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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Marcel Dubois, des Mines à l’aviation

Ingénieur des Mines à Tours avant-guerre, Marcel Dubois est mort pour la France en 1916, près de Roye (Somme) alors qu’il commandait l’escadrille MF 16. En 1922, Louis de Launay, inspecteur général des Mines, publiait sa biographie dans ses « Annales des Mines », tome 2. La voici.

« Fils de Robert Dubois, ingénieur aux chemins de fer de l’État, il est né le 8 septembre 1883 à Rouen (1) et a fait ses études littéraires au lycée Condorcet, ses études mathématiques au lycée Carnot. Entré treizième à l’École polytechnique, il en sortit second en 1904 dans le corps des Mines. Après son service militaire comme sous-lieutenant au 22e régiment d’artillerie de Versailles, il entra à l’École de mines en 1906.

« Il fit son premier voyage de mission en Angleterre ; le second, en 1907, le conduisit en Chine, au Japon et en Corée. A la sortie de l’École des mines, il fut attaché pour quelque temps au chemin de fer de l’État et, envoyé en mission aux États-Unis (1910). Attiré par l’aviation encore naissante, il fit partie, comme secrétaire, puis comme membre, de la Commission de navigation aérienne au ministère des travaux publics. En 1912, il n’abandonna pas cette commission quand il fut chargé du service des Mines, à Tours.

« La mobilisation vint. Il partit comme capitaine à l’escadrille MF 8 et fit ses premières armes dans des reconnaissances (régions de Verdun et Saint-Mihiel), pendant lesquelles les difficultés des bombardements précis le frappèrent. Il s’attacha à les résoudre en étudiant un viseur et le lancement de gros obus. Il fut envoyé à Saint-André-de-Cubzac pour expérimenter son viseur et c’est là que, le premier, il lança un obus de 125 kilogrammes de 1.000 mètres de hauteur, expérience faite le 29 octobre 1914, devant le ministre de la Guerre (1). Il voulut retourner au front et, nommé à l’escadrille MF 45 en Lorraine au moins d’avril 1915, il ne la quitta plus pendant quinze mois jusqu’à sa mort (2). Une série de glorieuses citations feront, mieux que tout discours, connaître sa valeur.

« La première citation à l’ordre de l’armée est du 19 septembre 1915 :

« Le capitaine Dubois, pilote à l’escadrille MF 45, très adroit et très courageux, demandant toujours à marcher, a, depuis son arrivée au front, plus de 200 heures de vol au-dessus de l’ennemi. S’est spécialisé dans le lancement des gros obus et a eu, au cours de ses opérations, son appareil souvent atteint par les projectiles ennemis. A attaqué les Drachen (ballons captifs) ennemis au moyen d’un dispositif inventé par lui et, malgré un feu violent dirigé contre lui, les a obligés à descendre précipitamment. »

« En septembre 1915, il fut nommé commandant d’une escadrille, région d’Arras. Voici un extrait de la décision du jour :

« Le capitaine commandant l’escadrille porte à la connaissance de l’escadrille le prochain départ du capitaine Dubois qui va prendre dans le Nord le commandement de l’escadrille MF 54. Ce départ est une lourde perte pour l’escadrille qui se trouve ainsi privée d’un brillant officier dont tout le monde a pu apprécier la modestie et le haut caractère. » (signé Van Duick, 25 septembre 1915)

« L’hiver devant Arras fut dur et difficile. Le capitaine Marcel Dubois se donna de toute son âme au combat et à l’exemple. Son escadrille reformée étant devenue l’escadrille MF 16, il l’entraîna spécialement aux bombardements de nuit. Le 24 janvier 1916, il fut décoré de la Légion d’honneur avec la citation suivante :

« Dubois (Marcel), capitaine de réserve, pilote à l’escadrille MF 16. Pilote remarquable et commandant d’unité hors pair, a fait preuve, dans des circonstances difficiles, de la plus belle énergie et du plus grand sang-froid. »

« En mai 1916, comme on préparait l’offensive de la Somme, l’escadrille fut envoyée à Grivesne. Il entraîna de plus en plus ses officiers aux bombardements de nuit, missions particulièrement périlleuses. Le 25 juillet 1916, il était cité à l’ordre de l’armée, en même temps que trois de ses officiers.

« Le capitaine Dubois (Marcel), commandant l’escadrille MF 16, escadrille d’armée, par ses qualité de chef et d’organisateur, malgré les pertes cruelles, a su faire rendre à son unité les services les plus considérables. A toujours donné le bel exemple, effectuant le premier les missions les plus périlleuses. »

« Marcel Dubois n’a pas connu sa dernière citation. Le 21 juillet 1916, à six heures du soir, il partit en reconnaissance au-dessus de Péronne avec un lieutenant observateur et accompagné d’un autre avion (3). L’appareil qui l’a accompagné l’a perdu de vue au-dessus de Péronne. D’un ballon captif français, on l’a vu attaqué par un Fokker infiniment supérieur en vitesse, venu du fond de l’horizon. Pendant plus de dix minutes, il soutint la lutte. Puis le biplan français s’affaissa. Le lendemain, nos officiers pouvaient saisir un radio allemand contenant le communiqué suivant : « L’Empereur a rendu hommage aux exploits du premier lieutenant baron von Althaus, qui a remporté près de Roye sur un biplan français une victoire, en lui conférant l’ordre pour le Mérite. »

« Plus tard on sut que les obsèques du capitaine Dubois et de son observateur avaient eu lieu le dimanche 23 juillet dans le cimetière de Roye avec l’assistance d’une délégation de vingt officiers allemands, du maire de la ville et d’un grand nombre d’habitants venus rendre un dernier hommage à leur valeur et à leur courage.

« Aujourd’hui, la tombe de Marcel Dubois, miraculeusement préservée pendant le bombardement de 1918, commémore son nom dans le cimetière de Roye à l’instant même où les ennemis, en l’inhumant, se sont inclinés devant lui. »

Louis de Launay, « Annales des Mines », tome 2 – 1922

Notes

(1) Plus précisément à Sotteville-lès-Rouen.

(2) Sa fiche indique qu’il a été affecté à l’escadrilles MF 45 le 15 avril 1915. Il a ensuite pris le commandemant de l’escadrille MF 54 le 27 juillet 1915. Enfin, il a été nommé à la tête de la MF 15 le 2 novembre 1915.

(3) Il s’agit du sous-lieutenant Georges Gounon, originaire des Basses-Alpes, domicilié au Mans.

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