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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

André Pichard, l’évadé en uniforme

Contraint à se poser derrière les lignes allemandes avec son observateur blessé, André Pichard a réussi à s’évader à la troisième tentative, le jour de Noël 1916. Il a terminé la guerre comme moniteur à l’école d’aviation de Tours.

André Pichard a appartenu à l’escadrille C 106 pendant la Première Guerre mondiale. En juillet 1916, il était abattu dans les lignes allemandes par « les canons spéciaux ». Prisonnier, il s’évadait, aventure narrée par Jacques Mortane dans « Évasions d’aviateurs » et « Traqués par l’ennemi ». De retour en France, le Tourangeau a souhaité rejoindre son escadrille pour reprendre le combat. Il a fini la guerre comme moniteur à l’école d’aviation de Tours. Après la guerre, André Pichard fera partie des dirigeants de l’Aviation-Club de Touraine, association formée en 1922 par d’anciens aviateurs de la Grande Guerre. Il formera également de jeunes pilotes avec l’Aéro-Club de Touraine.

“ Évasions d’aviateurs ”, de Jacques Mortane

« Pour une mission de protection, le sergent André Pichard, allait essayer l’appareil G 4 bimoteur tout neuf qu’on venait de livrer à l’escadrille. Aubaine, relativement, car on ne savait jamais ce que le sort réservait avec ces machines sortant d’usine.

Le 16 juillet 1916, le jeune pilote partit donc plein d’allégresse. Mais il s’aperçut bien vite que le plan fixe arrière, mal réglé, faisait plafonner le G4 à 1.200 mètres sous un bombardement intense. Tout à coup, un choc : l’avion cabre et tombe en perte de vitesse, au milieu d’une fumée noire. Un obus a éclaté devant le moteur gauche. L’aile est désarticulée, le câble de gauchissement coupé, des moignons d’hélice tournent en saccades, l’essence coule. Pichard regarde son mitrailleur, Tabuteau, affalé sur le siège.

– Touché ? lui demande-t-il.

Le malheureux fait signe qu’il est blessé.

Le pilote tente d’atteindre nos lignes. Il remet le moteur de droite qui paraît intact, mais, à peine a-t-il viré que l’appareil par en vrille à plat et regagne le sol : Pichard redresse, détache sa ceinture. Un choc le projette en avant. Puis, plus rien.

Lorsqu’il reprend ses sens, il est dans une grange, sur un brancard. Tabuteau, allongé près de lui, gémit tant il souffre. Deux médecins le soignent. Pichard a une jambe fracturée.

[…] Deux jours se passent. Pichard et Tabuteau sont dans la même salle, mais on emporte le mitrailleur. Le pilote ne devait plus le revoir. »

Prisonnier en Westphalie, André Pichard est promu interprète grâce à sa connaissance de l’allemand. Profitant de son emploi, il commença à chercher le moyen de s’évader. Deux essais, deux échecs.

«  Deux mois après sa seconde tentative, étant seul dans le bureau de l’officier chez lequel il travaillait, il aperçoit un titre de permission en blanc. Il s’en saisit. Peu de temps après, il parvient à s’emparer au magasin d’habillement d’un pantalon, d’une ceinture et d’un calot de soldat allemand qu’il dissimule sous ses vêtements. »

André Pichard réussira à s’évader le 25 décembre 1916, par la porte, en uniforme allemand, avec une fausse permission. Sous la neige. Direction la Hollande où il arriva, de nuit, transi de froid après avoir traversé des marais.

André Pichard regagna la France en passant par l’Angleterre où, écrit Jacques Mortane, « il resta quelques jours au bureau du contre-espionnage pour fournir de nombreux renseignements.

« Le 18 janvier, à 11 heures du soir, il débarqua à Boulogne-sur-Mer. Reçu dans une caserne par des territoriaux, on lui donna une paillasse, deux couvertures, un quart de boule de pain et une petite boite de pâté. Trouvant l’ordinaire un peu maigre pour son retour, il en fit l’observation.

Le sergent, qui commandait le poste de garde, lui répondit simplement :

– Vous n’avez pas à vous plaindre ! Vous avez voulu revenir en France, vous y êtes ! »

Le lendemain, « Pichard put prendre le train pour Paris. Il débarqua à la gare du Nord. Un officier-pilote passa devant lui : c’était le capitaine Beauté, commandant en second de son escadrille, grand héros du bombardement. Stupéfaction !

– Mon capitaine… je suis le sergent Pichard.

– Quelle blague ! Pichard est chez le Boche.

Mais emmenant ce civil si mal habillé sous un bec de gaz, l’officier, ravi, reconnut son pilote. »

Didier Lecoq

>Aéroplane de Touraine 2004

3 réponses à to “André Pichard, l’évadé en uniforme”

  • bon histoire, merci

  • Martine:

    Bonjour,
    Je suis la petite nièce de Pierre Tabuteau, le bombardier compagnon d’André Pichard dans l’avion. J’ai lu avec beaucoup d’émotion ce récit que personne ne connaît dans ma famille. Je suis très intéressée par toute information complémentaire sur le récit de cet accident de guerre.

  • Martine Tabuteau:

    Bonjour,
    Je suis la petite nièce de Pierre Tabuteau, le bombardier compagnon d’André Pichard dans l’avion. J’ai lu avec beaucoup d’émotion ce récit que personne ne connaît dans ma famille. Je suis très intéressée par toute information complémentaire sur le récit de cet accident de guerre.

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