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Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

“ Nous n’aurions pas cédé notre place ”

En 1934, René Roncin obtient son brevet de pilote avec les Ailes de Touraine, n°3.240. Trois ans après son baptême de l’air. La revue “Air Touraine” publie, en mai 1937, le récit de ses premiers pas dans l’aviation. Voici de larges extraits de… cette véritable déclaration d’amour.

René Roncin.

C’était pendant l’été 1916, j’avais 6 ans, je passais mes vacances chez mon grand-père, dans une propriété qu’il possédait sur les hauteurs de Saint-Symphorien, près de la Petite Arche. Un jour, je vis mes cousins, plus âgés que moi, en conciliabule sous un cèdre, organisant une expédition secrète. Ils voulaient aller au camp de Parçay-Meslay, voir ces aéroplanes, qui toute la journée passaient au-dessus de nos têtes en nous émerveillant, mais dont le bruit des « rototos » nous effrayait bien un peu. J’étais de la partie ; c’est ainsi qu’après deux kilomètres de marche, je vis pour la première fois,  un avion décoller et atterrir. Affirmer que je revins enthousiasmé, c’est beaucoup dire, j’étais surtout très las. Et la famille inquiète de notre absence, guettait notre retour, qui fut un peu « piteux ».

Le lendemain, nous avions tellement donné d’explications enthousiastes sur ce spectacle pour nous imprévu, que quelques jours après, mon grand-père décida que nous irions tous voir les avions, mais cette fois en voiture.

La famille fut immédiatement conquise à l’aviation.

Quinze ans après, en 1931, à la fondation des Ailes de Touraine, je m’inscrivis comme membre, et je pris le baptême, dans le Potez 36 que venait d’acquérir cette société, le premier avion civil qu’il y eut en Indre-et-Loire.

Le Potez 32 des Ailes de Touraine, dans les Alpes. (collection DL/origine André Charpentier)

La première fois que l’on monte en avion, on est ému, on se demande comment cela va finir. Or le désir de tout baptisé est de recommencer. Je repris un deuxième baptême, et refis de nombreux vols sur cet avion. Par la suite, l’escadrille s’augmenta d’un Potez 32 et d’un autre Potez 36. Nous allions faire des meetings dans le département ; lors de ces déplacements, je volais comme passager. J’ai volé aussi à bord d’un hydravion, au cours de la fête que nous avions organisée sur la Loire ; bref, toutes les occasions étaient bonnes, et je n’en manquais aucune.

C’est ainsi que j’acquis près de 4 heures de vol, j’avais fait de « l’aviation ». C’en était beaucoup trop, j’étais mordu et il m’arriva ce qui arrive à toute personne qui y a goûté : je m’inscrivis comme élève-pilote.

Le jour même de mon inscription, un dimanche après-midi, sur le terrain, il fut décidé que je prendrai ma première leçon. J’avais quelques notions ! Je savais qu’il fallait décoller et atterrir face au vent, que le terrain est divisé en deux zones, la partie gauche pour le départ, la partie droite pour l’atterrissage ; qu’au départ, il faut d’abord pousser sur le manche, pour faire lever la queue de l’avion, et lorsque celui-ci a pris une certaine vitesse, tirer progressivement sur le manche. Enfin, j’étais presque aussi « calé » qu’Ademaï. Fièrement assis, au poste de pilotage, je prends le manche, je pose mes pieds sur les pédales, et je tire sur la manette des gaz,. L’avion se précipite dans la furie de ses 100 CV. Je sens les pédales qui remuent sous mes pieds, le manche qui s’agit entre mes mains. Je laisse faire, car j’ai une confiance immense en mon moniteur, et grâce à lui, nous décollons correctement. En l’air, il me fait signe qu’il lâche les commandes et m’indique un point vers lequel je dois me diriger. Le moteur s’abaisse et se relève sur l’horizon ; l’avion monte, descend, c’est un vrai plaisir, on se croirait dans le scenic railway de Luna-Park. Le moniteur commence à faire de grands gestes, je l’entends qui crie et je ne comprends rien sinon que je ne vois plus devant moi le point qu’il m’a fixé, et qui maintenant est sur le côté. J’amorce un virage, ce faisant, je croise les commandes, le sol se rapproche à une vitesse surprenante, le moniteur crie encore plus fort, agite la double commande, j’ai tout lâché, et je ne sais comment nous avons atterri. J’étais simplement affolé. Je refis tout de même un deuxième essai qui fut aussi concluant que le premier. Le moniteur jugea que cela suffisait ; nous revîmes devant le Bessonneau où les pilotes et les élèves-pilotes tentèrent de m’expliquer ce qu’il faut faire et surtout ce qu’il ne faut pas faire pour bien piloter.

Pour me récompenser, je fus convié à rentrer l’avion sous le hangar et à fermer le Bessonneau ; il y avait du vent et de la boue ; la toile volait, on avait un mal fou à attacher la boucle à l’anneau fixé au sol qui naturellement était au milieu d’une flaque d’eau. A ce moment, j’ai compris ce que c’était que l’aviation « la vraie ! »

Le premier avion de tourisme d'un aéro-club : le Potez 36 F-ALFZ, ici à Parçay-Meslay.

Deux jours après, je pris ma seconde leçon. Il fallut ouvrir le Bessonneau, sortir deux appareils, celui sur lequel j’apprenais à voler ayant été garé au fond ; faire le plein d’essence, chercher les cales dix minutes, qui étaient cachées dans un coin du hangar, brasser l’hélice ; enfin après trois quarts d’heure de préparation, nous pouvions faire nos tours de piste. Un tour de piste dure de 5 à 7 minutes. Vous en faites trois et vous rentrez au hangar. Car pour apprendre à piloter un avion, il faut voler très souvent, mais au grand maximum, une demi-heure à chaque fois.

Étant donné qu’on est lâché en général au bout de 8 à 9 heures de vol, que la moyenne des leçons est de vingt minutes, il faut donc un mois avant de voler seul, à condition qu’il fasse beau tous les jours ; de plus, dans ces débuts héroïques de l’aviation civile tourangelle, le moniteur était bénévole, les élèves nombreux, le matériel réduit. Nous mettions plusieurs mois à apprendre.Mais, nous, élèves-pilotes, nous étions heureux lorsque notre tour arrivait. Et pour rien au monde, nous n’aurions cédé notre place. Je me demande si l’aviation n’est pas devenue trop belle et si l’élève-pilote qui, demain, assis dans un fauteuil de l’aérogare en train de se rafraîchir, sera animé de la même foi, de la même passion, du même enthousiasme que nous avions, que nous avons, que l’on retrouve sur tous les terrains de France qui fait « l’esprit aéronautique » […]

Vers ma dixième heure de double commande, je commençais à me débrouiller tout seul. Le moniteur n’avait plus besoin ni de toucher aux commandes, ni de me conseiller avec de grands éclats de voix. Il décide donc de me lâcher. Il fait un tour avec moi ; à l’atterrissage, saute de la carlingue, s’éloigne un peu de l’avion, me fait signe de la main de m’envoler. J’ai un moment d’hésitation, je regarde le moniteur s’éloigner… encore un tour avec lui ! Mais non, je me sens sûr de moi, ce qui ne m’empêche pas d’être très ému. Allons-y, je manœuvre la manette des gaz et je me remémore les conseils que j’ai reçus. L’avion roule, roule, un petit bond, il est décollé, il monte, un virage à gauche, un vol horizontal pour respirer, ça s’est très bien passé. J’éprouve une grande satisfaction à voir la place du moniteur vide ; je suis bien seul, l’avion vole, je suis lâché, je suis pilote. Je fais un tour complet du camp d’aviation. Sur le terrain, j’aperçois le moniteur, cela  me rappelle qu’il faut atterrir. Nouvelle appréhension. Il n’y aura personne pour rattraper les commandes. Voyons, réduisons le moteur, l’avion s’enfonce, le sol se rapproche ; pour l’instant, il s’agit d’attendre, et de voir venir le sol à soi. Le voilà, il est tout près. Je tire sur le manche pour faire mon arrondi. Ça y est. Les roues courent sur le sol. Je n’ai pas rebondi, j’ai très bien atterri. Sans attendre que le moniteur me fasse signe, je suis si content que je repars. Je fis cinq tours consécutifs, malgré les grands gestes du moniteur qui, cette fois-ci, me fait signe de rentrer.

Une fois que vous êtes lâché, les épreuves du brevet sont assez simples : le brevet délivré par l’Aéro-Club de France n’étant, en quelque sorte, que la consécration définitive de l’habileté du pilote.

Maintenant que je suis possesseur du brevet, je vais enfin pouvoir voler, vivre la vie des aviateurs, traverser le ciel, aller d’un horizon à l’autre au-dessus des champs, des rivières, des forêts, sillonner les routes de l’air […]

NONO

Revue Air-Touraine de mai 1937

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Parmi les aviateurs de Touraine, René Roncin était connu par son diminutif : Nono. Il participe à plusieurs rallyes, notamment aux commandes du Farman 402 F-AMXA d’Air Touraine. En 1939, il est caporal-chef et il est mobilisé comme moniteur à l’EEP numéro 29, l’école élémentaire de pilotage de Saumur. Il a alors 210 heures de vol.

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