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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

L’envol du général Alain de Maricourt

Créateur des commandos parachutistes de l’air, directeur de l’École de l’air, major général de l’armée de l’air, Alain Dumesnil de Maricourt a commencé sa carrière d’aviateur à Tours, en 1931.

Alain de Maricourt

Alain de Maricourt.

Il faudrait davantage qu’un article pour parler de la carrière du général de Maricourt. Ne serait-ce que pour aligner ses citations (six), ses  décorations (commandeur de la Légion d’honneur, Silver Star américaine notamment) et ses états de service qui font penser aux Croix de guerre des as de la Première Guerre dont le ruban s’allongeait au rythme des exploits : commandant du GB 1/32 Bourgogne puis de la 31e escadre de 1943 à 1945 avec lesquels il se distingue en Italie puis en Allemagne ; il commande deux fois l’École de l’air ; au Tonkin, il est à la tête du  groupement aérien tactique du Nord ; il quitte l’armée en 1961 alors qu’il commande les Forces aériennes tactiques.

Cette longue et prestigieuse carrière, c’est à Tours qu’elle a commencée, en mai 1931. Il a alors 22 ans. Après Saint-Cyr – promotion 1927 «  maréchal Gallieni » – , l’École d’application de l’aéronautique de Versailles et Avord où il a passé son brevet de pilote en décembre 1930, le  sous-lieutenant de Maricourt est nommé au 3e groupe d’observation du 31e régiment.

Le commandant Babinet l’affecte à la 12e escadrille, « l’escadrille des porcs-épics, ça me va bien » écrit-il alors. Il y découvre le Potez 25, « 180-200 km/h la queue par-dessus les plans ». Il y découvre également la vie tourangelle. Jusqu’en 1930, un officier doit sortir, le soir dans les rues de Tours, en grande tenue. Lorsque le sous-lieutenant de Maricourt arrive, le régime s’est libéralisé. Mais la liberté n’est pas totale pour les célibataires. Le colonel de Castel désigne une popote où les jeunes officiers doivent se retrouver pour le dîner. C’est la pension Duviella, rue ÉmileZ ola. Il y partage la vie des étudiants. Les paris également, comme de faire le tour d’un pâté de maisons du boulevard Heurteloup, complètement nu…

Comme d’autres officiers, il passe en avion sous le pont de fil. Il n’y a pas trop de place entre le tablier et les bancs de sable. « C’est complètement idiot, mais on a l’air gonflé. »

« On vole peu », regrette-t-il. « Toujours le même exercice de tir au camp du Ruchard, le même réglage d’artillerie à l’École de Poitiers, la même photo de la gare de Saint-Pierre-des-Corps, le même exercice de navigation sur l’immense triangle Blois – Vendôme – Tours. » Une fois par an l’escadrille fait mouvement sur Cazaux, pour s’entraîner au tir puis à La Courtine ou Coëtquidan où elle participe à des manœuvres interarmes. « Ce sont les meilleures périodes de l’année car le travail est sérieux. »

Nommé lieutenant en octobre, il passe à l’autre escadrille du 3e groupe, la 11e, six mois après. Il est alors désigné pour suivre un cours de  navigation aérienne auprès de la Marine nationale, à Brest. Il y apprend beaucoup de choses, « toujours passionnantes mais rarement utiles. La Marine met en effet l’accent sur la navigation astronomique, alors que nous sommes à l’aube de la navigation radioguidée. Sextants, éphémérides et carnet Bertin ne me serviront jamais, sauf un peu au Sahara, mais au sol. » Le stage se termine par un voyage d’application en Corse et en Tunisie. Il y découvre l’Afrique, elle l’attire.

Sorti major de Brest, il rejoint Tours où il est aussitôt chargé d’instruire les élèves mitrailleurs. « Ils ont en gros le niveau du certificat d’études et je les accable de trigonométrie sphérique, de coefficient de Poisson ou de corrections de Givry. Ils ne comprennent rien et je ne comprends pas qu’ils ne comprennent pas. » Pas de quoi lui faire oublier l’Afrique. En octobre 1933, il obtient son affectation au 37e régiment d’aviation pour participer aux dernières opérations au Maroc. C’est sur ce continent, sous son impulsion, alors qu’il est à la tête de l’armée de l’air en Algérie, que sont créés, en 1956, les commandos parachutistes de l’air n°10/541 et 20/541. Parce que, comme il le dira, « il est plus facile à un oiseau de marcher qu’à un serpent de voler ».

Didier Lecoq

Cet article a été publié dans le numéro 121 d’Alpha 705, la revue de la base aérienne de Tours.

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