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André Frey, premier breveté et première victime de Touraine

Premier Tourangeau breveté en 1910, André Frey a terminé troisième de Paris – Rome en 1911. Il a défendu les couleurs françaises lors de la coupe Gordon-Bennett à Chicago avant d’être victime d’un accident lors d’une période militaire, en 1912.

André Frey, lors de Paris - Rome.

10 juin 1910 – 21 novembre 1912. Entre ces deux dates, si proches, toute la carrière d’André Frey. De l’homologation de son brevet de pilote, avec le n° 93, à sa fin tragique, près de Reims, sur l’aérodrome militaire où il effectuait une période d’instruction comme réserviste. Une trajectoire fulgurante pour ce pilote né à Tours, le 21 janvier 1886.

Mais la carrière du Tourangeau a commencé un peu avant d’avoir le brevet, ce qui n’était pas rare lors des débuts de l’aviation. Il a réellement débuté au meeting de Poitiers (28 avril – 1er mai 1910) avec un Sommer. Un avion arrivé par la route, et qui n’avait sans doute jamais pris l’air. Première apparition, premières angoisses. Le 29, son moteur donne des signes de faiblesse, Frey décolle mais se pose aussitôt ; puis en soirée, il repart enfin, emmenant un autre pilote. Le samedi, il réussit à faire huit kilomètres dans une première tentative avant de casser du bois lors de l’atterrissage au terme d’un second vol. Le Sommer est en piteux état. Pilotes et mécaniciens passent la nuit à rafistoler l’appareil. Pour le meeting, c’est une question de vie et de mort : Frey est le dernier à pouvoir le sauver du désastre. Forfaits, casses, il n’y a plus que lui. C’est trop lui demander. S’il parvient à reprendre l’air en fin de journée, le dimanche 1er mai, c’est trop tard, le meeting a déjà tourné à l’émeute, la foule passant ses nerfs sur tout ce qu’elle trouve : tribunes, hangars…

En juin, André Frey et son Sommer, participent au meeting de Budapest. Une nouvelle sortie… fracassante. Pris dans le sillage d’un autre avion, il perd le contrôle de son appareil et s’écrase dans le public. Sans casse pour lui mais plusieurs spectateurs sont blessés. Quant à la machine…

Paris – Rome

Frey sur Savary : un avion dépassé.

Plus de Sommer, place au Savary. L’avion du constructeur chartrain ressemble beaucoup au Wright  : biplan avec un moteur qui entraîne deux hélices. C’est avec cet avion, muni d’un moteur de conception anglaise, mais fabriqué à Levallois, un ENV 60 HP (1) qu’André Frey participe au meeting de Reims, du 6 au 8 juillet 1910. Commentaire du lieutenant Cammel, un officier anglais venu prendre le pouls de l’aviation naissante : « L’appareil a effectué plusieurs petits vols, mais il est lent, et sans avantage particulier. »

Un avis que partage sans doute  André Frey. Car en 1911, la saison se présente bien mieux, avec un Borel-Morane cette fois. Le même que Jules Védrines. 1911, c’est l’année des grandes courses. Avec Paris – Madrid pour commencer, organisé par le Petit Parisien. Une catastrophe. La course tourne au drame sur le terrain de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux. Gêné par des cavaliers, Train percute le sol. Berteaux, le ministre de la Guerre est tué, le président du Conseil blessé. Mais la course continue. Sauf pour André Frey qui abandonne à Étampes. L’avion est pourtant le bon. Jules Védrines arrive le premier à Madrid où il devance Roland Garros.

Puis vient Paris – Rome (- Turin) organisé cette fois par le Petit Journal. L’heure de la revanche a sonné pour les Blériot de Beaumont – enseigne de vaisseau Conneau de son vrai nom – et de Roland Garros. A Pise, la victoire penche en faveur de Beaumont. Jacques Mortane, envoyé spécial d’Excelsior et de la Vie au Grand Air raconte : «  Le vainqueur  aperçoit la foule autour d’un monoplan. Il croit être arrivé à l’aérodrome. Il descend mais s’est trompé : Frey dont l’appareil blessé gît à terre, s’était lui-même mépris sur le lieu d’atterrissage. Beaumont, heureusement, n’a pas cassé dans ce champ. Il s’envole vers l’endroit exigé et arrive au but. » Roland Garros arrive le lendemain  suivi de Frey qui termine troisième.

André Frey, lors de Paris - Rome.

Contrairement à Beaumont et Garros, André Frey prend la direction de Turin, étape facultative qui devait intéresser le pilote tourangeau. Mais dans son édition du 14 juin, la Dépêche du Centre annonce que « Frey serait mort ». En fait, victime d’une grave chute dans la montagne, il est resté onze heures à attendre les secours : l’aviateur a des fractures au fémur gauche, à l’avant-bras droit et à la mâchoire. Les médecins estiment qu’il peut être guéri en quarante ou soixante jours, sauf complications. Sa conduite lui vaut l’estime de tous. Le comité de Turin lui offre 10.000 francs pour son courage. Le roi d’Italie lui envoie une lettre de félicitations et le nomme chevalier de la Couronne. Soigné et rétabli, il participe à la course italienne Bologne – Venise – Rimini – Venise qu’il remporte.

Le Coupe Gordon-Bennett

André Frey fait sa réapparition en mai 1912, avec un Hanriot cette fois. Le 2 mai, il rallie Issy-les-Moulineaux à Reims à la moyenne, respectable pour l’époque, de 115 km/h. En juin, il participe au Circuit d’Anjou, Grand Prix de l’Aéro-Club de France, toujours sur son Hanriot.

Puis le 11 juillet, toujours à Reims, il bat le record avec passager : 135 kilomètres parcourus en une heure. Il fait mieux, deux jours plus tard, seul à bord, en remportant les éliminatoires de la coupe Gordon-Bennett en accomplissant les 200 kilomètres du parcours en 1 h24 min 25 s (142,800 km/h de moyenne).

A Chicago, André Frey représente la France avec Jules Védrines et Marcel Prévost. Mais son Hanriot est dépassé. Avec une moyenne de 151 km/h, il est largement dominé par les Deperdussin de Jules Védrines (170 km/h) et Marcel Prévost (167 km/h) qui remportent les deux premières places. Nous sommes en septembre. Le caporal aviateur André Frey a rejoint Reims pour sa période d’instruction.

« Comme il s’élevait au-dessus de Bétheny et revenait atterrir à l’aérodrome, on vit soudain l’appareil piquer du nez et venir s’abattre au sol, commente la Dépêche. Le lieutenant Degeorge, commandant par intérim le centre d’aviation militaire, le témoin de l’accident, accourut ; il releva Frey pris sous les débris de l’appareil ; mais l’aviateur avait cessé de vivre. » A bientôt 27 ans disparaissait ainsi le premier pilote tourangeau breveté. Une rue de Tours porte son nom depuis juin 1913.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2005

(1) ENV vient du type du moteur : en V.

Une réponse à to “André Frey, premier breveté et première victime de Touraine”

  • Thierry Matra:

    Bonjour Didier,

    Merci pour ce texte quasi unique sur André Frey. Mais concernant les éliminatoires de la coupe Gordon Bennett 1912 qui se déroulèrent le samedi 13 et le dimanche 14 juillet, il ne réalisa que le troisième temps qualificatif, derrière Jules Védrines 200 km en 1h10 et Prévost les 200 km en 1h13m26.
    Il faut remarquer que le temps de Jules Védrines à Chicago lorsqu’il remporta la coupe fut moins bon que lors des qualifications à Reims à cause d’un circuit plus court qui nécessitait plus de tours et donc plus de virages lents pour boucler les 200 km.
    Cordialement,
    Thierry Matra
    Sources : La Vie Au Grand Air du 28 septembre 1912 + l’Aérophile d’août 1912

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