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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Une étoile veillait sur Paul Bonnefous

Annexé un temps par les Allemands, l’adjudant Paul Bonnefous a retrouvé sa nationalité française grâce à Germaine L’Herbier-Montagnon. Le pilote de Martin 167 F est inhumé à Civray-de-Touraine.

Une allée qui monte en longeant le mur du cimetière de Civray-de-Touraine, à deux pas de Chenonceaux. Sur une tombe, une plaque rappelle qu’y est inhumé l’adjudant Paul Bonnefous, tué en combat aérien le 12 juin 1940.

Au début de la guerre, Paul Bonnefous est pilote au groupe de bombardement I/62 (premier groupe de la 62e escadre de bombardement). Le GB I/62 est alors composé de deux escadrilles qui ont repris les traditions de deux formations de la Première Guerre mondiale, la Sal 8 et la Spa-bi 55. Basé à Meknès (Maroc), ce groupe vole sur le LéO 206, un quadrimoteur totalement dépassé en cette fin des années 30. Profitant de la « drôle de guerre », le GB I/62 est formé sur Glenn Martin 167 F, un des deux types de bombardiers, avec le Douglas DB-7, achetés aux États-Unis afin de moderniser rapidement certaines unités. Le GB I/62 est alors à Blida.

Le temps de former tout le personnel et de traverser la Méditerranée, le GB I/62 arrive en métropole en mai 1940. Il est le 6 à Marignane, le 8 à Orange. Le 11 mai, il est à Claye-Souilly, en Seine-et-Marne puis dans l’Eure, dans la région d’Évreux, notamment à Saint-Martin-la-Campagne (le 20 mai).

C’est à cette date que la formation devient enfin opérationnelle, sa première mission n’intervenant que le 25 mai, dans la région d’Abbeville.

En ce 12 juin 1940, six Martin 167 F sont engagés pour attaquer les colonnes allemandes dans la région de Reims. Au-dessus de la gare de Vézilly, à l’ouest de Reims, l’appareil de l’adjudant Bonnefous est touché par la Flak. Des trois membres de l’équipage, seul le Tourangeau trouve la mort, les deux autres étant faits prisonniers. Il est inhumé aussitôt dans le cimetière de cette commune.

C’est là qu’intervient Germaine L’Herbier-Montagnon. Pour l’armée de l’air et surtout pour les familles des aviateurs portés disparus, cette femme qui appartient aux IPSA (infirmières-pilotes et secouristes de l’air), est une icône. « Elle fut, comme l’a rappelé le général et historien René Chambe, parmi les premières à remonter les routes d’invasion, à parcourir les champs de bataille encore jonchés des épaves, et parfois même des cadavres non ensevelis des récents combats. C’est alors qu’elle eut la noble pensée, elle aviatrice et pilote, de se vouer à la recherche, à la découverte et à l’identification des restes de ses frères, les équipages français disparus en plein ciel », écrit René Chambe, général et historien, dans la préface du livre de Germaine L’Herbier-Montagon, « Disparus dans le ciel ».

« Ce drame était très clair, écrit Germaine L’Herbier-Montagnon dans son livre. Les deux coéquipiers de l’adjudant Paul Bonnefous sauvés et faits prisonniers, le seul mort identifié tout de suite. La tombe portait son nom », note la responsable de Mission de recherches des morts et disparus de l’armée de l’air.

« Or, en arrivant au cimetière, je m’aperçus avec stupeur que cette croix avait été enlevée, remplacée et portait la mention :

« Flieger Paul Bonasfous, ges. 12-6-40.

« Par quel mystère notre mort avait-il pu, au bout de quinze mois, changer brusquement de nationalité ?

« Mon sang ardéchois – Ardesca, terre des volcans – ne fit qu’un tour, et je bondis à la mairie. La secrétaire m’accueillit, atterrée, me disant que les services allemands des tombes étaient passés, avaient affirmé que ce pilote était un des leurs, et avaient, en conséquence, changé la croix. Personne n’avait osé protester au village.

« J’allais intervenir aussitôt… Étant la gardienne de nos sépultures, il m’appartenait de rendre au plus vite à ce mort héroïque, notre cocarde tricolore. »

Germaine L’Herbier-Montagnon exhumera le corps pour lui offrir de vraies funérailles sans attendre les autorités allemandes. « Notre adjudant Bonnefous avait bien le glorieux uniforme, aux boutons d’or portant les ailes et l’étoile. Il avait, de plus, sa plaque d’identité. »

« Ce fut fait… un peu vite, je l’avoue…, sans passer par la voie hiérarchique… et sans attendre les résultats des pourparlers toujours longs avec les Autorités occupantes.

« Hop !… Et Paul Bonnefous était redevenu français. »

« L’incident était clos », conclut Germaine L’Herbier-Montagnon. « Mais il me semble que lorsque, à mon tour, je quitterai la terre, Paul Bonnefous fera un joyeux “ piqué ” entre deux nuages, pour m’accueillir fraternellement. » Ce qui a dû être fait en 1986.

Didier Lecoq

> Aéroplane de Touraine 2004

Parmi les ouvrages de Germaine L’Herbier-Montagnon : « Disparus dans le Ciel » (Ed. Fasquelle) sur les disparus de 39-40, « La Couronne d’attend » (ed. Fasquelle), « Cap sans retour » (Ed. Raoul Solar) sur les FAFL, « Jusqu’au sacrifice » (ECLAIR) sur les IPSA.

Sur le bombardement français : hors-séries n°5 et 6 d’« Aéro-Journal » de Christian-Jacques Ehrengardt

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