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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

“ Moi aussi je fais de l’avion ”

L’auteur nous est inconnu, hormis ses initiales : Y.L. Ce petit texte a été publié le 15 mai 1931 par la Touraine Républicaine. Son objectif : donner envie de passer son baptême de l’air. A l’occasion de la Grande Semaine, l’Aéro-Club de Touraine avait fait venir un Farman. Le constructeur avait dépêché un pilote, Henri Guy, et un mécanicien, André Bruneau.

« Un soleil de mai inonde le camp ce matin se jouant sur l’acier neuf des zincs qui viennent d’atterrir sur l’herbe. Plus loin une centaine de maisons semblent s’être retirées prudemment de cette piste dangereuse. Des dames se promènent, lunettes à la main, leur sourire connaisseur et blasé en leurs lèvres rouges. Les avions sont leurs amis. Elles sont baptisées depuis longtemps et se feront un plaisir de vous documenter sur toutes les impressions que vous éprouverez.

« Mais approchons-nous un peu de l’avion Farman qui arrive en courant sur l’herbe verte.

« Une demoiselle attend : l’air résolu. Ce sera la prochaine passagère ; elle aime beaucoup l’avion, mais tout de même…

– Dîtes Monsieur, croyez-vous qu’il n’y aie vraiment rien à craindre ?

« C’est un afflux de réponses :

– Mais non mademoiselle, absolument rien. Vous êtes comme en auto.

– C’est très moderne.

– Ça va vite.

– Et puis on peut dire aux amis qu’on a été baptisée.

« Et Mlle Edith enlève son chapeau pour se coiffer du casque rouge.

« J’ai oublié de vous dire que pour recevoir un beau baptême il fallait un casque, une paire de lunettes, un gros manteau et un cache-nez car il fait froid là-haut et le soleil tient, quelque fois, à vous prouver qu’il est très content de ce que vous osiez venir le voir de plus près.

– Alors, vraiment, tu crois qu’il n’y a rien à craindre ?

« Mais déjà la demoiselle a franchi la carlingue.

– Un avion, mon Dieu que c’est drôle. Ça ne ressemble pas du tout à ce que je croyais et je sens que je vais être très bien là-dedans.

« Une dernière recommandation au pilote.

– Dites Monsieur

– Quoi donc

– Vous ne ferez pas de blague surtout ?

« Et voici que l’hélice commence à tourner. Quelques mètres sur le terrain vert, un petit drapeau rouge qui se lève là-bas dans le lointain et l’avion décolle.

« Dix minutes. Le voici de retour, vrombissant de plaisir d’avoir donné un baptême de plus à une jeune fille qui sort de la carlingue enchantée et qui se sent déjà des dispositions pour devenir une grande aviatrice, tandis que son admiration pour les héros de l’Atlantique diminue visiblement. Je volerais trois heures sans arrêt, c’est très amusant. J’aime ça. Et je retournerai.

« Et ce  fut ainsi que Mlles Odile et Odette Meunier, M. et Mme Louis Boutier, Ernestine Bourgueil (1) et tant d’autres que séduisit l’éloquence persuasive de M. Jean Boy dévoué propagandiste.

« Enfin c’est le tour d’une grand’mère (2).

– Croyez-vous, Monsieur, qu’il me faille de l’énergie pour me risquer ainsi, nous dit la vénérable dame. Si je n’avais pas confiance, je ne monterais pas, allez ! mais j’ai ma fille qui est venue et elle veut absolument que je sois baptisée.

« Guy, le sympathique pilote sourit et enfile de nouveau sa combinaison de cuir.

« Je suis sûr qu’il fera bien attention, virera doucement et ramènera cette dame avec des impressions qui tiendraient tout un livre.

« Les appareils photos n’en finissent plus d’entourer le Farman. Se faire photographier en tenue d’aviateur ! Pensez donc. On cache la photo puis on la laisse négligemment regarder à quelque ami.

– Qu’est-ce que c’est que ça ?

– Ça mon vieux ! c’est quand je suis monté en avion. Ah ! figure-toi, c’était un mercredi, un 13…

« Les grands nuages font la course là-haut, près de la cathédrale. La levée du Cher n’attend que vous pour montrer qu’elle est belle et Tours comme il est petit quand on est à 800 mètres avec un casque qui vous serre les oreilles, un cache-nez que l’on fourre délicatement dans le fond de la carlingue, des lunettes qu’on enlève pour mieux voir, et un pilote excessivement gentil qui sait que vous n’êtes pas encore tout à fait aviateur quoi que vous en disiez et qui connaît vos préférences entre un beau looping et une promenade à papa. »

(1) Ernestine Bourgueil, 51 ans, de Sepmes : « Je reviens dimanche avec mes douze enfants. »

(2) Mme Boulay, 71 ans, de la Membrolle : « Mon Dieu que c’est beau. »

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