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Deshoulières « au martyrologue des régleurs d’artillerie »

Jacques Thabaud-Deshoulières est né à Saint-Cyr-sur-Loire, le 13 janvier 1892. Après une première citation dans la cavalerie, il est passé dans l’aviation. Il y obtient une autre citation, au sein de l’escadrille C 53, le 13 août 1917. Une palme lui a été décernée à l’ordre de la 1re armée le 21 septembre. Le 5 du même mois, son Caudron a été abattu à Bixschoote, en Belgique. La Guerre Aérienne illustrée du 6 décembre 1917 a consacré un article à sa mémoire.

Les héros disparus : Jacques Thabaud-Deshoulières

La une de la Guerre Aérienne illustrée.

Le maréchal des logis Thabaud-Deshoulières, avant d’entrer dans l’aviation, avait déjà reçu une citation particulièrement remarquable comme cavalier.

« Le maréchal des logis Thabaud-Deshoulières, Jacques, du 6e régiment de dragons, blessé le 9 septembre 1914, au nord de Crépy-en-Valois, en assurant la liaison entre son régiment et l’artillerie, est resté cinq jours dans les lignes allemandes et en a profité pour faire des observations très importantes. »

Comme pilote, ce jeune héros fait preuve de la même vaillance :

« Pilote extrêmement énergique et dévoué. Le 31 juillet 1917, a volé deux heures durant dans la brume et à moins de 100 mètres dans les lignes ennemies pour assurer une mission importante. Est rentré avec son appareil criblé de balles. »

Ces deux magnifiques motifs ne valaient cependant que des étoiles au maréchal des logis Thabaud-Deshoulières ; il fallait qu’il fût tué pour avoir droit, en ces termes, à une palme tardive :

« Pilote très courageux et toujours prêt à marcher. Tombé glorieusement le 5 septembre 1917, en livrant combat, au cours d’un réglage de tir, contre quatre avions de chasse ennemis. »

C’est donc une victime de plus à ajouter au martyrologe si impressionnant des régleurs d’artillerie, ces « as » de l’anonymat.

Quelques extraits de lettres de ce jeune pilote montrent l’enthousiasme avec lequel il remplissait ses missions :

24 juillet . – « Je viens de faire un réglage intéressant et, étant descendu assez bas chez les Boches, j’ai pu faire des constatations précieuses. Les tranchées ennemies sont dans un état lamentable grâce au tir incessant de notre artillerie, et l’ennemi a déjà été obligé d’abandonner plusieurs saillants qu’il ne pouvait tenir, et où nous avons bondi aussitôt. Ce n’est cependant que le prélude d’opérations de plus grande envergure. »

31 juillet. – « Je dois remercier le ciel d’être encore en vie ce soir. C’était aujourd’hui attaque. Alors que nous faisions en général notre besogne entre 1.000 et 3.000 mètres, au-dessus de 100 mètres nous étions dans les nuages. Il fallait donc voler au-dessous pour y voir quelque chose. A neuf heures du matin, je suis parti en observation pour faire de la liaison d’infanterie. Il s’agit de rester pendant une heure entre les lignes, tantôt au-dessus des Français, tantôt au-dessus des Boches. J’arrive à mon poste au milieu du tonnerre du canon, de la furie de la poudre. En descendant de quelques mètres, je voyais les fantassins qui faisaient des signes et en face les Boches se repliant en défendant le terrain. Ceux-ci nous ont tiré dessus, et mon appareil était couvert de balles. Enfin ma mission terminée je suis rentré : mais probablement à cause de la fatigue et de la tension nerveuse que j’avais été obligé d’avoir pendant cette dangereuse promenade, j’ai raté l’atterrissage et cassé mon appareil. C’est miracle que je n’aie pas été touché par les balles ou les obus. Le spectacle que j’ai eu sous les yeux pendant l’attaque était vraiment grandiose, et je ne regrette pas d’avoir vécu ces minutes passionnantes. »

10 août. – « Il a fait beau aujourd’hui, aussi ai-je pas mal travaillé. J’ai fait un bon réglage ce soir, mais ai été obligé d’interrompre celui de ce matin, car j’ai été vigoureusement sonné par le canon, qui m’a atteint en plusieurs parties vives de mon appareil. J’ai eu entre autres une commande de profondeur sectionnée, mais j’ai réussi malgré cela à rentrer au terrain où j’ai atterri parfaitement. Mon appareil est cependant hors d’usage à cause des éclats qu’il a reçus. »

Et maintenant c’est une lettre du lieutenant Gobert, le fameux joueur de tennis, son chef :

6 septembre. – « Deshoulières est mort hier, descendu glorieusement sur les lignes par quatre avions de chasse allemands, en flammes. Sa mort a dû être horrible, mais courte, très courte heureusement. Il a dû être surpris par les quatre Boches, qui l’ont littéralement assassiné. Avant d’arriver au sol, son appareil tout en flammes piquait éperdument, et son passager, un lieutenant d’artillerie, est sorti de l’appareil et s’est jeté de 1.000 mètres de haut pour éviter la mort par les flammes. C’est la fin qui nous arrivera à peu près à tous. Il a eu la gloire de tomber sur le champ de bataille, en plein combat, comme un soldat brave et français. »

13 septembre. – « Si peu que je l’avais vu, je l’avais apprécié. Il était très aimé. Ceux qui voulaient faire un travail délicat et pénible le réclamaient toujours. C’était le cas du lieutenant Mulard, le jour de leur dernière sortie. Trop téméraire peut-être, il s’était approché de l’objectif sur lequel il réglait pour faciliter l’observation de Mulard, et c’est à la verticale des lignes boches que les petits avions tout blancs à croix noires ont foncé sur eux. Le combat fut rapide. Ils se défendirent jusqu’au bout, on a retrouvé deux rouleaux de cartouches épuisés. Son passager dut être tué, car au milieu de la descente il fut précipité hors de l’appareil et s’écrasa à quelque distance de lui. De plus un des moteurs avait pris feu et cela ne pardonne pas. »

« J’ai pu contempler son visage très calme, très noble. Devant l’inévitable ses traits se sont empreints de grandeur et de résolution. Le choc fut terrible et il fut certainement tué sur le coup sans souffrir… »

Aéroplane de Touraine 2005

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