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La coupe Pommery fait tourner la tête des aviateurs

Son règlement est simple : il faut parcourir la plus longue distance entre le lever et le coucher du soleil. La coupe Pommery a suscité bien des convoitises. Condamnée par les progrès techniques des avions, la tricherie de Maurice Guillaux a accéléré sa disparition.

Maurice Guillaux

L’aviation n’a pas décollé en France par la seule force des ingénieurs et de ses pilotes. Plusieurs mécènes ont su mettre de l’essence dans son réservoir : Ernest Archdeacon, Lazare Weiler, Henry Deutsch de La Meurthe, les frères Michelin ainsi qu’un grand nom du champagne, la maison Pommery.

En créant la coupe qui porte son nom, Pommery a lancé les pilotes à l’assaut des records. Le règlement de la coupe est simple. Il s’agit de couvrir la plus longue distance possible entre le lever et le coucher du soleil, en ligne droite. Deux primes de 15.000 F sont distribuées deux fois par an. La première récompense le vainqueur au 30 avril, la seconde le vainqueur au 31 octobre.

Pendant trois années pleines (1911 à 1913), la coupe Pommery  a permis aux pilotes – des Français essentiellement – de faire avancer l’aviation. La progression a été si rapide que l’épreuve a vite atteint ses limites, le coup de grâce étant donné par une tricherie qui lui ôtera tout crédit. La dernière édition, en  1914, a tourné court. La guerre s’est chargée d’en effacer les dernières traces.

1911 voit le double succès de Jules Védrines qui prépare la course qu’il gagnera : Paris – Madrid. Il réussit d’abord Paris – Poitiers lors de la première prime. Puis Paris – Angoulême lors de la première étape de Paris – Madrid. Roland Garros aurait pu prétendre à la victoire car il avait fait le même parcours avant Védrines, toujours lors de Paris – Madrid. Mais Roland Garros n’était pas engagé dans la coupe Pommery…

L’histoire s’accélère en 1912. Premier en piste, Maurice Tabuteau. « Paris-Pau et Pau-Paris sont devenus des parcours classiques de l’aviation naissante, mais, ni dans un sens ni dans l’autre le parcours n’a été effectué en une seule journée, raconte-t-il dans sa correspondance publiée par son petit-fils Denys (1). Depuis deux mois, je suis resté en contact avec la météorologie nationale et M. Coutereau, son prévisionniste précurseur. Je lui demande de m’avertir la veille du jour où s’établira un bon vent du sud-ouest dans les 40 à 50 km/h. »

Les parcours de la coupe Pommery

L’idée de Maurice Tabuteau est simple, évidente aujourd’hui : il ira plus vite avec le vent dans le dos. Le 11 mars 1912, le Parisien relie Pau à Paris en cinq heures de vol effectif avec un Morane à moteur Gnome 50 ch. Il fait escale à Poitiers pour le faire le plein. Il est arrivé trop tôt, personne n’est là pour l’attendre. « Je repars par beau temps et moins de vent ; mon voyage à bonne altitude est sans histoire mais peu avant la Loire, mon Gnome perd un de ses cylindres. Sûrement une bougie encrassée ! Mais je ne connais pas de terrain où l’on puisse me dépanner avant Étampes. » Son passage ne passera pas inaperçu, notamment à Amboise.

Guillaume Busson à Tours

Presque dans la foulée suit Guillaume Busson, le 18 mars 1912. « Ce matin à la première heure se répandait en ville que l’aviateur Busson, concourant pour la coupe Pommery, allait descendre à Tours, venant de Pau. Peu après nous recevions le télégramme nous confirmant le départ de l’aviateur qui avait pris l’air à 5 heures 40 par temps calme, rapporte La Dépêche. Grâce à l’obligeance de MM. Rolland et Pilain, les propriétaires de la marque d’automobiles si appréciées aujourd’hui, nous nous transportions aussitôt avenue de Grammont. Dans la grande prairie qui s’étend en face de l’ancienne usine Le Sourd, l’appareil devait venir atterrir. Et l’attente commença, les pronostics les plus audacieux ne prévoyaient pas l’arrivée avant 10 h 30 au plus tôt. Mais l’heure passa, les sportsmen de plus en plus nombreux affluaient à Grammont où, sans nouvelles, on piétinait dans l’attente. Enfin, vers midi, on annonça qu’une dépêche de Poitiers déclarait que l’aviateur n’aurait pas été signalé. On en conclut que Busson était descendu en rase campagne, par suite de panne, et on reprit la route de Tours. Mais alors que tout le monde partait, on entendit le ronflement d’un moteur et l’on vit un grand oiseau qui approchait. C’était Busson qui arrivait.

« A midi 10 exactement, il atterrissait sans incident à 300 mètres du pont du Sanitas où il était chronométré. L’aviateur malgré des ondées successives et copieuses, était très frais et paraissait de bonne humeur. A 1 heure nous le retrouvions au guichet du télégraphe, rue de Clocheville d’où il expédiait une série de dépêches. Il nous raconta que depuis son départ de Pau, il n’avait pas été favorisé par le temps.

Je suis néanmoins satisfait, nous déclara-t-il, car je me suis adjugé la coupe Pommery en arrivant à Châtellerault. Cette coupe était détenue par Védrines.

– Comptez-vous repartir bientôt pour Paris ?

– Je vais d’abord me reposer puis si le ciel se remet au beau, je repartirai peut-être.

« Et, tout souriant, il quitta le bureau du télégraphe. Guillaume Busson repartira aussitôt vers Paris. »

Les tentatives les plus sérieuses ont lieu le dernier jour. Le 30 avril, René Bedel quitte Villacoublay, sur le même type d’appareil que Tabuteau, un Morane 50 ch.  A 6 h 20, il se pose sur le terrain de manœuvres de Larçay après, comme il l’indiquera, avoir « beaucoup souffert du froid et affronté une bourrasque de neige. » Bedel atteint Biarritz soit 750 kilomètres. « Pendant le voyage, il a dû voler à une hauteur de plus de 1.000 mètres. Il a eu froid et a rencontré de la neige entre Tours et Angoulême », notent les journaux tourangeaux. C’est ce mauvais temps qui le pousse à ne pas continuer vers l’Espagne.

Pierre Daucourt, ancien élève de Pontlevoy. (Didier Lecoq)

Le même jour, la même épreuve voit un autre pilote traverser la Touraine, sur un parcours totalement différent. Qui plus est, Maurice Prévost n’était pas seul. Il est parti de Nancy en compagnie de M. Besnard, ancien directeur de l’école d’aviation de Reims.  Maurice Prévost pilote un Deperdussin à moteur Gnôme 100 ch. Son premier atterrissage a lieu à Savigny, près de Sens. Il en effectue un second à Ligny-le-Ribault, en Sologne, à cause de problèmes avec les bougies. Il atterrit à Tours, dans la prairie située en face l’usine Lesourd, à 10 heures 52. A 14 h 30, il est aux Sables-d’Olonne. Mais avec 730 kilomètres, il est devancé par Bedel. Ce n’est pas dans cette discipline que Maurice Prévost se fera un nom. Son royaume est celui de la vitesse.

Le samedi 31 août, Léon Bathiat se pose à Château-Renault, près du nouvel hôpital. Il vient de Calais. Un atterrissage imprévu provoqué par une panne d’essence. Il achète également cinq litres d’huile de ricin chez un pharmacien. Son Sommer monoplan en état, il reprend la direction du sud-ouest pour atteindre Contis, dans les Landes : soit 800 kilomètres. Pierre Daucourt faisait mieux le 6 octobre : 852 kilomètres entre Valenciennes et Biarritz avec des escales à Buc et à Poitiers. Valenciennes – Biarritz, la coupe commence à se sentir à l’étroit dans l’Hexagone. Pierre Daucourt n’est pas inconnu en Touraine. C’est le premier pilote breveté à Pontlevoy – renommé « aérodrome de Touraine »  depuis son rachat par un membre de l’Aéro-Club de Touraine, M. Roberthie.

Le coup de grâce

1913 marque la fin de la coupe Pommery. Le 26 avril, Louis Janoir, parti de Biarritz, se blesse grièvement en se posant à Sanxay, dans la Vienne. Louis Janoir avait animé le meeting de Montrésor l’année précédente. Une cinquième prime marquée par de beaux raids : Paris – Berlin (900 km) par Pierre Daucourt ; Paris – Medina de Campo, en Espagne, par Eugène Gilbert (1.050 kilomètres) dont Paris – Vitoria (800 kilomètres) sans escale ; et enfin Biarritz – Kollum (1.253 km) par Maurice Guillaux qui remporte la prime. Le problème, c’est qu’avec de telles distances, il n’y a plus personne pour voir les pilotes atterrir. Les premiers doutes apparaissent.

Sixième et dernière prime. Elle revient à l’un des grands pilotes d’avant-guerre, Marcel Brindejonc de Moulinais. Celui qui sera surnommé « l’aviateur des capitales » stupéfie le monde avec un raid Paris – Varsovie (pour la coupe Pommery) qu’il prolonge, atteignant Saint-Pétersbourg puis Stockholm, Copenhague, La Haye et enfin Paris soit 5.000 kilomètres en vingt-deux jours !

Mais revenons à la coupe Pommery. Fin août, Maurice Guillaux est parti de Biarritz, direction Bruxelles puis l’Allemagne. Sur son Clément-Bayard entièrement métallique, il se pose à Brackel soit 1386 kilomètres. Quatre de mieux que Brindejonc des Moulinais !

Le Clement-Bayard Métaillique de Maurice Guillaux. (Didier Lecoq)

Trop c’est trop. Sa performance, réalisée avec un avion ne disposant que d’un moteur Clerget de 50 ch, est remise en question. Une enquête menée par le père de Bindejonc des Moulinais l’accuse  d’avoir joué sur le nom de la ville pour gagner cinquante kilomètres. Il se serait posé à Brockel et non Brackel. La Ligue nationale aérienne a écrit aux bourgmestres de ces deux villes qui ont confirmé qu’il s’agissait de Brockel. Du coup, Bindejonc des Moulinais remporte la prime et Maurice Guillaux est interdit de coupe Pommery pour dix ans.

Lors de son passage à Tours en mai 1913, après Biarritz – Kollum, la Dépêche a publié un article qui fleure bon le faire-part : « Nous sommes heureux d’annoncer que Guillaux, le glorieux vainqueur de la Coupe Pommery, est un enfant de Touraine. Né à Montoire, il compte encore de nombreux parents à Tours, Rochecorbon et Vouvray. » Dans son édition du 11 novembre, en forme d’avis de décès, Guillaux n’est plus m^me plus tourangeau…

L’histoire de la coupe Pommery s’arrête là. Il y a bien une tentative en 1914. Elle n’intéresse plus personne. Depuis qu’Adolphe Pégoud a bouclé la boucle, l’heure est à l’acrobatie voire aux raids sur plusieurs jours. Cinq pilotes sont inscrits : Marc Bonnier, Pierre Verrier, Louis Pierron, Geo Chemet et Maxime Lenoir. Celui-ci, jeune breveté, fait bien une tentative avec un Blériot dépassé. Il s’arrête chez lui, à Chargé, à deux pas d’Amboise, pour une séance de voltige. Les aviateurs et le public ont une nouvelle religion : « looping the loop ».

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2004

Les primes

28 mars 1911 : Paris – Poitiers par Jules Védrines (Morane, moteur Gnôme 50 ch), 293 km.

22 mai 1911 : Paris – Angoulême par Jules Védrines (Morane, moteur Gnôme 50 ch), 400 km

30 avril 1912 : Villacoublay – Biarritz par René Bedel (Morane, moteur Gnôme 80 ch), 750 km.

6 octobre 1912 : Valenciennes – Biarritz par Pierre Daucourt (Borel, moteur Gnôme 50 ch), 852 km.

27 avril 1913 : Biarritz – Kollum par Maurice Guillaux (Clément-Bayard, moteur rotatif Clerget 50 ch), 1229 km.

10 juin 1913 : Villacoublay – Varsovie par Marcel Brindejonc des Moulinais (Morane, moteur Gnôme 80 ch), 1382 km.

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