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Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Un Indien dans la campagne

Le 23 mai 1929, un Indien, récemment breveté et de retour d’Angleterre où il a acheté un avion, vient se poser chez des amis, au château de Bel-Air, à Hommes. JRD Tata est le créateur d’Air India et la firme Tata est devenue une des plus importantes au monde.

Un Sukhoi indien en visite à Tours lors du meeting de 2005.

Avant la Première Guerre, les aviateurs arrivaient à se poser un peu n’importe où dans la campagne. Les avions étaient alors plus sensibles à la météo, la mécanique plus capricieuse, les règlements inexistants… Certains finirent même par trouver un certain charme à cet exercice, surnommé alors « panne de château ».

Il est vrai que les aviateurs y étaient bien traités. Deux exemples : le premier se déroule en juin 1911 et touche le lieutenant de Malherbe qui, avec les lieutenants Princeteau et Ducourneau, reliait Pau à Paris. Gêné par le vent – « il a craint de passer la vallée du Cher qui est dangereuse à cause des remous » (sic) ont écrit les journaux –, le lieutenant de Malherbe « a atterri dans la plaine de la ferme du Pineau, à Bléré […] Vers 6 h du soir, après avoir déjeuné chez M. Mélés, propriétaire à La Croix, jugeant le temps propice pour prendre son vol, le lieutenant de Malherbe fit son plein d’essence et à 7 h et quart s’éleva majestueusement devant plus de 1.000 personnes. »

Second exemple (parmi d’autres) en septembre 1912, avec le lieutenant Gaubert, en transit vers Tournon-Saint-Martin (à la limite de l’Indre et de l’Indre-et-Loire), terre d’accueil de son escadrille pour les manœuvres de l’Ouest. Las, « au-dessus de Saint-Flovier, il s’aperçut que son moteur avait des ratés. A 8 h cet officier atterrit en vols planés tout tranquillement dans une grande pièce dépendant de la ferme du Roulet. Le lieutenant Gobert a été durant ces 24 heures l’hôte d’un ancien officier de cavalerie, de comte de l’Estrange, actuellement en congé au Roulet. En reconnaissance de l’empressement sympathique de la population, le lieutenant a bien voulu, avant de quitter son champ d’atterrissage, faire une superbe randonnée au-dessus du parc et devant le château, son gîte d’étape. Plus de 600 personnes assistaient à cette manœuvre. »

Si ces deux officiers avaient, on le voit, d’excellentes raisons d’user de l’hospitalité de nos campagnes, d’autres en ont abusé. Exit donc la panne de château. Hormis les atterrissages forcés (ne pas oublier de remplir le questionnaire D, de prévenir la gendarmerie, d’alerter le centre aéronautique dont dépend le lieu du délit…), les avions ont déserté la campagne. Et pourtant, en mai 1929, un Indien (de Bombay), n’a pas hésité à venir se poser au château de Bel-Air, à Hommes, dans l’ouest de la Touraine. Mieux, il l’a fait exprès. Le jeune homme y était en résidence. Il revenait de Croydon (l’aéroport de Londres), après une halte au Bourget, où il était allé acheter un avion, un Gipsy Moth. Il prit même le fils du propriétaire, M. Suzor, et l’emmena au camp de Parçay-Meslay. « Nous pouvons dire que c’est le premier avion de tourisme piloté par un amateur qui atterrit ainsi dans une propriété privée de Touraine », se réjouirent les journaux de Tours. « Nous profitons de cette occasion pour adresser nos meilleurs félicitations à l’habile pilote qui ne compte guère plus de 25 heures de vol ».

Cette petite histoire pourrait être le merveilleux point de départ d’un roman. Mais la biographie du pilote n’a que faire de l’imagination d’un romancier.

Cet Indien était en fait né à Paris, le 29 juillet 1904. Jehangir Ratanji Dadabhoy (ce sont ses prénoms) a d’ailleurs effectué son service militaire dans un régiment de spahis. Son père, Ratanji Dadabhoy, était indien et sa mère française. Un Indien un peu particulier puisqu’il appartenait à la grande famille des Parsis, ces Perses qui avaient fuit vers les Indes au VIIIe siècle, pour préserver leur culture et leur religion dont le prophète est Zarathoustra.

Le père de JRD avait une maison en Normandie, à Hardelot. JRD y passait ses vacances. Il avait parmi ses amis un garçon dont le père n’était autre que Louis Blériot. Des relations qui lui permirent de passer son baptême de l’air à 15 ans.

Lorsqu’il remit au goût du jour la panne de château, JRD n’avait son brevet que depuis quelques mois, depuis le 10 février 1929. Au crépuscule de sa vie, bien longtemps plus tard – il est décédé en 1993 à Genève – il racontait encore quelle émotion lui avait procuré ce petit livret délivré par l’Aero Club of India and Burma dont il portait le numéro 1. JRD Tata – c’est son nom – a en effet été le premier pilote indien breveté. En bon membre de cette dynastie d’industriels, JRD Tata a fondé une compagnie aérienne, Tata Airlines, devenue Air India en 1946. Ce jeune Indien qui décollait de Hommes et se posait à Parçay-Meslay en 1929 est considéré comme le père de l’aviation indienne.

Difficile de ne pas penser à lui lorsque, en 2005, un Sukhoï 30 de l’aviation indienne est venu se poser à Parçay-Meslay lors du meeting de l’air.

En 1930, JRD Tata a relié Londres à Karachi à bord de son Gipsy Moth « Miss India ». Mais cette fois, il n’était pas le premier. Le futur chef de l’Indian Air Force l’avait devancé.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2006

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