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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Les deux vies de Charles Renard-Duverger

Charles Renard-Duverger

Charles Renard-Duverger

Porté disparu en octobre 1918, le Lochois, chef de l’escadrille Br 117 était prisonnier en Allemagne. Libéré avant la fin de l’année, il a choisi de faire carrière dans l’aviation, notamment au 31e régiment d’aviation d’observation de Tours.

C’est le genre d’anecdote qui marque une vie. De quoi découper l’article et le mettre dans un cadre, en face de son lit, pour démarrer chaque journée avec le sourire. Le 12 décembre 1918, le lieutenant Renard-Duverger fait la une de la Guerre Aérienne Illustrée, le précieux hebdomadaire de Jacques Mortane. Sous le titre « Deux héros disparus » apparaît son portrait ainsi que celui du lieutenant des Forts. Jacques Mortane et Jean Grégoire publient, en page 909, la nécrologie du commandant de l’escadrille Br 117, disparu lors d’une mission de bombardement le 29 octobre 1918, au-dessus de l’Allemagne. L’adjudant-chef Gaston Guyot l’accompagnait.

Le lieutenant Charles Renard-Duverger aurait pu être un des derniers Tourangeaux à mourir pour la France. Il n’en a rien été. Blessé à l’épaule par un éclat d’obus, Charles Renard-Duverger est encore en Allemagne lorsque paraît cette revue. On imagine le choc ressenti par sa famille qui avait perdu un fils dans le premier mois de la guerre et puis un second à quelques jours de l’armistice.
Mais quand paraît sa nécrologie, le lieutenant Renard-Duverger est bien vivant. Il est encore prisonnier. Ce n’est que le 23 décembre, joli cadeau de Noël, que s’est déroulé son transfert par la Suisse. Il est de retour au sein de son escadrille dans les semaines qui suivent.

Compagnon de jeunesse, de collège et d’armes d’Henri Lemaître

Il est impossible de parler de Charles Renard-Duverger sans évoquer Henri Lemaître. On les dirait sortis du même moule. A commencer par leur origine. Henri Lemaître est né à Bléré, Charles Renard-Duverger à Loches, quelques kilomètres au sud, quelques mois plus tard. Profession de leurs pères : propriétaire. La mère du premier est née Tassin de Nonneville ; celle du second, Mesnet de la Cour. Le premier a vécu au château de Saint-Roch, dans la banlieue de Tours ; le second au château de Vauzelles, à Loches. A la belle saison seulement. Car le reste du temps, ils sont voisins : au 45 boulevard Béranger, à Tours, pour le premier ; au 48 du même boulevard pour le second.
Mais c’est au collège Saint-Grégoire de Tours qu’ils se sont côtoyés. Henri Lemaître a fréquenté l’institution jésuite de 1904 à 1911, Charles Renard-Duverger de 1910 à 1913. Comme d’autres qui deviendront, eux aussi, chefs d’escadrille : Joseph Azire (de 1899 à 1907), Henry Hay de Slade (1901 à 1908), Mathieu Tenant de la Tour (1897 et 1898), Paul de Langlade (1909 à 1912).
Sous l’uniforme, dans cette guerre, ils ont tous les deux été pilotes de bombardement : 134 missions pour Lemaître ; 80 pour Renard-Duverger. Au nombre des victoires – ce qui n’était pas leur premier travail – Lemaître s’impose encore : deux victoires à une. Un écart qui s’explique par le parcours de Renard-Duverger. Si Henri Lemaître est aviateur dès 1913, Charles Renard-Duverger a choisi les dragons. Plus sportif sans doute que son aîné, il s’est engagé pour quatre ans, le 5 octobre 1914 (juste après ses 19 ans), au 5e régiment de dragons à Saumur, ville dont est originaire une branche de sa famille.  C’est dans cette arme qu’il prend du galon. Quand il quitte le 9e dragons pour l’aviation en septembre 1916, il est lieutenant à titre temporaire.

Du Breguet-Michelin au Breguet 14 B2

La Guerre Aérienne illustrée.

Charles Renard-Duverger n’a connu qu’une escadrille, la 117 à laquelle il est affecté le 8 mars 1917 à la sortie d’un parcours complet dans les écoles d’aviation : Chartres pour le brevet, Châteauroux pour le bombardement puis Clermont-Ferrand pour les escadrilles Michelin. Comme Henri Lemaître, Renard-Duverger a connu les lourds Breguet-Michelin IV et V, le bombardement de nuit, puis finalement le bombardement de jour en septembre 1917, avec l’arrivée du Breguet 14 B2.
Il a effectué son premier bombardement le 14 avril 1917, jour où l’escadrille BM 120 commandée par Henri Lemaître est rattachée au GBM 5 (escadrilles BM 117, 118, 119).
Il effectue sa première mission de jour sur la gare de Vigneulles, le 5 septembre (24 obus). Suivent, cette même année, des aérodromes (ferme de Marimbois le 19 septembre, Puxieux le 23 septembre), des gares, des usines (Hagondange le 6 décembre), mais aussi des villes (Sarrebruck le 16 septembre, Offenbourg le 1er novembre).
C’est au cours d’une de ces attaques que son mitrailleur est blessé (22 septembre 1917).
Il est cité pour la première fois dans l’aviation, le 28 septembre 1917 : « Pilote remarquable par son allant. Le 22 septembre 1917, au cours d’un bombardement, a livré un combat aérien très dur. Le lendemain a soutenu un nouveau combat, très loin dans les lignes ennemies. Est rentré avec son mitrailleur blessé et un avion criblé de balles. »
Son mitrailleur est blessé une seconde fois, le 21 avril 1918. Le maréchal des logis Henri Pinatel décède quelques jours plus tard, le 27, à l’hôpital américain de Juilly. « Officier pilote brillant, consciencieux et courageux. S’est particulièrement distingué les 28, 29 et 30 mars 1918 en bombardant et mitraillant à très faible altitude les rassemblements ennemis. Dans la journée du 21 avril 1918, défendant son peloton attaqué par trois avions ennemis sur l’objectif, a eu son mitrailleur mortellement blessé. » (ordre du corps d’armée n°9 du 11 mai 1918)
Il est fait chevalier de la Légion d’honneur le 30 juin 1918. « Modèle de bravoure. Vient en cinq jours d’exécuter dix bombardements du champ de bataille à très faible altitude. A abattu récemment un avion ennemi. Trois jours après s’est porté au secours d’un peloton attaqué par dix-huit avions ennemis et a contribué à les dégager. »
Jusqu’à cette citation du 10 octobre 1918 : « Chef d’escadrille remarquable d’allant et de courage, entraînant son unité par son exemple et participant à toutes les expéditions. A effectué les … et … des bombardements à basse altitude dans des conditions atmosphériques très pénibles. » Quelques jours plus tard, il est abattu et fait prisonnier.

Du camp de prisonniers au 31e RAO à Tours

Dès la fin janvier 1919, il retrouve son escadrille, au sein de l’escadre 12. Un document montre deux Breguet 14 sur le terrain de Tours. Hormis ces deux Breguet 14, le terrain est désert. Comme abandonné. Quelques soldats américains apparaissent. Le premier Breguet 14 n° 8 241 est celui de Lemaître. Le second, porte fièrement l’insigne de la Br 117, l’escadrille sœur, un coq dressé sur une bombe. C’est celui de Charles Renard-Duverger. La photo a donc été prise dans les premiers mois de 1919. Tous les deux posent devant un des Breguet avec un officier américain.
Après-guerre, si Henri Lemaître se lance dans les raids, toujours au service de Breguet. Charles Renard-Duverger reste fidèle à l’armée, hormis un congé personnel de deux années, de 1925 à 1927, pour s’occuper de sa grand-mère et de sa mère. Après une année passée en Orient, il revient en Touraine, au 31e régiment d’observation en mars 1921.
Il est affecté à la 7e escadrille commandée par son ancien condisciple de Saint-Grégoire, Paul de Langlade. Ses qualités physiques (bon escrimeur, il mesurait 1,78 m) en font l’officier des sports du régiment.

Une fin de carrière en Afrique du Nord

Autre trait qui le rapproche de Lemaître, il est réputé pour ses qualités de pilote. Pas seulement pendant la guerre. « Très bon pilote », a noté Maurice de la Morlais, à Constantinople en 1920.
Il a droit à un témoignage de satisfaction du ministre, alors qu’il est détaché du 31e régiment : « A secondé avec beaucoup de zèle et dévouement le président de la commission des essais pratique de l’aviation militaire à l’occasion du concours des avions école organisé à Dugny-sur-Seine en juin 1923 ».
Des qualités qui, après un passage au 34e régiment à Dugny (comme chef d’escadrille), lui ont ouvert les portes de la Compagnie de réception des avions (CRA) de l’Entrepôt spécial d’aviation n°1 en mai 1933.
Lui qui s’est efforcé de rester en Touraine ou à Paris, près des siens, fait un grand bond en 1935, en traversant la Méditerranée. Il est affecté à la 3e escadre du Sud Marocain, comme adjoint au commandant du 1er groupe, escadre qui prendra le nom de 63e escadre le 1er janvier 1937. Ce n’est qu’en 1939 – il est alors commandant – qu’il revient en région parisienne, au Centre de réception des aéronefs de série (CRAS).  Il y est victime d’un accident sans gravité en novembre 1939, en réceptionnant le Bloch 152 n°208, à Villacoubay.
Lorsque les Américains débarquent en Afrique du Nord, il commande la base de Marrakech. Selon Pierre Marie Gallois, dans son livre « Le Sablier du siècle », il observe une neutralité bienveillante pour les Américains. Il a un temps commandé le groupement mixte n°7. Il a été chef du détachement de liaison franco-américain à Casablanca. La fin de la guerre a coïncidé avec l’heure de la retraite. Il s’est retiré à Casablanca puis Tanger. Charles Renard-Duverger est décédé le 1971, à Alicante. Cette fois, c’était vrai.

Didier Lecoq

Marié une première fois en 1940, à Casablanca, il épouse, en secondes noces, en 1947 à Tours, Jacqueline Le Goff. Elle est la fille de l’ancien bâtonnier de Tours. Ce dernier a également été l’avocat du ministère de l’Air. Charles Renard-Duverger a eu une fille décédée en bas âge à Casablanca, en 1943.

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