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Donation Lamprou : de la Transylvanie à l’hôpital de Tours

La rencontre de Donatien Lamprou avec la Touraine a été brève. Il est venu après son accident d’avion, le 7 septembre 1918, pour réparer une jambe cassée. Il n’en est plus reparti. Victime de la grippe espagnole, il y est décédé le 18 octobre 1918. Il est inhumé au cimetière La Salle, à Tours. Donatien Lamprou est né dans les Deux-Sèvres, à Echiré. Il était mécanicien de formation. La Vie Aérienne, n°118, du 13 février 1919, lui a consacré un article.

Donatien Lamprou« Il appartenait à cette catégorie de pilotes qui, venus de l’infanterie, inaptes à servir leur arme, apportèrent à l’aviation toute leur énergie, toutes les audaces et les hautes ambitions qui n’avaient pu se donner libre cours dans la vie monotone et terne des tranchées, explique La Vie Aérienne, l’hebdomadaire de Jacques Mortane.  Blessé deux fois, Lamprou fit une demande de pilotage. Il obtint vite son brevet, servi qu’il était par ses connaissances techniques et l’habitude du sport. A sa sortie d’École, il partit à Salonique et fut affecté à l’escadrille MF 88. » Plus précisément à l’escadrille MF 88 O (pour Orient). Il avait passé son brevet de pilote à Étampes.

« Il fit preuve dès le début d’une sûreté et d’une bravoure remarquables. Il excellait dans la reconnaissance, et sut mener à bien de nombreux bombardements. L’un d’eux, accompli dans des circonstances particulièrement difficiles, le signala à l’attention du commandement. Parti un matin bien avant le jour pour bombarder les campements bulgares autour de Xanthie, il était parvenu sur l’objectif après un long voyage, l’avait patiemment survolé et lorsque le jour s’était levé, avait lâché ses bombes. On sut plus tard qu’elles avaient causé de terribles ravages. Une première citation obtenue le 25 août 1916, vint récompenser ses mérites. »

« Un mois plus tard, il participait sur sa demande au raid Salonique – Bucarest. Les Zeppelins avaient lâchement attaqué la capitale de la Roumanie. Des représailles s’imposaient et Sofia fut choisie pour expier. Le 16 septembre 1916, quatre avions quittaient Salonique à 6 heures du matin. L’expédition était peu commune. Les appareils, une fois Sofia bombardée, devaient pousser jusqu’à Bucarest, et faire 600 kilomètres sans escale ; il fallait traverser les Balkans, survoler des montagnes à 2.000 mètres, braver les courants et les remous. Tout alla à merveille. Sofia fut durement châtiée ; quelques avions allemands, voulurent arrêter nos pilotes, mais en furent pour leurs frais. Bucarest reçut ses vengeurs avec enthousiasme. »

« A 9 h 40, nous arrivions à Sofia, sans aucun incident, a commenté un des huit aviateurs à son retour. La coupole dorée du Palais-Royal brillait sous un beau ciel, et servait d’excellent point de repère. Plusieurs incendies éclatèrent sous nos bombes. Nous avons été sérieusement canardés sans être atteints. Un avion allemand tenta la chasse sans résultat. » Donatien Lamprou, accompagné du mitrailleur Masson, était sur le second avion. Dans le premier se trouvaient le lieutenant Leseur et le sous-lieutenant Noël. Le Tourangeau Jacques Quillery, breveté en 1913, alors lieutenant, était dans le troisième, avec le sergent Rouen. L’équipage du quatrième nous est inconnu.

« Lamprou resta pour former un groupe d’aviation française. Il abandonna le Farman, et, passa sur Nieuport, se passionna pour la chasse. Au mois de Décembre 1916, il reçut la Médaille militaire, poursuit La Vie Aérienne.

Il se dépensait d’ailleurs sans compter. Il aimait le combat par instinct, et sa bravoure toujours calme et réfléchie, le servait au milieu des dangers sans qu’il cédât jamais à cette témérité impulsive qui causa la perte de tant de héros. Un magnifique exploit accompli au mois de juin 1917, lui valut en même temps que l’ordre de la Vertu militaire roumaine, l’éloquente citation que voici :

La une de la Vie Aérienne illustrée.

« Pilote d’irréprochable conscience et d’un courage à toute épreuve. A livré de nombreux combats à des avions ennemis dans la région très difficile des Carpathes de Transylvanie. Le 24 juin 1917 a attaqué deux avions autrichiens au-dessus de la vallée de l’Oïtütz et après une lutte très dure de trente minutes, a réussi à abattre l’un de ces adversaires et à mettre l’autre en fuite. »

« Rentré en France, il accourut au front. Il s’était mis au travail avec ardeur et sans aucun  doute eût renouvelé sous notre ciel ses exploits s’il ne s’était cassé la jambe dans un accident stupide. Il fut évacué sur Tours. Immobile, il aspirait ardemment à la guérison qui lui rendrait son Spad, ses camarades et le soulagerait de la nostalgie poignante qui couvait en lui des combats et de la guerre. La fin de son exil approchait, lorsqu’il fut atteint de la grippe. Quinze jours après il mourait dans d’atroces souffrances, et rien n’est plus douloureux que la fin de ce héros, échappé sain et sauf des combats et des embûches de l’espace – et, dans l’instant où il croyait voler, au travers des périls jusqu’à la gloire, – brusquement emporté par une fièvre maligne. » Comme beaucoup d’autres en cette fin d’année 1918. Il repose, depuis, dans le carré militaire du cimetière La Salle, à Tours.

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