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L’école des observateurs : Tours – Londres avec escales

Il y a eu des départs collectifs vers la France Libre. Les plus connus sont le Farman de Saint-Jean-d’Angély, le « Trébouliste » de l’école de pilotage de Morlaix, le « Buhara », etc. 17 officiers de l’armée de terre (et sans doute 18), élèves de l’école des observateurs (en avion) de Tours ont rallié Londres. Comme ils ont pu.

Il étaient 140 en ce début juin 1940 à l’école d’observateurs de Tours. Ils venaient tous de l’armée de terre et sous les ordres du commandant Maurice Jeannin (ancien commandant du groupe 2/51 en 1937), commençaient leur exode. Pour cent d’entre eux, ce sera Aulnat. Pour les quarante autres, ce sera Rennes avant de prendre également la route de Clermont-Ferrand. Parmi ces 140 officiers brevetés observateurs en avion à Tours, dix-sept choisiront le chemin de l’exil. Six seront faits Compagnons de la Libération.

Après Aulnat et Pau, la plupart ont pris la direction de Saint-Jean-de-Luz où, grâce au bouche-à-oreille, ils ont embarqué en direction de l’Angleterre, en se faisant prêter des uniformes polonais pour se fondre parmi les militaires polonais. Les observateurs qui ont suivi cette filière sont tous partis sur le MS Sobieski. Grâce notamment à un officier de réserve de l’armée de l’air, Jules de Koenigswarter, propriétaire du château de Moncontour, à Vouvray. Quelques-uns ont opté pour l’armée de terre, comme le sous-lieutenant Henri Rendu qui, après le Fezzan et la Tripolitaine, a suivi la 2e DB jusqu’à la libération de Strasbourg, où il a été tué, en novembre 1944. Il a été fait compagnon de la Libération.  Le lieutenant Bernard Guéritte, a lui aussi continué la guerre au sein de la 2e DB du général Leclerc alors que le sous-lieutenant Jean Magne  l’a terminée avec la 2e armée.

Plusieurs opteront pour les Forces aériennes françaises libres :

Bundervoet d'Hautecourt

Bundervoet d’Hautecourt

Le lieutenant Henri Bundervoët d’Hautecourt a constitué, avec Charles Kocher, le seul équipage 100% français de la chasse de nuit anglaise, sur Mosquito NF11. Il a été victime d’un accident le 9 juin 1944, de retour d’une mission sur la France.

Le sous-lieutenant Francis Chauvin est devenu pilote de chasse au 340 Squadron Île-de-France. Il a été abattu et fait prisonnier en octobre 1942.

Le sous-lieutenant Pierre Delange a participé à l’opération manquée à Dakar. Après l’échec de celle-ci, il est allé au Congo, au Cameroun, au Tchad pour le ralliement de ces régions. Breveté pilote en Angleterre, il a  trouvé la mort lors d’une panne au-dessus de la Manche en escortant  un avion de sauvetage, en février 1944. Il était au 501 Squadron.

Le lieutenant Paul-Jean Roquère a appartenu à l’escadrille Topic, en Afrique puis au groupe Lorraine, à Damas. Lorsque le groupe regagne l’Angleterre, son navire est torpillé, en mars 1943. Épuisé, il disparaît deux jours plus tard après avoir donné sa ceinture de sauvetage. Compagnon de la Libération.

Le Lorraine avec Jean Tulasne

Paul-Jean Roquère et les aviateurs du Lorraine, à Ismaïlia, en janvier 1942. Il est au centre, au-dessus de Jean Tulasne qui va former le Normandie. A la droite de Roquère, Marcel Langer futur Compagnon de la Libération. (Collection François Tulasne)

Le sous-lieutenant Gérard Claron était lui aussi en Afrique. En février 1941, il était chef de bord d’un Bristol Blenheim en mission sur Koufra, avec les sergents Devin et Le Calvez. Ils se sont perdus dans le désert. L’avion et les corps ne furent retrouvés qu’en 1959 à la frontière Libye – Soudan – Tchad. Le Lorraine était alors, à Tours et une délégation est allée accueillir les cercueils au Bourget.

L’aspirant Adrien Ligeron est un peu à part. Il n’a pas pris le bon wagon et s’est retrouvé en Afrique du Nord. Sans doute a-t-il cru au désir de l’armée de reprendre le combat à partir des colonies. Ou plus simplement n’a-t-il  pas pu rejoindre Saint-Jean-de-Luz. C’est donc après être rentré d’Afrique du Nord, fin 1941, qu’il a rejoint les Anglais, à la troisième tentative. En passant par l’Espagne. Après avoir connu les geôles de Miranda, il est passé en Angleterre. Navigateur, il a effectué 38 missions de guerre au sein du 342 Squadron Lorraine.

Le lieutenant Pierre Bergeret a lui aussi rallié Londres à partir de Saint-Jean-de-Luz. Envoyé au Congo puis au bataillon de l’air n°1 à Bangui. Il trouve la mort dans un accident, le 22 avril 1942 lors d’un vol d’entraînement en Centrafrique, avec le sergent Edmond Laffoux.

Le sous-lieutenant Léon Schaffner, alsacien, était instituteur avant la guerre. Il a sans doute suivi le même flux que les autres, via Pau et Saint-Jean-de-Luz. Engagé aux FAFL le 22 juin 1940, il est enregistré avec le matricule 30.183. Il rejoindra Damas le 12 février 1942 en partant de Liverpool, passant par Freetown et Le Caire. Il est alors muté, avec Charles Feuvrier, qui était dans le même demi-peloton que lui à Tours, à l’escadron de convoyage de la RAF (Air delivery Unit Middle EAst). En octobre 1942 il revient en Europe sur l’Orduna et reprend une formation avant de rejoindre le 342 Squadron Lorraine. Touché le 2 septembre, le lieutenant Schaffner se posera non loin de Veules-les-Roses avant d’être fait prisonnier.

Son père était agriculteur, dans le Doubs mais cela n’empêchera pas Charles Feuvrier de faire de solides études. Sous-lieutenant au 20e BCA, volontaire pour devenir observateur en avion, il appartenait lui aussi au demi-peloton 1A (lire plus bas). Il a suivi le même parcours que Léon Schaffner. Il a fait partie du groupe Lorraine. Il est commandant à la fin de la guerre. Docteur ès sciences, il a régulièrement gravi les échelons de l’armée de l’air, commandant notamment l’école de pilotage après-guerre et la base de Marrakech. Le général de Gaulle l’a choisi pour diriger la Sécurité militaire lors de la lutte contre l’OAS. Il a terminé général de corps aérien et a été, par la suite, directeur du personnel chez Peugeot.

Fred Scamaroni

Fred Scamaroni.

Deux autres ont choisi, à Londres, de rentrer au BCRA, les services spéciaux de la France Libre. Le lieutenant Raymond Fassin est parachuté en France avec Jean Moulin qui le détache auprès du groupe Combat. Il est arrêté en avril 44 après son troisième voyage en France depuis Londres. Il est déporté et meurt en février 1945 au camp de concentration de Neuengamme.

Le second est Fred Scamaroni. Il a suivi les traces de son père qui a été préfet, notamment du Loiret. Il était chef de cabinet du préfet du Calvados avant la guerre. Il est lui aussi de l’opération de Dakar où il doit remettre au gouverneur-général Boisson une lettre du général de Gaulle lui demandant de se rallier à la France Libre. L’opération échoue et Scamaroni et ses compagnons sont arrêtés, envoyés en France, jugés et emprisonnés. Après sa libération il rentre dans la Résistance. Ramené à Londres, il rentre au BCRA. Il est déposé par sous-marin en Corse où il va diriger le réseau R2 Corse afin de préparer la libération de l’île. Arrêté par les Italiens, il se suicide pour ne pas parler sous la torture. Compagnon de la Libération.

Jean Sainteny avec Ho Chi Minh

Jean Sainteny avec Ho Chi Minh

Les trois derniers ont pris des chemins différents. Le sous-lieutenant Jean Roger a rejoint la Résistance dès l’automne 40 avec la fondation du groupe Alliance, en Normandie. C’est son réseau qui a fourni à Londres les plans très détaillés des défenses côtières en Normandie. Le plan, envoyé par avion, faisait 17 m de long… Prisonnier, torturé, évadé, il est entré dans l’histoire sous son nom de guerre : Jean Sainteny. Un nom indissociable de la paix en Indochine puis au Vietnam où il a servi d’intermédiaire entre Kissinger et les Vietnamiens du Nord. Il a été ministre et membre du Conseil constitutionnel. Compagnon de la Libération.

Les deux derniers, également Compagnons de la Libération, ont été les premiers à partir. Directement après le discours du maréchal Pétain, le 17 juin. En « empruntant » une moto puis une auto pour aller à Marseille. Avec l’aide d’un officier de marine, ils ont détourné un navire de commerce chargé de transporter du minerai et du matériel aéronautique en Afrique du Nord. Ils n’ont pas rejoint l’armée de l’air mais la 13e demi-brigade de la Légion étrangère et se sont couverts de gloire, notamment à Bir-Hakeim. Ensuite, leurs chemins se sont séparés. Le futur général Jean Simon a notamment dirigé l’école de Saint-Cyr et a été grand chancelier de l’Ordre de la Libération. Le second, Pierre Messmer a été Premier ministre.

Les 140 avaient en commun d’avoir dit non à l’inaction. Et pour une vingtaine d’entre eux, d’avoir dit non à la défaite.

Didier Lecoq

Les demi-pelotons à Tours

Le 4 juin 1940, l’école des observateurs de Tours s’en va. Les observateurs sont affectés au CIR de Rennes ou à celui d’Aulnat (près de Clermont-Ferrand).

Entre parenthèses, l’unité d’origine des officiers

> Demi-peloton 1A du lieutenant Durand : lieutenant Bernard Guéritte (19e RI), lieutenant de La Patellière (2e RI), sous-lieutenant Léon Schaffner (10e RIF), sous-lieutenant Jean Magne (13e RI), sous-lieutenant Pierre Delange (20e BCC), sous-lieutenant Charles Feuvrier (20e BCA), sous-lieutenant Pierre Bergeret (134e RI) .

> Demi-peloton 1B du lieutenant Hubert : lieutenant Paul-Jean Roquère (22e BCA), sous-lieutenant Gérard Claron (3e RI).

> Demi-peloton 2A du lieutenant Hassler : sous-lieutenant Jean Roger (Jean Sainteny).

> Demi-peloton 2B du lieutenant Blochet : lieutenant Scaramoni (119e RI)

> Demi-peloton 3A du lieutenant Placet : lieutenant Raymond Fassin (132e RIF).

> Demi-peloton 3B du lieutenant Carcanague : sous-lieutenant Pierre Messmer (12e RIC), lieutenant Jean Simon (42e DB MC),  lieutenant Henri Bundervoët d’Hautecourt (12e RTS), sous-lieutenant Francis Chauvin (BCTC).

> Demi-peloton 4B du lieutenant Foret : sous-lieutenant Henri Rendu (51e BCL), aspirant Adrien Ligeron (dépôt d’infanterie n°52)

Peut-être 18

Un dix-huitième élève de l’école est peut-être devenu Français libre. Dans la liste des observateurs figure le lieutenant de La Patellière (2e RI) dans le demi-peloton 1 A. Or il y a un lieutenant de La Patellière, du RTS du Tchad, décédé à Fort-Lamy le 1er décembre 1941. Il se prénommait Guy. C’était le frère du cinéaste Denys de La Patellière. Il aurait quitté la France en partant de Marseille.

En savoir plus

Aviateurs de la liberté, Mémorial de Forces aériennes Françaises Libres, du colonel Henry Lafont, édité par le Service historique de l’armée de l’air (SHD/Air).

Henri Rendu sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Paul Roquère sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Fred Scamaroni sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Jean Sainteny sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Jean Simon sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Pierre Messmer sur le site de l’Ordre de la Libération Lire

Merci à Bertrand Hugot pour son aide.

 

2 réponses à to “L’école des observateurs : Tours – Londres avec escales”

  • Langer Dominique:

    Quelle émotion en voyant cette photo magnifique que je ne connaissait pas!!

    On y voit mon père Marcel LANGER ami cher de Paul-Jean Roquère à sa gauche. J’ai plusieurs photos des deux amis dans le désert de Lybie.

    Merci pour ce souvenir très émouvant.

    Dominique LANGER

  • Didier Lecoq:

    C’est plutôt à moi de vous remercier pour l’intérêt que vous avez porté à cette page.
    Didier Lecoq

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