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André Beaumont paie, Roland Garros ne paie pas

Le 21 mai 1911, deux pilotes doivent se poser dans la campagne lors de la première étape de Paris – Madrid. André Beaumont a dû payer les dégâts causés aux culture. Plus chanceux à Villeperdue, Roland Garros n’a eu qu’à dire merci.

Roland Garros est revenu le 30 septembre en Touraine, pour l'inauguration de l'hôpital de Château-Renault. Il était à Loudun pendant les manœuvres pour remettre son Blériot à l'armée, en 1912. (Didier Lecoq)

Dans une circulaire envoyée aux préfets le 12 mars 1912, le ministre de l’Intérieur avertissait les maires que son collègue, le ministre de la Guerre, n’entendait plus payer rubis sur l’ongle les dégâts causés aux cultures par l’atterrissage d’un avion militaire. « Les dégâts causés par l’atterrissage lui-même sont en général de peu d’importance, mais dans la plupart des cas, de nombreux curieux pénètrent dans les champs, endommageant les récoltes qui s’y trouvent. Mon collègue est dès maintenant décidé à rejeter toutes les réclamations qui n’auraient pas pour base le dommage direct, causé par l’atterrissage […] Les propriétaires et les cultivateurs n’auraient donc recours que contre les auteurs mêmes des dégâts. » Et de préciser que c’était aux maires de faire la police pour empêcher l’envahissement des terrains. En 1912, un texte précisait même le montant des indemnités à verser : 2 F l’are de sarrasin, 2,80 F pour l’avoine, 2,75 F pour le seigle et l’orge, 4 F pour le blé. En province, car c’était beaucoup plus cher en région parisienne, allez savoir pourquoi. En 1911, c’était encore un peu à la tête du client. Ou plutôt à l’appréciation de la victime…

21 mai 1911, les aviateurs s’élançaient pour la course Paris – Madrid. Un envol qui tourna au cauchemar. L’avion de Train effectua un atterrissage en catastrophe, faucha le président du Conseil et le ministre de la Guerre. Si le premier survécut, le second fut tué sur le coup.

André Beaumont et Roland Garros étaient en l’air au moment de l’accident, en route pour Angoulême. Mais les deux pilotes se posèrent en Touraine.

André Beaumont le fit à Chambourg-sur-Indre, entre Pontlevoy et Loches. Une halte, due au brouillard, fatale au futur vainqueur de Paris – Rome. A 7 h 40, il voulut décoller. Un coup de vent l’en empêcha. Hélice brisée. « Le bruit de cette malheureuse chute s’étant rapidement répandu, un vrai pèlerinage s’organisa immédiatement. Toute la journée, la route nationale fut sillonnée de piétons, cyclistes et automobilistes allant vers l’oiseau blessé dans le secret espoir qu’il pourrait reprendre son vol. A 4 heures, les mécaniciens de la maison Blériot arrivaient et reconnaissaient que le mal était irréparable sur place. L’appareil a donc été démonté pour être ramené à l’atelier comme un vulgaire colis, raconta La Dépêche. Un débitant pratique avait amené plusieurs fûts de bière et nombre de bouteilles de limonade. Il a dû faire une bonne recette. »

Le propriétaire du champ d’atterrissage demanda un dédommagement. Sur le champ. Ce que n’apprécia pas un témoin qui l’écrivit au journal. « Le propriétaire du champ de betteraves dans lequel l’aviateur avait atterri n’aurait pas hésité à réclamer 20 francs pour les dégâts commis. Ces dégâts étant en réalité insignifiants, le geste de ce propriétaire n’a pas paru très élégant aux personnes présentes. Ce sentiment a certainement été partagé par l’aviateur qui a tenu, cependant, à verser de suite la somme qu’on lui demandait. »

Plus loin sur le chemin de l’Espagne, entre Tours et Châtellerault, un problème de moteur contraignit Roland Garros à se poser à Villeperdue, non loin de la nationale 10. Il repartit sans bourse délier.

Roland Garros était descendu dans une pièce d’avoine. « Je suis heureux que le premier aéroplane descendu à Villeperdue ait atterri dans mon champ, expliqua M. Leblois à ceux qui lui demandèrent pourquoi il n’avait pas voulu d’argent. Mon avoine poussera aussi bien et une pièce de 20 francs n’engraisserait pas beaucoup mes chevaux.» Il faut croire que Roland Garros, s’il n’a pas eu le choix du lieu, a eu la chance de tomber au bon endroit.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2007

 

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