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31e escadre de bombardement

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Passager sur un Meteor Mk 7 de Tours en 1954

Petite suite au vol réalisé par un journaliste de la Nouvelle République, début juillet à Tours. Ou plutôt un précédent. Petit retour en arrière, au lundi 8 mars 1954. Ce jour-là, la Nouvelle République donne un coup de projecteur sur la base aérienne de Tours – base aérienne 109 à l’époque – et la 30e escadre de chasse de nuit qui s’y trouve.

La base est alors commandée par le lieutenant-colonel Clausse et la 30e escadre par le commandant Rouquette. Celle-ci est équipée de seize biréacteurs biplaces Gloster Meteor NF-11, dotés d’un radar dans le nez, et de sept Gloster Meteor Mk 7, biplaces également, avec double commande. Sans oublier huit Dassault MD-315 Flamant pour l’entraînement au radar et autres petits avions de liaison (1).

Gilbert Donat, journaliste à la Nouvelle République, raconte la mission à laquelle il a pris part. Le pilote était le commandant Agnel. Ce pilote – accompagné cette fois de l’adjudant Choplain – a été victime d’un accident le 10 mai 1954, deux mois après la parution de l’article, accident sans gravité pour les deux aviateurs. En revanche, le Gloster Meteor Mk 7 F-UIMX, qui avait emmené Gilbert Donat, a été endommagé après s’être posé sur le ventre, à Notre-Dame-d’Oé, sur la voie de chemin de fer de l’autorail Tours – Vendôme. Il a été réformé.

Récit d’une journée qui a sans doute donné, à certains, envie de voler.

Didier Lecoq

(1) A la fin de l’année 1954, la BA 109 possédait 23 Meteor NF 11, sept Meteor Mk 7 et sept MD-315.

En chassant dans le coton à 800 à l’heure

Meteor Mk 7 F-UIMX

Gilbert Donat serre la main du commandant Agnel qui arbore, sur sa combinaison d vol, l'insigne du Lorraine. (Archives NR, photo Robert Lozelli)

Avec notre « Meteor 7 » nous ne provoquerons pas le « bang » fatidique, nous ne dépasserons pas le 900 à l’heure et les vitres de Tours ne trembleront pas.

Nous serons « Rosace Unité », le plastron (l’hostile). Un « Meteor 11 » – Rosace 10 – sera à nos trousses.

Sur l’air d’envol, un vent réchauffé aux neiges de l’Oural coupe le visage. Les turbines vrillent l’air de leur sifflement. Les mécaniciens vont enlever les cales. Le pilote jette un dernier coup d’œil à son passager coiffé du casque et du masque de l’inhalateur.

– Ne touchez à rien (vaine recommandation à un profane). Mais il reprend : sauf en cas de « pépin » à cette poignée jaune. Vous tirez, le cockpit s’éjecte, vous débranchez radio, oxygène et basculez le long de la carlingue.

– Merci !

Nous décollons les premiers. L’autre quitte le sol 20 secondes plus tard. Nous montons immédiatement à 4.000 pieds-minute (1.400 mètres). Le givrage des glaces nous interdit pour quelques instants la vue de la campagne tourangelle enveloppée dans la grisaille de l’hiver. Elle réapparait à l’échelle d’une carte routière.  Seule la Loire se détache avec sa patinoire argentée. La turbulence est moyenne. En haut, le ciel impeccablement bleu, la visibilité verticale excellente.

On s’installe entre 7.000 et 7.500 mètres. La température oscille entre – 50 et – 60. Dans la cabine, – 5. « Rosace 10 » apparait un court instant sur notre droite. Il est sensiblement à notre altitude.

Premier virage, à gauche, puis à droite, nous montons encore. Pendant plus d’une heure le gymkhana va se poursuivre.

– Tout va bien ? me demande le pilote. Oxygène ?

– O.K. (allez donc avouer que vous êtes un peu K.O. !)

Cette douce euphorie qui me gagne va durer une dizaine de minutes.

– Où sommes-nous ? Nous survolons une ville.

– Le Mans, Chartres, peut-être, répond désinvolte le pilote.

Et les virages se succèdent avec les variations d’altitude. L’autre nous court après.

– 45° à droite… 90, à gauche… plus haut… Nous suivons la manœuvre du chasseur. Nous sommes « dans son radar ». Nous lui échappons un court instant. Un mot aussi, peu conventionnel, a échappé au navigateur.

Il nous reprend. Il est sur nous.

– Contact, lance le navigateur. Le commentaire sec qui suit précise la menace : légèrement à gauche… plus haut… Notre ennemi diminue sa distance. Il n’est plus qu’à 500 mètres, 400, 300…

– Visuel, crie le pilote qui lâche sa rafale et annonce : « murder ». Seule la petite « poignée jaune » peut nous tirer de là !

Entre Alençon, Angers et Blois, l’interception réussira cinq fois.

Mais « Rosace 10 » signale : appareils à 30° à gauche. Et deux « Thunderjet F 84 » de la base de Cognac nous brûlent la politesse. Nous ne volons qu’entre 750 et 800 !

Piqué, nous basculons dans la brume. Oh ! les oreilles, les tympans qui collent, l’infernale sarabande des cercles devant les yeux ! La tête qui se vide…

Ouf !ça va mieux. Le pilote stabilise vers 1.200 mètres. Nous perçons juste au-dessus de l’hippodrome. Un coup de frein et le dernier passage au-dessus de Tours à un petit 400. Et voilà la piste. Le commandant Agnel sort le train d’atterrissage. Le ciment monte à une allure vertigineuse. Notre « Météor » se pose en souplesse à 250 à l’heure et roule encore 1.200 mètres.

C’est fini. Déjà !

Gilbert DONAT


Une réponse à to “Passager sur un Meteor Mk 7 de Tours en 1954”

  • GERARD LOZELLI:

    Merci d’avoir rappeler le nom de mon père pour la photo.
    Je possèdes une autre photo du Gloster Météor.
    j’ai également plusieurs photos de différents meetings à Parçay-Meslay.

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