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Edmond Guillemeney à Tours : du brevet au commandement

Observateur en aéroplane, le capitaine Guillemeney est venu à Tours pour passer son brevet de pilote en 1916 sur Caudron G 3. Il y est revenu, près de dix années plus tard, pour prendre le commandement du 31e régiment.

Edmond Guillemeney

En octobre 1924, lorsque le commandant Edmond Guillemeney (1) arrive au terrain d’aviation de Tours, le camp a bien changé. Il est loin le temps où, capitaine, il était venu de Buc pour passer son brevet de pilote militaire. C’était en mai 1916. Depuis, le camp avait poussé comme un champignon sous les couleurs de l’aviation américaine (2). Puis, la guerre terminée, et les aviateurs américains repartis, le camp avait vieilli. Plutôt mal, incertain de son avenir : un jour il s’en allait, le lendemain il restait. Il est resté. Edmond Guillemeney est le troisième commandant du 31e régiment, après Émile Muiron et Maurice Précardin (3).

Comme de nombreux cadres de l’aéronautique, la guerre a tracé la destinée d’Edmond Guillemeney. Il l’a commencée comme observateur en avion. Les manœuvres de 1912 avaient mis l’accent sur la nécessité d’avoir des observateurs brevetés. En août 1914, il était de ceux-là. Affecté à l’aéronautique de la IVe armée du général de Langle De Cary, il était sous les ordres du commandant Barès, en compagnie d’un autre futur commandant du 31e régiment, Joseph Tulasne (4). Le capitaine Guillemeney a été blessé dans les combats qui ont précédé la bataille de la Marne, lors d’une reconnaissance. Un éclat d’obus lui a frappé le tibia de la jambe gauche, dans le ciel de Bièvre (5) en Belgique.

De retour comme observateur, à l’aéronautique de la VIe armée, il y reste jusqu’en avril 1916 où il se décide à prendre les commandes d’un avion. C’est « sur le tas » comme de nombreux observateurs devenus pilotes, qu’il a commencé son apprentissage, toujours au sein de la VIe armée. Son commandant lui prédit alors une escadrille, rapidement. La première étape de sa formation de pilote l’emmène à Buc, en région parisienne. Un passage dont la brièveté n’a pas dû lui déplaire. Dans son rapport, le commandant de l’école de Buc lui a reproché de se soumettre « difficilement aux règles de la discipline de l’école ». De l’école ou de son commandant ? « A fait preuve d’un esprit frondeur peu compatible avec les circonstances actuelles. »

L’air de l’école de Tours semble mieux lui réussir. Il y arrive le 15 mai 1916. Sa progression est rapide. Dès le lendemain, il vole en double-commande. Le 20 mai, il est autorisé à voler seul. Le 21 juin, il peut voler au-delà des limites du camp d’aviation de Parçay-Meslay. Le 21 juillet, il a son brevet militaire. Deux mois pour former  un pilote, l’apprentissage n’a pas toujours été aussi rapide. Surtout sans casse.

Photo rare d'un Caudron G 3 de l'école d'aviation de Tours, le n° 974, en panne près de la gare de Noizay fin août 1916. (Collection Sandrine Pointeau)

Les épreuves du brevet de pilote

Le programme du brevet militaire n’avait pas beaucoup changé depuis février 1913. Il comportait des épreuves de pilotage ainsi qu’un contrôle des connaissances. Suivons le guide. Il s’appelle Edmond Guillemeney. Pour les vols réglementaires, Edmond Guillemeney n’est pas seul, un barographe l’accompagne qui permet d’authentifier son vol.

Vol plané de 500 m, moteur arrêté (épreuve d’atterrissage) : c’est la première épreuve subie par le capitaine Guillemeney. Elle se déroule le 19 juin. L’exercice consiste à monter à 500 m puis à descendre, moteur à l’extrême ralenti (ou coupé) pour venir se poser à un endroit précis. Il utilise un Caudron G3, l’avion de l’école de Tours.

Ligne droite : le parcours est classique. Pour les élèves de Tours, il s’agit de filer jusqu’à Avord. De Tours, il faut suivre le Cher jusqu’à Vierzon et ne pas oublier de le quitter pour laisser Bourges à sa droite et prendre la direction d’Avord. Le 13 juillet, Edmond Guillemeney quitte la Touraine assez tard, à 18 h 15, le soleil dans le dos. Il se pose à Avord à 19 h 40. L’essentiel du voyage s’effectue entre 500 et 1.000 m d’altitude. C’est le capitaine Lévy, chef de pilotage à Avord, qui dresse le procès-verbal du vol. Pour cette épreuve, Guillemeney utilise le Caudron G 3 n° 320.

Heure à 2.000 m : Contrairement à son intitulé, il ne s’agit pas de rester une heure à 2.000 m, mais de voler une heure, montée et descente (le plus rapidement possible) comprises. Edmond Guillemeney passe l’épreuve le 15 juillet. Il est resté 45 minutes à plus de 2.000 m. Une épreuve qui doit paraître moins longue en juillet qu’en décembre.

Triangles de 200 km : Le 18 juillet. Sur le Caudron G 3 n° 320, il décolle à 14 h 45 et se pose à 15 h 50 à Châteauroux (Indre) qu’il quitte une heure plus tard. Il a volé la majeure partie du temps à 1.500 m d’altitude. Il se pose à Pontlevoy (Loir-et-Cher), l’ancien aérodrome de Touraine, à 17 h 55. Le dernier côté du triangle commencé à 19 h 10, prend fin à 19 h 45, à Parçay-Meslay.

Second triangle, dès le lendemain. Le parcours est exactement le même. Tours puis Châteauroux, Pontlevoy et enfin Tours. Il décolle cette fois à 14 h 55 et revient un peu plus tôt, à 19 h 30. Toujours sur Caudron G 3, le n° 674. Après la guerre, les aviateurs qui passeront leur brevet au sein du 31e régiment, utiliseront un autre triangle en raison de la disparition de Pontlevoy : Tours – Romorantin – Châteauroux – Tours.

L’examen théorique se déroule le 20 juillet. Edmond Guillemeney y obtient de bonnes notes : 15 pour ses connaissances générales sur l’avion ; 16 pour celles sur le moteur, les instruments de bord et la météorologie ; 18 en géographie, topographie et lecture des cartes.

Pendant son entraînement, Edmond Guillemeney a volé 30 heures 10 minutes.

Ses notes sont signées par le commandant de l’école, le capitaine Maximilien Münch (6), son adjoint le capitaine Rivière et le chef-pilote, le lieutenant Clouzeau, un avocat niortais.


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Dès le lendemain, le 21 juillet 1916, le dossier tourangeau du capitaine Guillemeney est clos. Son brevet sera homologué, plus tard, sous le numéro 4.225. « Excellent officier qui a fait un apprentissage régulier et rapide, note son chef de centre. Bon pilote, énergique, susceptible de piloter un appareil rapide après entraînement. » Mais le capitaine Guillemeney restera dans l’observation. Dès le lendemain, le 22 juillet, il est nommé adjoint à l’aéronautique du 30e corps d’armée, dans un secteur calme, puis, début septembre, commandant de l’escadrille C 222 formée depuis quelques mois.

Retour à Tours en octobre 1924

Quand il dirige l’aéronautique du 5e corps d’armée, il obtient une nouvelle citation, pour avoir, le 16 avril 1917, « accompagné par mauvais temps et à très basse altitude notre ligne d’assaut dans le mouvement en avant ». Même chose en septembre 1918, lorsqu’il n’hésite pas à vérifier, par des reconnaissances personnelles, les renseignements  des escadrilles qu’il a sous ses ordres comme responsable de l’aéronautique de la 5e armée.

Il termine la guerre à ce poste, avant de prendre en main, en janvier 1919, un groupement aéronautique chargé de « dissoudre » les escadrilles de la 5e armée, nommé « Groupement aéronautique Guillemeney ». Après deux années de congés, il rejoint le 34e régiment comme commandant du 4e groupe puis, en 1922, l’état-major de l’inspecteur de l’aéronautique.

Il ne reste à la tête du 31e RAO de Tours que d’octobre 1924 à la fin août 1925. Trop peu pour y laisser vraiment son empreinte. Il continue de voler, tout en dirigeant personnellement l’instruction de son régiment. C’est une constante. En 1916, pendant les deux mois de son brevet militaire, il avait également donné des « conférences » aux aviateurs de Parçay-Meslay. C’est lors de son commandement que l’adjudant-chef Foiny trouve la mort, victime du brouillard, à Monnaie (7). En août 1925, il se porte volontaire pour rejoindre le Maroc et combattre ceux qu’on nommait alors « les Rifains ». Il commande le Réserve générale et le centre de Fez. De 1926 à 1928, il est en Pologne, avec la mission française. Puis en 1929, parenthèse dans sa vie de pilote, il dirige la Revue des Forces aériennes (8).

Il obtient son dernier poste en 1932. Il est nommé commandant en second du Centre d’études tactiques de l’aéronautique ». C’est à ce poste, et en avion, qu’il trouve la mort le 13 juillet (une semaine après sa prise de fonction) en compagnie du commandant Coslin, à 2 km au nord de Saint-Étienne, dans l’accident du Potez 25 n° 1.576.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2007

Sa carrière

Né à Besançon (Doubs) le 5 février 1882
École spéciale militaire 1900-1901
Sous-lieutenant le 1er octobre 1902 (21e bataillon de chasseurs à pied)
Lieutenant au 130e régiment d’infanterie le 1er octobre 1904
Détaché à l’École supérieure de la guerre en 1909
Capitaine au 17e bataillon de chasseurs le 27 mars 1913
Chef de bataillon le 23 juillet 1917 (à titre temporaire ; à titre définitif le 28 septembre)
Lieutenant-colonel le 25 décembre 1924, lorsqu’il est au 31e régiment
Colonel le 25 septembre 1928
Commandeur de la Légion d’honneur en 1931
Parmi ses distinctions, figure la DSO britannique.

(1) Edmond Guillemeney est né le 5 février 1882 à Besançon, dans le Doubs.

(2) de novembre 1917 à avril 1919

(3) groupement aéronautique n°1 puis 1er RAO pour Muiron ; 1er RAO puis 31e régiment pour Précardin

(4) Lire également l’article consacré au général Joseph Tulasne.

(5) Nous n’avons pas retrouvé le lieu exact.

(6) Lire également l’article consacré au capitaine Maximilien Münch.

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