un autre membre de l’équipage de mon père, l’équipage Brion.
    Merci pour ce bel hommage.
    Si tu le permets, je reviendrai ici avec des anecdotes racontées par Roger Fourès sur son frère d’armes Marcel Demesmay pendant leur tour d’opérations au Guyenne.
    Amitiés,
    Michel

  • Didier Lecoq:

    Avec plaisir. Tout ce qui peut enrichir cet article est bienvenu. Encore merci pour ton aide.
    Didier

  • Michel Darribehaude:

    Roger Fourès se souvient encore que Marcel Demesmay se mettait à prier après être entré dans le Halifax, souvent en se mettant à genoux, mais pas nécessairement.

    Ensuite, comme l’équipage entrait dans l’appareil par l’arrière, M. Demesmay devait obligatoirement passer à côté de la tourelle supérieure de Roger pour rejoindre son poste tout à l’avant, dans le nez. Il touchait alors la jambe de ce dernier, souvent en faisant signe avec le pouce levé et un sourire.

    Lorsque l’avion arrivait au-dessus de l’objectif en flammes, on entendait M. Demesmay répéter avec une réelle commisération : « Les pauvres, qu’est-ce qu’ils prennent… »

    Enfin, Roger se souvient avec émotion de son camarade comme d’un chic type épatant, le coeur sur la main, toujours prêt à donner aux membres de son équipage, voire à d’autres aviateurs, de ses tickets auxquels chacun avait personnellement droit, pour des vêtements ou d’autres objets. Au point qu’il fallait parfois dire aux autres de ne pas abuser de sa gentillesse.

    Pas étonnant que Roger soit très fier d’avoir appartenu à l’équipage Brion et d’avoir fait ‘son boulot’ avec des hommes comme Marcel Demesmay…

  • Bouvier:

    Et bel article sur mon grand-père ! Un grand merci

  • Didier Lecoq:

    Il le méritait.

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