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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Née sous X et abandonnée à l’âge de 2 ans

5 novembre 1915 – 1er novembre 1917, l’école militaire de Parçay-Meslay a promené ses cocardes dans le ciel de la Touraine. Elle a ensuite passé le relais à l’US Air Service (l’aviation américaine). Peu d’informations ont filtré. En Touraine, la censure veillait.

Une lettre de l'école de Tours datée des débuts : 27 novembre 1915. La signature est celle du capitaine Münch, commandant de l'école. (Didier Lecoq)

« J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’une école d’aviation militaire va être créée incessamment à Tours. » Ainsi commence ce qui peut être considéré comme un acte de naissance. Ce courrier que le sous-secrétariat d’état de l’Aéronautique envoie au général commandant en chef (aéronautique), est daté du 17 octobre 1915. Ce document qui se trouve au Service historique de la Défense – section Air (1), fixe en quelques lignes l’organisation administrative de l’école et donne, au passage, la date du coup d’envoi : 5 novembre 1915.

Pas de défilé, pas de ruban à couper, l’école est née en toute discrétion. Y compris dans les journaux de Touraine. Le Lochois, dans son édition du 10 septembre, signale que la création de l’école est à l’étude. Le Journal d’Indre-et-Loire est plus précis le samedi 23 octobre, donnant son port d’attache : Parçay-Meslay. Le Lochois confirme le 29 octobre, précisant que l’école, rattachée au centre de Dijon, « s’ouvrirait dans les prochains jours ». Paradoxalement, La Dépêche met la sourdine.

Cette naissance en catimini annonce le sort « médiatique » de l’école. C’est la guerre. Et l’information passe d’abord par les ciseaux de la censure (2). Deux mots sur elle. Les journaux y sont soumis depuis le début des hostilités. Un courrier du préfet d’Indre-et-Loire, adressé aux directeurs des journaux tourangeaux en septembre 14, a fixé la règle du jeu : « La presse départementale, sans exception, soumettra à l’examen préalable de l’autorité, les morasses de ses feuilles avant l’impression, pour qu’elles soient examinées et approuvées Ne variatur par des censeurs désignés par les autorités militaires et civiles. » Le préfet a choisi son secrétaire général. Le général commandant la 9e région militaire a retenu le capitaine Vautier, de son état-major. « En conséquence, poursuit le préfet, vous voudrez bien […] présenter, après entente avec lui, à M. le secrétaire général de la préfecture vos épreuves définitives une heure au moins avant tirage. »

La censure coupe les ailes des G-3 de Parçay-Meslay

Les archives départementales d’Indre-et-Loire ont conservé, en matière de censure, quelques-unes des consignes du ministère de la Guerre (via le général Poline, commandant la 9e région) au préfet d’Indre-et-Loire. Plusieurs touchent l’aviation comme celle du 5 janvier 1916 : « Ne pas reproduire l’article du Petit Journal du 5 janvier intitulé : Un nouveau champ d’aviation ». » S’agit-il de Tours, de Châteauroux ou d’ailleurs ? Un autre, en septembre 1915 : « Interdire la reproduction de documents se rapportant à la photographie aérienne et d’articles de journaux donnant des précisions sur ces services et sur ces travaux. » Et en juin 1916 : « Ne pas parler de l’installation d’un centre aviation à Rochefort, ni du crédit de la municipalité, à ce sujet interdire toute publication analogue. » (3)

Celle sur la création de l’école d’aviation de Tours ne figure pas aux archives. Comme n’y figurent pas les consignes de 1917 et 1918. Mais comment imaginer qu’on interdise aux journaux d’Indre-et-Loire de parler de Rochefort et qu’on accepte qu’ils s’épanchent sur Tours ?

Et Le Lochois, alors ? On a vu qu’il avait annoncé, le premier, la création de l’école. Éloigné de Tours, il n’était pas soumis à la censure de la préfecture. Cette fonction dépendait du sous-préfet de Loches (4). Les mailles du filet y étaient sans doute plus larges.

C’est d’ailleurs une constante : tous les journaux n’ont pas été égaux devant la censure. La Touraine Républicaine s’est étonnée dans ses colonnes, de la grande sévérité de la censure tourangelle par rapport à celle d’autres régions. Nous en donnerons un exemple plus loin avec le décès de Léon Paulin.

Mais revenons à la création de Parçay-Meslay. Le Service historique de la Défense a également conservé la nomination de son premier directeur, le capitaine Münch, sous forme d’une note du général Janin, aide-major général au sous-secrétariat d’état, adressée au commandant de la Réserve générale d’aviation à Dugny. Elle est datée du 3 octobre : « Capitaine Münch désigné pour commander école aviation Tours – est mis disposition Ministre – se présentera sous-secrétariat État aviation. » Une autre, du 26 octobre, annonce, toujours en style télégraphique, que « Lieutenant Simon désigné comme pilote moniteur école Tours – est dirigé sur inspection écoles ».

La censure explique la faible quantité d’informations disponibles sur l’école militaire de Parçay-Meslay.Un autre évènement fera de Tours un cas à part : l’entrée en guerre des États-Unis. Comme Aulnat, près de Clermont-Ferrand, l’école d’aviation sera cédée à l’armée américaine qui en prendra le contrôle, officiellement le 1er novembre 1917. En 1944 et 1945, des officiers de l’US Air Force viendront d’ailleurs en pèlerinage à Parçay-Meslay pour se souvenir de leurs jeunes années. Ils avaient alors délaissé le Caudron G-3 voire le DH-4 pour un P-47 Thunderbolt ou un P-38 Lightning. Puis plus tard quand l’École de chasse s’y était implantée.

Quelques informations diffusées dans la presse tourangelle

Le portail d'entrée de l'école de Tours. Photo prise après le décès du capitaine Münch. La place, au fond, a pris son nom. (Didier Lecoq)

Quant aux journaux tourangeaux, il faut prendre une loupe pour y trouver traces de l’école. En fait, il faut chercher où on ne les attend pas. Ni dans les informations sur la guerre, ni dans la chronique locale. Mais dans ce que les journaux appellent la « petite locale », où sont rassemblées, en fin de rubrique, toutes les petites informations sur la vie des villes ou des villages autres que Tours. La panne de moteur du lieutenant Paul Wagner « attaché à l’école d’aviation » publiée le 2 février 1916 dans La Dépêche, l’a été dans le rubrique de Saint-Hyppolyte, village situé près de Loches. Même chose le 12 mars 1916 avec l’atterrissage d’un avion à Villandry. Et encore, dans la rubrique de Genillé : « M. Bazot Alfred, pilote aviateur à l’école de Tours, a dû, à la suite d’une panne de moteur, atterrir sur le territoire de la commune de Genillé, d’où il est reparti le lendemain. »

La Dépêche se lâche dans son édition du 16 mai. Cette fois, c’est à Loché-sur-Indrois. « Le 12 courant, vers 6 h 30 du matin, un biplan monté par MM. Forget Robert, 24 ans, sous-lieutenant, chef pilote à l’école d’aviation de Tours, et Duron Charles, mécanicien, a dû atterrir au lieu dit “Les Bournais” commune de Loché.

« Vers 10 heures, au moment où ils se disposent à repartir, l’une des ailes de l’avion a heurté les branches d’un arbre et l’appareil a capoté.

« Deux gendarmes, témoins de l’accident, ont dégagé les aviateurs qui se trouvaient sous leur appareil, en grande partie brisé. Le chef pilote avait une blessure au-dessus de l’œil gauche, quant au mécanicien, blessé assez sérieusement à la tête, il se plaignait d’avoir de vives douleurs au genou droit.

« Transporté dans un hôtel de Loché, les aviateurs ont reçu immédiatement, de M. le docteur Bourdeau, attaché à l’hôpital temporaire de Montrésor, les soins que comportait leur état. »

Sans doute ces articles sont-ils à l’origine de la consigne que la censure adresse à la presse le 22 mai 1916 : « Interdire de façon absolue la publication des accidents d’aviation ».

Les journaux vont donc se contenter des pannes : à Souvigny, en juillet ; à Chargé, en août, pour le sous-lieutenant Neyret, obligé de faire garder son avion par la gendarmerie d’Amboise.

Cette absence d’informations a, quatre-vingt-dix années plus tard, quelque chose de surréaliste. Car des Caudron G-3, modèle utilisé par l’école chargée de former des pilotes et des observateurs, l’école en comptait beaucoup. Les Tourangeaux devaient en observer tous les jours. Parfois même en voir tomber. Dans le plus grand silence.

Le capitaine Mortureux remplace le capitaine Münch

Le bureau du commandement. Il prendra le nom de Commandant-de-Rose. A gauche, des Caudron G3. (archives BA 705)

Quelques événements ont pourtant permis aux journaux de soulever le voile. Comme le mardi 22 août 1916. Ce jour-là, le lieutenant-colonel Girod (5), député du Doubs et inspecteur des écoles, vient prendre le pouls de l’école militaire d’aviation. Il vient également remettre la Légion d’honneur au capitaine Alcibiade Rivière et assurer la passation de pouvoir entre le capitaine Maximilien Münch et le capitaine Jean Mortureux. Cette fois, les journaux sont de la fête. A l’image de La Dépêche : « En compagnie du capitaine Rivière, adjoint au commandant de l’école qui était allé le chercher à la gare de Tours, le lieutenant-colonel inspecteur est arrivé au camp d’aviation à 4 heures. Il a été reçu par le directeur, M. le capitaine Münch, a visité les bâtiments, les ateliers et s’est rendu aux divers points de l’aérodrome où des travaux sont actuellement exécutés par la main-d’œuvre civile, les prisonniers allemands, des Marocains et des Noirs.

« Pendant ce temps, devant le hangar où déjà les avions étaient alignés, des sapeurs de l’aviation en armes, les mécaniciens et ouvriers, les élèves pilotes, officiers, sous-officiers et simples soldats se formaient en carré. Un piquet de cuirassiers, des tambours et trompettes, sous la direction de M. le capitaine Borel, étaient présents.

« Un appareil puis un deuxième, un troisième et un quatrième s’élevèrent ensemble pour évoluer jusqu’à l’arrivée du colonel Girod qui, en compagnie du capitaine Münch, passa devant les troupes en commençant par les chefs de service de l’école.

« Un colonel du génie, M. Delgay, commissaire spécial à la gare de Tours, la famille de M. le capitaine Rivière, et des photographes ont été seuls admis dans l’enceinte de l’école. »

Après la remise de la croix de chevalier de la Légion d’honneur au capitaine Rivière, « les officiers, sous-officiers et sapeurs se groupèrent auprès du colonel Girod, qui prononça quelques paroles d’éloges à l’adresse de M. le capitaine Münch qui, on le sait, quitte la direction de l’école. Ensuite, il présenta le nouveau directeur, M. le capitaine Mortureux.

« Tandis que dans les baraquements on sable le champagne, sur la piste, on prépare un biplan et bientôt, le colonel Girod s’approchant, revêt une combinaison, coiffe un casque et monte dans l’appareil où le sergent Duvaux, qui est aux commandes, est chargé de conduire l’inspecteur jusqu’à Chartres.

« Quelques essais de moteur, puis l’appareil roule, décolle, puis prend de la hauteur. Il va faire un tour au-dessus des baraquements – à ce moment M. Girod salue de la main – puis se dirige vers le nord-ouest où il va disparaître bientôt.

« Pendant ce temps, un biplan bi-moteur, monté par le capitaine Münch et le lieutenant chef-pilote Clouzeau, s’élance à la poursuite de l’autre appareil et l’escorte pendant quelques instants.

« De nombreuses personnes à pied, à bicyclettes, en voiture et en auto s’étaient rendues pour assister de la route à la cérémonie. » Car en plus, les journaux avaient eu le droit d’annoncer la cérémonie ! En mai 1917, le capitaine Mortureux n’aura droit qu’à un entrefilet lorsqu’il cédera sa place au capitaine Olivier Galouzeau de Villepin (6).

La mort du capitaine Münch

Les autres occasions de briser ce mur du silence sont plus tragiques. L’école d’aviation n’a fait parler d’elle qu’à l’occasion de quelques drames, de quelque enterrement. Mais les causes ont toujours été cachées. Sauf une fois, pour l’accident de Pontlevoy, fin juin 1916. Pontlevoy n’est pas en Indre-et-Loire. Cela aide pour contourner la censure. La Touraine Républicaine en parle donc :

La mort du capitaine Maximilien Münch, alors chef de l’escadrille C 61, dont l’avion est abattu le 23 septembre 1916, donne matière à un vibrant hommage dans La Dépêche, en octobre. « Cette douloureuse nouvelle a vivement ému les nombreux amis qu’il compte en Touraine où il a antérieurement séjourné pendant plusieurs années comme lieutenant au 66e régiment d’infanterie.

« Le capitaine Münch, dont la Croix de guerre comportait trois palmes, comptait au nombre de nos meilleurs et plus anciens pilotes. Il faisait partie de l’aviation depuis 1912.

« Alsacien d’origine, il eut la joie, au début des hostilités, de survoler Mulhouse et d’entendre les acclamations qui saluèrent l’entrée dans cette ville des troupes françaises. C’est dès les premiers mois de la campagne qu’il accomplit ses plus brillants exploits et c’est grâce à sa vaillance et à sa maîtrise qu’il dut d’être placé à la tête de l’école de Tours. Au-dessus de Strasbourg, son appareil reçut un obus de plein fouet et fut sur le point de s’écraser sur le sol, mais l’excellent pilote réussit à atterrir sans dommage

« Il est mort en combattant à 31 ans, à l’heure où il s’apprêtait à donner sa pleine mesure. » Le vendredi 20 octobre, une cérémonie était organisée : « Une plaque a été posée au mât qui se trouve au centre de l’école et cet emplacement est maintenant désigné : place du capitaine-Münch. […] M. le capitaine Mortureux, directeur de l’école, entouré des officiers du camp d’aviation, a prononcé un discours auquel a répondu le général Poline.

« Pendant ce temps, une dizaine d’avions survolaient le camp d’aviation. »

Il est encore fait mention de l’école à l’occasion des obsèques de trois aviateurs de Parçay-Meslay : le lieutenant de Brévédent, l’adjudant Pauthe et l’aspirant Lejeune. La Dépêche a choisi de laisser quelques lignes blanches pour bien montrer qu’elle a été censurée. La Touraine Républicaine et Le Journal d’Indre-et-Loire sont encore plus « soft ».

Un accident réussira bien à déchirer le voile du silence. Cette fois, La Touraine Républicaine va braver la censure et l’égratigner au passage. L’article relate, le 17 janvier 1917, la mort de Léon Paulin.

Furtifs avant l’heure, les Caudron poursuivent encore longtemps leur manège dans le plus grand silence. Le premier écho dans La Dépêche concerne l’annonce du départ du capitaine Mortureux, en mai, « appelé à remplir une mission en pays allié ». Nous qui connaissons la fin de l’histoire en savons davantage : il est parti avec la mission française en Russie.

Plus d’avions, moins de lait

Plutôt rares ces photos de Caudron G3 de l'école, posés après une panne. (collection privée)

Heureusement d’autres signes de vie de l’école de Tours nous sont parvenus. On les trouve aux archives départementales d’Indre-et-Loire. Car si les journaux écrivent peu sur l’école, certains ne s’en sont pas privés. Notamment les conseils municipaux des communes situées au bord du Cher. C’est pourtant loin du plateau sur lequel se trouve le camp de Parçay-Meslay.

Dans un courrier adressé le 15 mars 1917 à l’inspecteur général des écoles, le capitaine Mortureux annonce « qu’étant donné l’état très mauvais du terrain de l’aérodrome et des terrains annexes à la suite des pluies, j’utilise actuellement pour une partie des D.C. (7) des prairies situées le long du Cher dans la région de Saint-Avertin.

« Il est possible que des réclamations d’indemnités se produisent. J’estime qu’il y a un intérêt majeur tant au point de vue du rendement que de l’économie du matériel, à passer outre, et à payer ces demandes d’indemnités si elles se produisaient. »

La réponse des maires de ces communes situées en bordure du Cher est argumentée. « Ces exercices n’avaient pas d’inconvénient tant que l’herbe n’était pas poussée, mais aujourd’hui, si cela continuait (nous sommes le 20 mai), la récolte serait en partie perdue alors que les greniers à fourrages sont vides et que les braves femmes des cultivateurs dont les maris et les fils sont sur le front ou morts pour la Patrie, attendent avec impatience la nouvelle récolte de foin pour nourrir leurs animaux, et s’alarment à juste titre des projets de l’administration militaire. Il est certain que celle-ci paiera une partie des dommages causés, mais cela ne remplacera pas le fourrage perdu pour la collectivité.

« De plus nos communes alimentent en partie le lait de la ville de Tours qui sera forcément diminué si nos cultivateurs sont privés du foin nécessaire à la nourriture du bétail. » Devant la colère des riverains, le préfet a demandé que les aviateurs quittent les bords du Cher et leur a suggéré d’utiliser le champ de manœuvres de Larçay, situé sur le plateau, où l’aviation américaine installera d’ailleurs son champ de tir. Peine perdue. Le 12 juin le sous-secrétariat à l’Aéronautique répondait au commandant la 9e région militaire, « qu’en raison du développement qu’il est nécessaire de donner à l’école d’aviation de Tours, l’occupation des quatre prairies […] utilisées temporairement par les pilotes de cette école, doit être considérée comme permanente. » Et de proposer que ces terres fassent l’objet d’une location amiable.

Premier mort américain en juillet 1917

Nous sommes en juin 1917. Le temps presse. Les soldats américains arrivent en Touraine. Et parmi eux des aviateurs. Eux aussi vont tomber sous les ciseaux d’Anasthasie (8). Sous le titre « Un campement américain », une tâche blanche de huit centimètres de haut, sur une colonne. La censure est passée par là.

Les journaux vont désobéir à deux reprises en juillet 1917. Mais il faut lire entre les lignes. Le 1er, La Dépêche annonce « les obsèques de deux aviateurs, victimes d’un accident à l’école de Parçay-Meslay.

« Deux cortèges, formés successivement à l’asile de Clocheville se sont rendus, l’un à la gare et l’autre au cimetière La Salle.

« Un piquet de soldats en armes précédait le char funèbre où le cercueil était recouvert d’un drapeau national […] Parmi le cortège on remarquait : […] les officiers de la direction des services divers de l’école de Parçay-Meslay, les élèves pilotes, amis et compatriotes des défunts, une délégation de soldats blessés. » Le mot « américain » n’est pas précisé. Mais le journal aurait écrit « recouvert du drapeau national » si les deux morts avaient été français ; même chose avec le mot « compatriotes ». Ce cadet américain a aujourd’hui un nom : il ‘agit de Thomas Winch Barrett, un marin du First Aeronautic Detachment (aéronavale). Le premier homme de la Navy décédé en Europe lors de cette guerre.

Le 9 juillet 1917, La Touraine Républicaine prend le relais, en marchant sur des œufs :

Là encore, il faut lire entre les lignes : qui pouvaient être ces aviateurs arrivés depuis peu, « arnaqués » par des commerçants mais qui, parce qu’ils ont les moyens ou parce qu’ils n’ont pas notion des prix, ne disent rien ?

La réponse est dans une lettre au commissaire. Elle est d’un inspecteur. Il y parle d’une laitière « qui vendait son lait aux Américains au prix indiqué ». Dès juillet, les Doughboys sont donc à Parçay-Meslay. Le compte à rebours a commencé. Le 1er novembre, après deux ans de fonctionnement sous les couleurs françaises, Parçay-Meslay va devenir la première base américaine. Cela durera près de deux ans. Elle accueillera de nombreuses escadrilles en formation,  servira de réserve générale, délivrera les diplômes de pilote – notamment à l’as américain Eddy Rickenbacker – et formera les observateurs et les photographes.

Mais, chut !, interdiction d’en parler…

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2006

(1) Ex-Service historique de l’armée de l’air, situé au château de Vincennes. C’est l’occasion de les remercier pour leur patience et leur passion.

(2) Hasard de l’histoire, le service de la censure était dirigé à Paris par Jules Gautier, conseiller d’État, professeur d’histoire et ancien directeur au ministère de l’instruction publique. Jules Gautier était maire de Saint-Ouen-les-Vignes, au nord d’Amboise. Son père avait été inspecteur général de l’Instruction publique. Son fils, Pierre, étudiant aux Beaux-Arts, observateur à l’escadrille C 43, détaché à la F 205, sera porté disparu le 22 août 1917 dans la région de Verdun.

(3) D’autres « recommandations » concernaient l’aviation : le 10 septembre 1915, « ne pas laisser reproduire des articles contenant allusion à l’hommage rendu à Pégoud par un aviateur allemand » ;  en juin 1915, interdiction de faire état de la présence d’une escadrille française à Venise.

(4) Le capitaine Roussel, sous-préfet de Loches, a rendu une visite à ses administrés… en aéroplane en juin 1916 alors qu’il était élève-pilote à Juvisy.

(5) Lire la biographie du lieutenant-colonel Girod à cette adresse (site de Frasne, dans le Doubs)

http://www.frasne.net

(6) Olivier de Villepin est originaire de Charente. Officier de cavalerie, il passe dans l’aéronautique militaire dès 1911. Il commande l’escadrille n°12 au moment de la déclaration de guerre. Il dirige ensuite les escadrilles C 47 et R 67 avant de rejoindre l’école de Pau. Nommé directeur à Tours le 30 mai 1917. Il a dû y rester jusqu’en mars 1918. Il repasse au Groupe d’entraînement des divisions le 10 juin 1918 avant de rejoindre un groupe de bombardement. Son fils a fait partie de l’École de chasse.

(7) D C : double commande, dernière étape avant le lâcher.

(8) La main-mise de la censure sur l’information s’étendra bien au-delà de l’armistice. Son responsable à Tours, le lieutenant-colonel de Gimel, ne sera démobilisé qu’en mai 1919, avec le Traité de Versailles. La photographie ne redeviendra libre qu’en avril 1919. Libre mais contrôlée pour ce qui est des installations militaires.

(9) Cette carte postale a été prise après le départ des Américains. On devine sur le fronton, l’inscription AVIATION MILITAIRE des débuts. L’insigne est aussi celui de l’US Air Service qui avait repris celui de l’aviation militaire d’avant-guerre. Par rapport à la période française, la guérite, à droite sur la photo, a été rajoutée. Les deux baraquements à gauche sont l’infirmerie puis le bureau de pilotage ; les deux autres, à droite, sont le corps de garde et la salle de conférence. En face de cette entrée : le bureau de la direction. Cette petite place a été baptisée place Capitaine-Münch en octobre 1916. Le bureau du commandant a pris le nom de Commandant-de-Rose, en mémoire du créateur de la chasse. La première ruelle à gauche est la rue Vinot, du nom de premier élève de l’école, mort à l’entraînement.

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