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La minute la plus angoissance de Maurice Guillaux

En 1913, Georges Prade demande – pour Je sais tout – à huit pilotes (1) de raconter leur minute la plus angoissante. Le sujet : sous quel aspect la mort s’est-elle présentée aux héros de l’air, quelles sensations a-t-elle éveillées en eux, comment leur volonté a-t-elle su réagir, par quel prodige d’énergie ont-ils pu continuer ? La réponse de Maurice Guillaux.

27 avril 1913

Perdu sur la mer, y tomberai-je ?

« Lorsque je partis de Biarritz pour la Coupe Pommery, j’étais un peu décidé à tout, il me fallait battre le record de Gilbert, et pour cela traverser la France, la Belgique et la Hollande. La Belgique avait été vite traversée et j’étais arrivé à Breda dans le sud de la Hollande après avoir volé sur Bruxelles et sur Anvers. Ma carte finissait à Breda. Les circonstances avaient été plus heureuses que je ne l’avais moi-même pensé, et à 5 heures du soir, je fus lancé dans l’inconnu, au-dessus d’une pays que j’ignorais, mais dont une particularité m’apparaissait fort claire, c’est qu’il y a beaucoup d’eau. Or l’eau est très agréable sur un navire, elle n’est point trop désagréable peut-être pour un hydroaéroplane, elle inspire je ne sais quel sentiment voisin de la frayeur à celui qui vole au-dessus d’elle, dans un simple aéroplane muni de deux roues pour tout moyen de navigation.

« A 6 heures du soir, je volais en pleine brume au-dessus du Zuyderzee, croyant avoir 50 ou 60 kilomètres de mer à traverser, c’est-à-dire une demi-heure de vol.

« Au bout d’une demi-heure, je descendis un peu afin de voir la terre. A ma grande surprise, et avouons très franchement à ma grande frayeur, je ne vis que de l’eau.

« La situation n’était pas gaie, j’étais à la chute du jour en pleine mer, je ne savais pas trop où, je ne savais pas non plus si après un aussi rude effort mon moteur n’allait pas avoir une de ces petites fantaisies excusables qui m’eût réservé le sort du malheureux Cecil Grace. Je savais simplement que la terre était à l’Est, et j’inclinai peu à peu vers cette direction, j’eus peut-être le tort de ne pas le faire avec assez de décision, car le vent continuant à me drosser, la brume me cachant l’horizon, je volai ainsi pendant plus d’une heure et demie sans revoir la terre.

« Le temps me semblait long, très long, évidemment j’avais confiance, mais cette longue journée, cet interminable voyage depuis 4 heures du matin, cette tension continuelle, le mal de mer dont j’avais souffert, tout cela me fit tomber dans une mélancolie profonde. Ce fut vraiment l’angoisse de l’enfant qui a peur de la nuit.

« Enfin un peu avant 7 heures, très bas, je vis la côte plate, et jamais pays, fût-il le plus beau du monde, ne causa pareille satisfaction à celui qui le revit après une longue absence. »

Maurice Guillaux

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