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Avec Roger Parodi, la Patrouille n’était pas encore de France

Lorsque la Patrouille de France est venue à Tours voici quelques années, les pilotes se sont donné rendez-vous chez Roger Parodi. Leur grand ancien – Ahmed, dans l’armée de l’air – a appartenu à la Patrouille d’Étampes en 1948 et 1949.

Roger Parodi

Roger Parodi, seul en piste lors du meeting de Pierre-de-Bresse, aux commandes du Stampe n°679.       (Collection Dan Gilberti, Histavia21)

La Patrouille de France fête ses 60 ans. Ou plutôt les 60 ans de son baptême, le 16 mai 1953 lorsque Jacques Noetinger, lors du meeting  national d’Alger, annonça la Patrouille de l’armée de l’air : « Et voici la Patrouille de France ». Le nom lui est resté.

La PAF est l’héritière d’une longue tradition – à l’échelle de l’aviation – commencée avec la Patrouille d’Étampes en 1931 ; qui a eu une seconde naissance en 1946 avec la Patrouille des moniteurs de Tours qui, en 1947, est redevenue la Patrouille d’Étampes quand elle a quitté la Touraine pour la Seine-et-Oise (1).

Trait d’union de la Patrouille d’Étampes avant et après-guerre, Roger Perrier a fait partie des deux. Il a reconstitué celle-ci à Tours (2).

C’est quoi cette patrouille…

Plus de soixante ans après, Roger Parodi ne connaissait toujours pas la réponse. Qui a bien pu avoir l’idée de l’affecter à la Patrouille d’Etampes en 1948 ? Il volait alors sur P-63 Kingcobra, à la 5e escadre de chasse à Bizerte. Sa trinité était limpide : l’escadrille, la chasse sous-marine et le football. « Et tout d’un coup, on me dit que je suis muté à l’escadrille de présentation de l’armée de l’air n°58. » La Patrouille d’Étampes ? Le commandant Dugit-Gros était le premier étonné :

– « C’est toi qui as demandé à être muté ? »
– « Pas du tout.  Je ne sais même pas ce que c’est, cette patrouille. Et je ne sais même pas où c’est, Mondésir… »
– « Tu ne veux donc pas y aller ? »
– « Non, je suis bien ici en escadre. »

Répit de courte durée. « Cela se passait juste après avoir joué un match de football avec l’US Bizerte. J’avais d’ailleurs pris un bon ramponneau. » Fin de partie. « Le commandant d’escadre a reçu la réponse avec le numéro de mon vol à El Aouina pour rejoindre la France. » Ses camarades avaient acheté une paire de chaussons, en avaient coupé un pour son pied blessé. Et c’est ainsi que le 7 février 1948, un C-47 emmenait Roger Parodi de Tunis au Bourget : « En plein hiver en France, j’arrivais en gabardine, la chemise ouverte et ma pantoufle. J’avais l’air d’un clodo. » Autre problème à résoudre : rejoindre Mondésir. A la gare d’Austerlitz, il remarque des aviateurs et leur demande comment on y va. « Je suis muté là-bas, leur dit-il. A la patrouille de présentation de l’armée de l’air ». Instant de doute pour Roger Parodi. « Ça m’étonnerait, lui dit l’un des aviateurs, car il n’y a que des officiers chez les pilotes à la Patrouille d’Étampes. On t’a sans doute fait un tour de con. » Et à la 5e escadre, on s’y connaissait…

Le commandant Perrier dit Oin-Oin

« Quand je suis arrivé à la Patrouille, poursuit Roger Parodi, ils étaient tous en train de jouer au menteur.  “ Vous voilà enfin ”, m’a-t-on dit. » Roger Parodi était dans ses petits souliers. « J’étais sergent et ces gars-là étaient tous lieutenants ou capitaines. Je n’en voyais pas un qui pouvait me donner un coup de main. » Mais le commandant Perrier qui le reçoit, le met à l’aise : « “ Le repas, vous le prendrez avec nous ”, me dit-il… Ce n’était pas un tour de con. »

Le commandant Perrier

Le commandant Roger Perrier, dans son Stampe. Il a connu la Patrouille d’Etampes avant et après la guerre. (Origine Le Flecher, via Didier Lecoq)

« Ce gars-là, c’était une merveille », assure Roger Parodi, bien des années plus tard. Comme pilote et comme chef. « Pour nous entraîner, il passait sur le dos et nous faisait signe, de l’index, de nous rapprocher de lui. Quand ce n’était pas lui qui venait se mettre en patrouille sur vous ! Un jour, je l’ai vu passer sur le dos près du sol. Sur le parking, il y avait un Ju-52. Perrier était si bas que j’ai vu l’aile du Ju au travers les deux ailes du Stampe », se souvient-il, admiratif.

Le commandant Perrier veillait sur ses pilotes, sans jouer les gardes-chiourme. Roger Parodi en témoigne. « J’avais dit à un mécano de me prendre en photo quand j’arrivais sur le dos, près du sol, au travers du but de football. Vous imaginez la photo pour un passionné de football comme moi ! Le problème, c’est qu’à Étampes  le grillage était près du but. Il fallait que je saute le grillage et je n’avais pas le temps de me placer dans la perspective du but. » Après plusieurs tentatives vaines, Roger Parodi décidait de se poser. Le commandant Perrier était là, les deux mains dans le cuir, qui de sa voix traînante et nasillarde – il était surnommé Oin-Oin – était venu en parler à Parodi :

– « Alors, ça y est, on se l’est fait ? », demanda le commandant Perrier

– « Ça ne passe pas », lui répondit Parodi.

– « Si vous aviez continué, c’était le cimetière. C’est comme ça qu’on se tue », ajouta le commandant Perrier.

– « Vous vous rendez compte de la photo, là… »

– « Vous prenez vos poteaux de foot et vous les installez au milieu du terrain. Là, il y a de la place », termina Perrier, compatissant.

En patrouille avec Michaux et Le Flécher

Son éducation de pilote de la Patrouille, le sergent Parodi l’a faite avec le lieutenant Maurice Guido, ancien du Normandie-Niemen (quatre victoires), qui lui a tout de suite annoncé la couleur : « “ Vous allez souffrir ici ” », m’a-t-il dit quand je suis arrivé. Mais moi, cela ne m’intéressait pas leur affaire. »

– « Parce qu’ici, une boucle ce n’est pas une olive ; la voltige, ce n’est pas de l’acrobatie, c’est de la voltige. Si tu n’es pas capable de faire cela, tu prends tes cliques et tes claques et tu rentres chez toi »…

– « Je lui ai répondu : moi, je repars tout de suite. J’ai la pêche qui m’attend à Bizerte »…

Roger Parodi est resté. Deux saisons. Il a fait patrouille avec les lieutenants Alain Michaux (3) et Loïs Le Flecher. En 1948, les deux autres patrouilles étaient ainsi consitutées : Guido – Monfort – Ménard ; Perrier – Darbois – Kerguelen. Le Guennec était le spécialiste d’Adémaï, sur le MS-315.

Roger Parodi, Alain Michaux et Loïs Le Flecher, au meeting de Caen, en juin 1948. (Orifine Le Flécher via Didier Lecoq)

Roger Parodi, Alain Michaux et Loïs Le Flecher, au meeting de Caen, en juin 1948. (Origine Le Flécher via Didier Lecoq)

Roger Parodi a fait une dizaine de meetings par an, dont un aux Pays-Bas (4). Le reste de l’année était occupé à s’entraîner, sur les Stampe SV-4 de la Patrouille mais aussi sur les monoplaces de chasse : les anciens Yak que le Normandie-Niemen avait ramenés d’URSS en 1945, et les Dewoitine D-520 dont certains biplaces (DC-520) qui les ont suivis depuis Tours (5).

Tous les pilotes de l’armée de l’air étant appelés à faire un tour en opérations en Indochine, Roger Parodi a préféré le faire avant de se marier. « Tout le monde m’a dit que c’était une erreur. A commencer par Perrier qui m’a accompagné à la gare ». Bien des années après, Roger Parodi reconnait que c’était une erreur. Il n’a pas conservé un bon souvenir de son passage au Normandie-Niemen, en Indochine.

Il y a croisé le commandant Perrier qui avait quitté sa Patrouille pour l’état-major à Saigon. Lorsque la relève est arrivée à Tourane où il avait été exilé avec quelques avions, il a eu la surprise de voir débarquer Loïs Le Flecher, son compagnon de Patrouille, venu le remplacer. Le Neu-Neu a quitté l’Indochine pour Oran ; Roger Parodi a quitté le Neu-Neu pour l’école de chasse à Meknès, sa ville natale. Ahmed, c’était son surnom dans l’armée de l’air, a formé les futurs pilotes de chasse, des aviateurs mais aussi beaucoup de marins. Il a même mis sur pied une patrouille de T-33, en 1953, avec comme ailiers Georges Commenoz et un autre ancien de la patrouille d’Étampes, Marcel Charollais. En 1961, il a rejoint la Touraine avec l’école de chasse. Mais c’est une autre histoire. Pour plus tard.

Didier Lecoq  

Plusieurs Tourangeaux – de naissance ou d’adoption – ont volé avec cette nouvelle Patrouille d’Etampes : Roger Parodi (1948 – 1949), venu du Maroc avec l’école de chasse et qui n’a pas quitté la Touraine depuis ; Loïs Le Flecher (1948-1949) qui a pris sa retraite dans le Véron où il est décédé en  2006 ; Baptiste Claveau (1949-1953), né à Charentilly, qui a effectué plusieurs passages sur la base de Tours, à l’école des moniteurs (1947) et au CER 311.

Notes

(1) Lorsque la patrouille a quitté Tours, elle ainsi était composée : capitaine Perrier, capitaine Louveau, lieutenants Michaux, Guido, Le Guennec, Kerguelen, sergent-chef Darbois (nommé sous-lieutenant en août de la même année).Un autre pilote aurait pu (dû ?) les suivre, le lieutenant Lucien Saulais, victime d’un accident le 6 juillet 1947, lors du meeting de Dijon, sur un MS-315 d’aéro-club. Côté avions, la patrouille a quitté Tours en emportant les Stampe SV4-A n° 3, 4, 5, 7, 8, 9 ,10,auxquels se sont ajoutés les 11 et 12. Le Stampe SV4-A n°10 a été détruit par Jean Baptiste Claveau le 26 février 1953, à Étampes.

(2) Il demeurait au Grand-Echeneau, à Vouvray. A la Patrouille des moniteurs de Tours, il était surnommé L’Amiral.

(3) C’est avec le lieutenant Michaux que Roger Parodi a effectué sa première séance de voltige à Étampes, le 8 février 1948, en double commande sur le Stampe n°8. Il a ensuite volé, toujours en double commande avec Guido puis Kerguelen avant d’être lâché le 17 février. Moment important, la première patrouille dos, le 24 mars, toujours sur le n°8.

(4) Caen, Laval, Villefranche-sur-Saône, Luxeuil, Les Breviaires, Montech, Pierre-de-Bresse, Reims et Moissac en 1948 ; Cherbourg, Falaise, Bordeaux, Montauban, Alençon, Bernay, Carpentras, Le Tréport, Ypenburg (P.-B.) et Saint-Auban en 1949. Avions les plus utilisés : le 7 (SV4-B), le 679 (SV4-A) et le 683 (SV4-A).

(5) Le dernier D-520 de l’armée de l’air, le 474, a été convoyé le 2 septembre 1953, d’Étampes à Cherbourg par Jean Baptiste Claveau.

De gauche à droite : Guido (de dos), Montfort (avec la règle), Le Guennec et Richard. (Origine Le Flecher via Didier Lecoq)

De gauche à droite : Guido (de dos), Montfort (avec la règle), Le Guennec et Richard. (Origine Le Flecher via Didier Lecoq)

 Merci à Dan Gilberti pour sa photo de Roger Parodi.

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