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Jean Demozay l’a en travers de la gorge

Jean Demozay

Jean Demozay. (document France-Libre.net)

La guerre à peine terminée, les héros n’étaient plus les bienvenus sur les bords du Cher. La partie de pêche de Jean Demozay, dans le Cher, n’y a pas échappé.

Samedi 21 juillet 1945. Au bord du Cher, près de Bléré. Jean Demozay, plus connu sous son nom de guerre « Morlaix », s’accorde quelques instants de détente. Il pêche. La guerre est terminée. Il l’a commencée au bas de l’échelle pour la finir colonel. Il ‘a été interprète auprès d’aviateurs britanniques et a terminé troisième as de la chasse française (18 victoires sûres, deux probables). Il fait partie de la petite équipe de pilotes français qui ont participé à la Bataille d’Angleterre. Il est le premier Français à avoir été nommé à la tête d’une escadrille anglaise (Flight A du Squadron 91) ; le premier à recevoir une « bar » à sa DFC. Il est compagnon de la Libération depuis le 30 juin 1941. Il a dirigé le groupement Patrie chargé d’appuyer les FFI dans le sud-Ouest au moment de la Libération.

Jean Demozay demeure à la Grisolette, à l’ouest de Bléré, au bord du Cher. Cette rivière, coupée par des barrages à aiguille, doit lui rappeler davantage les étangs de Sologne – où son père était administrateur de propriétés – que la Loire au bord de laquelle il a vécu, à Nantes puis à Beaugency (Loiret). Les éclusiers de Dierre – où se trouve l’actuel aéroport d’Amboise – ont également mis des lignes à tremper, pas très loin. C’est donc que ce n’est pas interdit, croit-il.

Surgissent trois hommes à vélo qui commencèrent à hurler dans sa direction. « Le langage était tel que je n’ai pas cru qu’ils s’adressaient à moi ». Convoqués séance tenante, Jean Demozay et son frère ne bougèrent pas, faute de savoir à qui ils avaient affaire. « Ils nous dirent qu’ils étaient des gardes des eaux et forêts et qu’ils allaient nous faire venir avec un revolver. » Son identité et sa fonction en auraient adouci plus d’un. Pas ces trois-là, semble-t-il. « A l’énoncé de mon nom, ils se lancèrent dans une série d’invectives, contre moi et l’armée en général. Ils me dirent : vous, on vous tient. Vous allez voir ce que cela va vous coûter. Vous allez voir ce que vous allez payer ». Jean Demozay n’a pas apprécié l’altercation. Comme une arête en travers de la gorge. Il l’a écrit au préfet d’Indre-et-Loire. « Je proteste pour la forme employée car mon frère et moi ne nous sommes pas départis de notre calme. Leurs derniers mots furent : allons boire une coup. »

Après les Lysander du SOE et les FW-190
Azay-sur-Cher

Azay-sur-Cher avant-guerre. Le point jaune marque l'emplacement du hangar allemand. Le chemin, à gauche, mène au château de la Bourdaisière. (Collection Didier Lecoq)

Jean Demozay était sur les bords du Cher depuis le mois de juin 1945. Il avait été nommé à la tête du groupement des écoles n°1 implanté à Azay-sur-Cher et dont l’état-major était au château de la Bourdaisière. L’école de réentraînement des moniteurs de Tours dépendait de ce groupement. Comme souvent en Touraine, l’armée de l’air française s’est installée où était la Luftwaffe. Ce terrain était celui du I./SKG 10 (1) qui a mené des attaques sur les troupes alliées après le débarquement en Normandie, avec ses Focke Wulf 190 G3 et G8, de la fin juin au début août 1944 (2). La vallée du Cher offrait des prairies utilisables et suffisamment d’arbres pour camoufler les avions. Le groupement des écoles n°1 a d’ailleurs récupéré le petit hangar allemand (3). Le lieu devait être de choix puisque le SOE britannique avait opté pour une prairie située à quelques centaines de mètres à peine, un peu plus à l’est mais toujours sur le territoire d’Azay-sur-Cher, pour que les Lysander viennent y déposer des agents. Nom de code : Grippe LZ. Ce fut le premier terrain retenu par Henri Dericourt. Le premier atterrissage « au clair de lune » s’est déroulé en juillet 1943. C’est de ce terrain que Dericourt et sa femme ont regagné l’Angleterre en février 1944.

La présence d’avions français dans la vallée du Cher, alors que la guerre venait juste de se terminer, n’était pas du goût de tous. Une note adressée au préfet d’Indre-et-Loire le 22 juin – sans doute écrite par les Renseignements généraux – est explicite : « On murmure que les officiers français semblent avoir hérité des Allemands le goût des habitations confortables et que cette réquisition de terrains n’est qu’un prétexte pour mener plus facilement la vie de château ». Pas facile d’être un héros…

Mais revenons à Jean Demozay et à ses gardes. L’affaire n’est pas allée plus loin. Les trois gardes ont donné une autre version de l’algarade et Jean Demozay n’était déjà plus là lorsqu’il a été question d’une confrontation. Le groupement des écoles n°1 a quitté Azay-sur-Cher en octobre 1945. Commandant en second des écoles, Jean Demozay a trouvé la mort près de Buc, le 19 décembre 1945, dans un accident d’avion. Il avait 30 ans. Il repose à Beaugency.

Didier Lecoq

Jean Demozay

La signature de Jean Demozay (Morlaix) et son tampon du groupement des écoles n°1

Un accident a eu lieu sur ce terrain le 28 juillet. Le sergent Pierre Coutou, mécanicien, a eu le bras fracturé par l’hélice du MS-501 n°159. Un couple qui habite près du terrain nous a d’ailleurs montré les lieux. Ils ont même eu droit à un vol, avec d’autres personnes d’Azay-sur-Cher. Peut-être en Ju-52.

La Boudaisière, à Montlouis-sur-Loire

La Bourdaisière, à Montlouis. (Didier Lecoq)

 

Notes

(1) I./SKG 10 : Schnellkampgeschwader 10 (littéralement, escadre de combat rapide). Il s’agissait de chasseurs convertis au bombardement tactique.

(3) Lire « La Luftwaffe attaque à l’Ouest » de J.-B. Frappé, aux éditions Heimdal.

(2) Il a, semble-t-il, été remonté ensuite sur la base aérienne au profit de l’Aéro-Club de Touraine. Sur des photos de l’IGN de 1949, « l’empreinte » du hangar est encore visible.

En savoir plus sur Jean Demozay

Sur le site des compagnons de la Libération www.ordredelalibreation.fr

Sur le site de la France Libre www.France-Libre.net

L’implantation des terrains d’Azay-sur-Cher, sur Google Maps


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Azay-sur-Cher sur une carte plus grande

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