Sites associés

Aéroforums

Aéroplane de Touraine est adhérent des Aéroforums, indispensable lieu d'échanges sur l'aviation.

31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Henri de Geyer d’Orth privé d’ailes

Henri de Geyer d’Orth, dont le père était régisseur du château d’Amboise, a fait partie des premiers pilotes militaires, dès 1911. Mais des problèmes de santé l’ont détourné du vol.

Sous l'uniforme du 144e RI

Lorsqu’il se porte candidat pour rejoindre l’aviation, Henri de Geyer d’Orth (1) n’est plus tout à fait un jeune homme. Il a 33 ans. Fin mars 1910, le général Dalstein, gouverneur militaire de Paris, écrit au ministre de la Guerre pour l’informer que le lieutenant de Geyer, du 144e régiment d’infanterie, demande à « être désigné comme pilote d’appareil d’aviation ». Il souhaite aussi, écrit le général, « être compris parmi les officiers qui doivent recevoir l’instruction spéciale de pilote de ballon dirigeable ». Le général souligne un atout… de poids : le lieutenant de Geyer ne pèse que 58 kilos. Qui plus est, il est célibataire (2). Quelques mois plus tard, son vœu était exaucé.

Henri de Geyer est né en 1877 à Dieppe, en Seine-Inférieure (3), dans une famille d’origine alsacienne, au hasard des postes qu’occupe son père, Alphonse. Celui-ci était  inspecteur des hypothèques. Henri a eu cinq frères et une sœur. Un des ses frères est décédé en bas-âge, un second à l’adolescence, un troisième – Paul, son aîné de deux ans – à 29 ans.

 

Henri de Geyer s’est engagé dans l’armée lorsqu’il avait 20 ans, en 1897. Ses deux autres frères, plus jeunes que lui, ont suivi son exemple, chacun à sa façon : Yves en devenant officier, Georges en passant dans l’aviation en 1916. Une Grande Guerre à laquelle Yves, capitaine au 412e RI, n’a pas survécu, tué le 26 juin 1917 à Hardaumont, près de Verdun. Son nom figure sur le monument aux morts d’Amboise où leur père est devenu régisseur du château (4).

 

Joseph, Yves (Mort pour la France en 1917) et Henri. Au premier rang : Germaine, leur soeur, Anna Le Bondidier leur mère, Henri – le fils d'Henri – surnommé Rico – et Adolphe, leur père.. (origine Famille de Geyer d'Orth)

La famille – présente et à venir – ne manque pas de militaires. L’oncle d’ Henri, le baron Paul de Geyer d’Orth, colonel, a commandé le 144e RI que Henri s’apprête à quitter pour rejoindre l’aviation en 1911. Un fils du futur général, Georges – né en 1888 – est également devenu aviateur pendant la guerre. Chef de l’escadrille C 30, il est décédé le 25 février 1919, d’une maladie aggravée par le service. Depuis, d’autres ont suivi.

Accidenté à l’école de Pau

Mais revenons à Henri de Geyer et à ses débuts dans l’aéronautique. Foin de dirigeable, il est détaché dans l’aviation en février 1911 pour devenir pilote. Direction l’école militaire Blériot de Pau.

Il y est victime d’un accident grave le 18 mars. « A 5 heures du soir, au cours d’une séance d’aviation, [il] a sauté de son appareil encore en marche pour éviter un obstacle, s’est heurté violemment le genou gauche et a été traîné par l’aéroplane sur un parcours d’une quinzaine de mètres », ont rapporté – dans le procès-verbal d’accident – trois autres élèves-pilotes : les lieutenants Max Van den Vaéro, Joseph Malet et Alexandre Sourdeau.

La passion d’Henri de Geyer ne s’est pas arrêtée pour autant. Il a demandé son affectation définitive au service de l’aviation militaire en mai et a poursuivi sa préparation du brevet militaire. C’est à l’école Blériot d’Étampes qu’il a passé la dernière épreuve de son brevet, le 19 octobre 1911, avec un vol Étampes – Orléans – Étampes, au-dessus de la Beauce. L’école était alors dirigée par le capitaine Félix.

Dans sa « promotion », à Étampes, figurent les lieutenants Bellemois (breveté le 5 septembre), Clerc et Boucher (le 11 octobre), de Ville d’Avray (le 18 octobre) et Lantheaume (21 octobre).

Le 25 octobre, Henri de Geyer est du vol de l’escadrille de Blériot qui se rend d’Étampes à Versailles : sont également présents, pour accompagner le capitaine Félix, les lieutenants Bellemois, Van den Vaéro, Lantheaume, Silvestre, Boucher, Clerc et Gouin. Le vol dure 45 minutes. « C’est la première fois qu’une flottille aérienne de cette importance parvient à destination au complet et que les aviateurs évoluent en l’air sous les ordres d’un commandant volant de concert avec eux », écrit le Matin.

L’année suivante, le 30 avril, Henri de Geyer se distingue par un voyage long pour l’époque : 175 km, d’Étampes au camp de Mailly avec le capitaine Félix et le lieutenant Armand des Prez de la Morlais. En septembre, il est aux confins de la Touraine pour les manœuvres de l’Ouest. Il est en complément dans l’escadrille d’artillerie.

Un arrêt imprévu, près d'un château de Sologne, sur la route de Pontlevoy et des manœuvres. (Didier Lecoq)

Sa carrière connaît un premier coup d’arrêt pour raisons de santé. En 1913, il est radié du personnel navigant. Henri de Geyer souffre de rhumatismes.

S’il reprend ses vols dès que sa santé le permet, sa carrière de pilote n’en est pas moins terminée. Adieu les escadrilles, bonjour les bureaux. Henri de Geyer, dont les aptitudes à l’organisation ont été remarquées, passera le plus clair de son temps derrière un bureau.

Après avoir dirigé le centre d’aviation d’Étampes après le commandant Félix, il est nommé, au tout début de la guerre, commandant de la 1re Réserve n° 6 à Gray. Puis, en décembre, adjoint au commandant de la Réserve des Pilotes, à Saint-Cyr.

En février 1915, il est adjoint au commandant de la Réserve générale aéronautique au Bourget. Jean Violan (5), dans son autobiographie « Dans l’air et dans la boue », parle de sa rencontre avec Henri de Geyer :

« Au lieu d’aller à l’escadrille, j’ai tourné court sur le Bourget. Maintenant, je me sens révolté, comme jadis dans mon pays. Je suis révolté contre ce travail obscur, sans mouvement, sans bataille, des régleurs de tir. Il faut que je fasse quelque chose de grand, à tout casser ; que je démolisse… que je me venge de tout… Oui ! la chasse, les bombardements… me venger… me venger… Au Bourget, je rentre en trombe au bureau.

– Ah ! vous voilà ! me dit l’officier de service, vous voilà ! c’est du propre ! Un rapport salé de l’adjudant de garde !…

– Je m’en fous, je veux voir le chef de réserve ! Qui ? Le capitaine de Geyer ! Où est-il ?

J’entre carrément. Le capitaine de Geyer lève la tête, étonné.

– Mon capitaine, je veux être affecté à la chasse ou au bombardement. J’en ai assez, assez de faire le ballot, je me suis engagé pour me battre avec l’ennemi, mais pas pour servir de cible ridicule…

Le capitaine se lève, calme, sous la bordée inattendue de mes paroles saccadées.

– D’abord, sergent, d’où venez-vous ? Vous étiez signalé parti ce matin pour rejoindre votre escadrille.

– De Vidamée, voir Lacombe… Il est mort mon capitaine, Pierre s’est tué !

– Oui, je sais, dans un accident, Lacombe, un vieux pilote comme nous, un très bon pilote… Oui ! Vous étiez très liés tous les deux, je me rappelle… Un accident stupide.

Il s’approche de moi, met ses mains sur mes épaules, me regarde dans mes yeux mouillés.

– Je connais ça, mon pauvre vieux, j’ai connu ça moi aussi ! ce déchirement subit du cœur… Que veux-tu, c’est notre sort ! Mais, tu as raison, il te faut du mouvement, des combats… Pas de cafard, à quoi ça sert ? Je ferai le nécessaire »

En novembre 1916, Henri de Geyer rejoint un autre poste d’adjoint, aux 2es Réserves de Ravitaillement de l’Aéronautique. Jusqu’au traité de Versailles.

Son fils est victime d’un accident au Maroc

Après la guerre, sa santé ne va pas s’améliorer. Il passe beaucoup de temps en cure, à Dax ou Vichy. Il dirige l’Entrepôt spécial d’aviation n° 4 à Dugny (de 1921 à 1924) avant de rejoindre le Magasin général d’aviation n° 3 puis, en 1927, l’annexe d’Étampes de l’entrepôt spécial n° 1, qu’il commande.

Pendant tout ce temps, il s’est toujours efforcé de voler un peu, des vols ne dépassant jamais l’heure.

En juin 1931, il est mis en congé du personnel navigant, peu de temps après avoir été nommé lieutenant-colonel. En avril 1935, il est admis à la retraite en raison de ses problèmes de santé. Il choisit de se retirer sur la Côte d’Azur, à Nice. C’est là qu’il décède, le 28 juin 1938. Il a été inhumé à Amboise, près de ses parents et du carré militaire des morts de la Grande Guerre.

Son fils, Henri, sergent à la 6e escadrille du 37e régiment d’aviation au Maroc, avait trouvé la mort le 30 mai 1925 en redécollant de Meknès, lors de la guerre du Rif, victime d’une perte de vitesse du Breguet 14 A2 qu’il pilotait (6). Henriette Prins (7), son épouse, est décédée en 1993.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2008

Un lien
Une carte postale d’Henri de Geyer d’Orth – signée de sa main – se trouve sur le site du Corpus Étampois :
http://www.corpusetampois.com/cpa-es-rameau-aviation0346.html

(1) Marcel Henri. Parfois écrit Henry.

(2) Il était bien célibataire mais a reconnu un enfant né hors mariage, Henri – surnommé Rico – né le 19 octobre 1901.

(3) Actuelle Seine-Maritime.

(4) Ils ont vécu rue Victor-Hugo puis rue de la Concorde, entre la Loire et le château.

(5) Son vrai nom, Davrichachvili. Connu dans l’aviation sous celui de Joseph de Davrichewy, surnommé Zozo au Crotoy, chez Caudron.

(6) Breguet 14 A2 n° 17.251. Le sergent Gormotte qui l’accompagnait est décédé à l’hôpital de Meknès.

(7) Henri l’avait épousée en 1919. Elle était veuve du frère d’Henri, Yves avec qui elle avait déjà eu deux filles, Yvonne et Jacqueline. Henri et Henriette ont eu une fille, Françoise, née en 1920.

2 réponses à to “Henri de Geyer d’Orth privé d’ailes”

  • Eric de Geyer d'Orth:

    Merci de corriger votre article au 3ème paragraphe

    Henri de Geyer est né en 1877 à Dieppe, en Seine-Inférieure (3), dans une famille d’origine LORRAINE (et non pas Alsacienne), au hasard des postes qu’occupe son père, Adolphe(et non pas Alphonse).

  • Even de GEYER d'ORTH:

    Georges de GEYER n’est pas le frère d’Henri de GEYER mais son cousin.

Laisser un commentaire