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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Rallye et tourisme pour Air Touraine chez Randolph Trafford

En 1937, Richard L’Estrange Malone et Randolph Trafford remportent le Rallye des Grands Vins de Touraine organisé par Air Touraine. Fin août, trois avions ont répondu à l’invitation des pilotes britanniques. La mère de René Roncin en a fait le récit pour la revue du club. C’est cet article que nous reproduisons.

Rallye de Lympne et de Galles (28-30 août 1937)

René Roncin.

« Du baptême de l’air au voyage d’Angleterre, il y a un petit saut ; le saut du « Canal » auquel je me décide avec le sourire. Mais à toute initiation, il faut une épreuve ; celle-ci consista dans l’attente. Levés à 6 heures du matin par un temps splendide, nous ne décollerons qu’à 2 heures de l’après-midi, l’implacable météo boudant nos projets.

« N’importe, il faut partir, notre premier équipage, Le Léopard (1), de M. et Mme Parâtre, ayant déjà pris son essor et montré à ceux qui seraient tentés de rester, que les promesses, même celles inscrites dans les nuages, ne tiennent pas toujours.

« L’Aiglon (2), piloté par M. Lévy, et le F-AMYZ (3), piloté par mon fils René Roncin, passagers : M. Alfred Moreau et moi-même, tourne à son tour. On vérifie sa bourse, ses bagages et l’état d’esprit de « Nounourse », le fétiche de l’escadrille qui, impassible, tend sa tête et ses poings de peluche où brille l’Union Jack, et un drapeau tricolore. Tout va bien jusqu’à la mer, et même au-delà, puisque cette traversée de la Manche, ne prend guère plus de temps à nos appareils que celle de la Loire à un piéton nonchalant. « Nounourse » avait raison, il faut toujours garder son sang-froid.

Le Caudron Aiglon de Marcel Lévy, à Tours. (Photo Robert Bézard/ collection Jean-Pierre Bézard)

« Notre atterrissage à Lympne, au milieu des avions et des autogyres qui accourent au rallye, nous cause davantage d’inquiétude. Mais tout de suite, le bon sourire de M. Malone, et les grands gestes de bienvenue des membres du York Flying Club, nos hôtes d’hier, nous rassurent. Guidés et étiquetés par eux, nous filons vers le cottage du « Sacha Guitry d’Angleterre », Noël Coward, et la réception du « Barbecue ». Savez-vous ce que c’est qu’un « Barbecue » ? Figurez-vous, au milieu d’un jardin éclairé de grosses lanternes vénitiennes une tente dressée, et sous cette tente des tables garnies de « gâteaux gélatineux » qui tremblent au son d’un orchestre, tandis que dehors, une file impressionnante de cuisiniers surveille des moutons entiers qui cuisent à la broche, sur de grands feux de bois. On avale une tranche de rôti chaud, on danse en attendant un morceau de pain qui ne vient pas…, charmante réunion où les coutumes de la Vieille Angleterre s’allient aux mœurs des sauvages de la Prairie, et qui laisse à chaque convive un bout de ruban bleu, sur lequel se détache, en lettres noirs, le mot énigmatique : « Barbecue ».

Randolph Trafford et son Gypsy Moth. (collection James Baxendale)

« Le lendemain, nous étions les invités de Mr Trafford sur son aérodrome de Michaelchurch. C’était un calme dimanche d’Angleterre avec le soleil de France. L’enchantement du voyage commençait. D’abord sur le terrain de Lympne, une rose en bois gravée il est vrai, mais qui rappelait les prouesses d’York, fut offert à M. Paratre, notre premier pilote, pour décorer l’une des salles du nouvel aérogare de Tours. Sous le signe de la rose d’York, nous nous envolâmes vers le pays de Galles bientôt suivis par M. Legendre de Dieppe, M. et Mme Deveau, de Genève et deux équipages allemands. Jamais Michaelchurch n’avait vu un tel concours d’ailes et, pour la commodité de l’atterrissage, nous fûmes priés d’abandonner notre Farman à Heston et de poursuivre la raid dans le bimoteur Short à 5 places à M. Malone.

« Réceptions, dîners officiels ou privés, thés, cocktails, re…cocktails, comment voulez-vous qu’on ne s’égare pas dans cet accueil généreux, dont le programme imprimé que j’ai sous les yeux, porte sur sa couverture, à côté du blason et de la devise des Trafford, une vue de Michaelchurch Court, dans un décor de théâtre ? C’est bien cela, un décor le plus authentique et le plus romantique décor qui se puisse imaginer, avec des serviteurs galonnés, des portraits de famille, des tapisseries, des trophées de chasse, des oiseaux rares et surtout des fleurs dans des halls profonds comme des églises, et dans des jardins que prolonge une campagne toujours verte, agrémentée de ruines, comme sur les tableaux d’Hubert Robert, animée de troupeaux, comme sur les toiles de Corot.

« Tel nous apparaît Michaelchurch, et le jour suivant, Goodrich Court, propriété de Mrs Moffat, et la délicieuse maison de Mr Corbett-Winter, grand chasseur devant l’Éternel ; tous plus ou moins apparentés à Mr Trafford et à sa mère, Mrs Capper, qui nous faisaient les honneurs, avec une grâce infinie, de cet immense pays vallonné, dont Herreford est la capitale.

« Précisément, l’après-midi de ce lundi fut consacré  à la visite d’Hereford. A l’hôtel de ville, entouré de son conseil, le maire nous attendait dans sa grande tenue de satin violet, portant au cou le collier de sa charge, où se voient gravées les richesses du pays : blé, pommes, mouton, saumon et fleurs. Il faut dire que le maire d’Hereford, est une femme – Mrs Louise Luard – une femme qui sait parfaitement son métier de maire et son devoir d’hôtesse. Les paroles de bienvenue qu’elle prononça au Green Dragon Hôtel, disant notamment que les rallyes internationaux font plus pour le rapprochement des peuples, que les conférences de la Société des Nations, nous impressionnèrent vivement. Il faut croire, sans qu’il le laissât paraître qu’elles impressionnèrent notre « Nounourse ». Il s’arrangea pour rester à Hereford et nous ne découvrîmes sa fugue que sur le chemin du retour. Il fallut revenir sur nos pas « Nounourse » aurait voulu montrer à nos amis d’Angleterre que, même dans un rallye d’avions, en plein XXe siècle, on n’abandonne pas la vieille galanterie française.

« Le soir, après un long parcours dans les brumes, au-dessus des montagnes et des méandres de la Dyke et de la Severn, nous étions les hôtes de Sir Herbert Hiles, maire de Cardiff et de Mr Keen, président de l’Aéroplane Club de cette ville, et propriétaire des fameuses fonderies Fron and Steel. M. Keen est un homme extraordinaire dont on n’oublie pas la figure lorsque, comme nous, on l’a vu se détacher sur le fond rougeoyant de ses hauts fourneaux.

« Hélas ! les rallyes d’aviation s’achèvent comme les voyages les plus prosaïques, par le chemin du retour.

« Le mardi matin, après avoir visité la ville, le château, l’hôtel de ville, où nous signâmes le Livre d’or, nos avions retrouvèrent sur le chemin du retour des repaires connus, le château royal de Windsor, l’immense banlieue de Londres, les terrains d’atterrissage d’Heston et de Lympne où nous nous fîmes repérer avant de franchir la Manche.

« A peine avions-nous dépassé la côte que la brume scintillante, qui à vrai dire ne nous avait pas lâchés depuis notre arrivée en Angleterre se fit plus opaque et plus oppressante. Nous volions de conserve avec L’Aiglon en surveillant sans mot dire les appareils de bord. Le premier qui aperçut le cap Gris-Nez, ce fut notre « Nounourse » mais son flegme tout britannique, l’empêcha d’en rien dire. Avouons que notre joie fut moins discrète en touchant « le plancher des vaches » et que trop fiers de notre exploit, nous primes pour un feu de joie allumé en l’honneur des aviateurs tourangeaux, une ferme qui brûlait dans les environs du Touquet. Les aviateurs, comme les autres, sont sensibles aux fumées de la gloire, surtout lorsqu’ils sortent de la « crasse ». Il ne faut pas leur en vouloir. »

L. Roncin

Notes

(1) F-AQRU. Il s’agit d’un DH85 Leopard Moth, baptisé Rouletabille II. Il s’agit de son troisième avion personnel après le Potez 36 immatriculé F-ALOD et le DH 80A Puss Moth immatriculé F-ANRZ qui se trouve dans les réserves du musée de l’Air du Bourget. Voir la page que le site de Pyperpote.

(2) F-ANVM. Son pilote, Marcel Lévy, résistant et déporté, était surnommé Gratte-Ciel II. Cet avion a été revendu à Raoul Lemaignen, représentant régional de la maison Caudron, qui habitait Fontaines-en-Sologne.

(3) Il s’agit d’un Farman 402 qui appartenait à Air Touraine. Baptisé Ville de Tours le 12 juillet 1936. Il était de couleur rouge et argent. Le F-AMXA, également un Farman 402 du club, était baptisé Touraine.

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