Sites associés

Aéroforums

Aéroplane de Touraine est adhérent des Aéroforums, indispensable lieu d'échanges sur l'aviation.

31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Gabriel Thomas, de la chasse à la Ligne

As de la Première Guerre mondiale avec sept victoires homologuées, Gabriel Thomas, né à Ligré, dans le Chinonais, a fait partie des pionniers de l’Aéropostale puis d’Air France en Amérique du Sud.

Gabriel Thomas est né le 4 janvier 1896, à 1 h du matin, à Ligré. Il est le fils de Gabriel Thomas, poseur de rails de chemin de fer, 42 ans, et de Catherine Imbert, 34 ans. Les témoins de sa naissance sont François Boussiquet, 52 ans, garde-champêtre, et Alexandre Petit, 42 ans, maréchal-ferrant. Une de ses sœurs est restée dans la région puisqu’elle est décédée en 1977, à Saint-Benoit-la-Forêt. Pendant la Première Guerre mondiale, ses parents demeuraient à Chinon, 16 rue Diderot. Gabriel Thomas s’est marié le 27 décembre 1941 à Buenos Aires, avec Béatrice Battaglia. Il a pris sa retraite à Asuncion (Paraguay) avant de revenir à Buenos Aires où il est décédé le 24 novembre 1977 (une autre source moins officielle donne le 9 octobre 1976).

En Orient pour débuter

Gabriel Thomas a 18 ans lorsqu’il s’engage pour quatre ans, le 9 novembre 1914. Il est mécanicien de formation. Il est affecté à la réserve générale de l’aviation, au Bourget, le 1er janvier 1915. Le 10 juillet, il est à Avord, désigné comme élève-pilote à la 31e section.

Breveté, Il est nommé au 2e groupe d’aviation de Lyon. Sa première affectation : l’escadrille MF98T, de l’armée d’Orient, le 7 octobre 1915. Cette escadrille dotée de Maurice Farman hors d’âge, doit son nom à l’île de Tenedos, en face de la Turquie, porte-avions terrestre lors du conflit contre la Porte. Il y restera jusqu’au 1er mai 1916, et son affectation à l’escadrille N 391, en Macédoine, où il est nommé sergent le 26. Plus d’un an plus tard, il rentre en France.

Il ramène de son passage en Orient une première citation, à l’ordre du corps d’armée, datée du 15 octobre : « S’étant distingué aux Dardanelles et devant Smyrne, effectuant sur des avions de chasse de longs vols sur la mer pour rencontrer les appareils ennemis qu’il pourchassait avec âpreté. S’est acquis de nouveaux titres en Macédoine depuis sept mois où il a livré plusieurs fois combat de façon heureuse aux avions ennemis et exécuté de très belles reconnaissances d’armée, faisant preuve à différentes reprises de connaissances militaires très au-dessus de son grade et de ses fonctions. »

As de la Spa 88

Hormis un passage au GDE, ses états de service sont flous sur la période qui débute avec son retour en France  en juillet 1916, jusqu’à son affectation à la N 88 le 3 mai 1917. Il est alors adjudant. Sa nouvelle escadrille est toute récente. Elle n’a été créée que le 20 avril, à Belfort. Elle est dirigée par le capitaine François d’Astier de la Vigerie, futur général, futur compagnon de la Libération comme ses frères Henry et François.

D’Astier a quitté l’escadrille en octobre à la suite d’une blessure. Il a laissé sa place au capitaine Séjourné. Escadrille de chasse, la 88 exécute des missions de reconnaissance et d’observation au profit de la VIIe armée sur le front des Vosges.

En juin, elle passe dans l’Aisne, sur le terrain de Ville-Savoye. En juillet, elle est à Maisonneuve. La 88 laisse progressivement ses Nieuport pour des Spad. Elle est alors incorporée au groupe de combat n° 13 du commandant Philippe Féquant. Les autres escadrilles de cette formation sont les Spa15 (le casque de Bayard), 65 (griffon), 84 (tête de renard) et 124 (escadrille des volontaires américains puis en décembre escadrille Lafayette). Le GC 13 est transféré à La Noblette (Marne) en décembre. La Spa 88 n’y arrive qu’en janvier 1918 pour en repartir aussitôt. Depuis le 7 décembre, Gabriel Thomas est sous-lieutenant TT (à titre temporaire).

En mars, le GC 13 est mis à contribution lors de la grande offensive allemande sur l’Aisne. Il doit d’ailleurs quitter Coincy. Nouvelle offensive en mai, le groupe est alors à Chamaille. C’est là que le 2 mai, un bombardement détruit les Bessonneau de la Spa 88, réduisant en miettes ses avions. Du coup, l’escadrille repart au Bourget – plus précisément en face, à Dugny – où elle s’équipe totalement de Spad XIII.

Gabriel Thomas compte alors deux victoires. Le groupe est engagé dans plusieurs batailles qui s’avéreront très lourdes pour la Spa 88. Celle-ci perd son chef, le capitaine Doumer en juin, un des trois fils de l’ancien président du Conseil qui ont trouvé la mort pendant cette guerre, tous dans l’aviation. C’est Gabriel Thomas qui lui succède, par intérim, du 28 juin au 7 juillet, date à laquelle il laisse sa place au lieutenant Guérin. Une victoire (le 7 juillet) et deux citations se sont  ajoutées au palmarès du Tourangeau.

Citation à l’ordre de l’armée (11 mai 1918) : « Pilote d’une bravoure et d’un dévouement exemplaires, recherchant ardemment le combat et par son entrain servant de modèle à son tour. Le 23 avril 1918, a abattu dans nos lignes un biplace ennemi après un brillant combat. »

Citation à l’ordre de l’armée (29 juillet 1918) : « Pilote d’une bravoure au-dessus de tout éloge et d’une ténacité remarquable. A attaqué récemment à la tête de sa patrouille un groupe d’avions de chasse ennemis. A réussi après un dur combat à abattre l’un d’entre eux qui s’est écrasé dans nos lignes (3e victoire). » C’était un Fokker D1, le 7 juillet, à Corcy. Il décroche son titre d’as avec deux victoires les 23 et 24 août. Ce qui lui vaut la Légion d’honneur : « Officier du plus haut mérite, exemple de courage, de ténacité et de modestie. Chef de patrouille de premier ordre, mène chaque jour au combat les pilotes de son escadrille, sur lesquels il a su prendre par sa conscience de chasseur et sa bravoure incontestée, un merveilleux ascendant. Le 24 août 1918 a remporté sa cinquième victoire. Le 2 septembre, au cours d’un dur combat contre un biplace ennemi, a été sérieusement blessé. » Depuis le 1er août, Gabriel Thomas est de nouveau devenu le chef de l’escadrille. Il a succédé au lieutenant Gabriel Guérin qui, célèbre as de la Spa 15, nommé à la tête de la Spa 88 le 7 juillet, n’a eu que le temps de remporter une vingt-troisième et dernière victoire le 19 juillet avant d’être victime d’un accident le 1er août.

Cette blessure – une balle dans la fesse droite –  lui permet de retrouver l’air du pays puisqu’il est soigné à l’hôpital mixte de Tours. Pas pour longtemps puisqu’il rejoint son escadrille pour remporter deux nouvelles victoires, les 23 et 28 octobre, ce qui porte son total à 7. Officiellement. La dernière, aux dépens d’un Fokker D7, victoire partagée avec le sous-lieutenant Artigau de la Spa 15,  qu’il retrouvera à l’Aéropostale. Il reçoit deux nouvelles citations, la dernière datée du 25 novembre 1918, commençant ainsi : « Officier dont les qualités merveilleuses de pilote sont mises en œuvre par des qualités morales de tout premier ordre ».

Nouvelle zone d’ombre dans sa carrière. Il semble qu’il soit resté dans l’armée puisqu’il est nommé sous-lieutenant à titre définitif en 1921 puis lieutenant en 1922, date à laquelle il est affecté au 35e régiment d’aviation.

L’Amérique du Sud avec l’Aéropostale

Changement de cap en 1924. Il rentre à l’Aéropostale. 1924 : la même année que Jean Mermoz, Emile Lécrivain, Marcel Reine et d’autres moins connus.

C’est à travers l’histoire de cette compagnie que nous allons trouver trace de Gabriel Thomas.

Cette même année 1924, Roig partait en Amérique du Sud pour préparer l’arrivée d’une mission Latécoère (la compagnie portait encore le nom de son créateur). C’est à Paul Vachet que reviendra la tâche de reconnaître en vol le parcours sud-américain.

Deux avions, deux accidents à Rio

En juillet 1927, Gabriel Thomas arrive au Brésil, en bateau, à Bahia.

Paul Vachet, dans son livre « Avant les Jets » (édition Hachette) en fait récit : « Poursuivant sans incident ma route jusqu’à Bahia, j’arrivai dans cette capitale pittoresque quelques jours avant le 14 juillet. Le lendemain de mon arrivée, calculée en conséquence, accostait aux quais du port un bateau mixte des Chargeurs réunis, amenant en rance deux pilotes, Thomas et Deley, quatre mécaniciens et deux avions tout neufs, deux « Laté 17 » en caisses.

Je priai Deley et le mécanicien Fayard de débarquer tandis que Thomas continuait sur Rio avec les trois autres mécaniciens et le matériel, ayant reçu de moi mission de faire monter les avions à Rio et de les essayer. »

La suite est extraite du livre du journaliste Jean-Gérard Fleury, « La Ligne », livre qui obtiendra le prix Albert-Londres en 1938.

« Le 13 juillet, deux pilotes et quatre mécaniciens débarquaient dans le port tropical de Bahia, où, sur de lourdes senteurs d’épices flottent l’arôme des tabacs, l’amertume du cacao, et la douceur de la canne à sucre. Vachet et sa femme accueillirent joyeusement Deley, l’ancien ermite de Port-Etienne : son visage ouvert exprimait dans le décor exubérant de la vieille cité coloniale le même bonne humeur que naguère, dans l’aride solitude des sables.

Thomas, garçon taciturne, cachant sous son mutisme une vaillance rare et un cœur fraternel, l’accompagnait. As de guerre aux onze victoires, il avait gardé du front une vision qui attristait son bon regard. »

Vachet, Deley et un mécanicien restèrent. Gabriel Thomas et les trois autres mécaniciens poursuivirent leur voyage jusqu’à Rio  avec le navire des Chargeurs Réunis emportant dans ses cales les deux Laté 17 – moteur Renault de 450  CV qu’il restait encore à monter.

C’est au camp des Affonsos, à Rio, que Vachet et Deley retrouvèrent Thomas : « Les machines sont prêtes, leur dit-il, je vous attendais pour commencer les essais. » Aussitôt dit, aussitôt fait. « L’appareil bondit, rapide, leva la queue, décolla. Vachet et Deley poussèrent le soupir de soulagement qui les libérait de la sourde inquiétude du départ, mais aussitôt ils tendirent l’oreille… Ils n’avaient pas besoin de parler pour exprimer leur crainte : le moteur bafouillait. L’avion qui ne s’était élevé que de quelques mètres se traîna lourdement au-dessus des cocotiers. Perdant rapidement la vitesse acquise, il s’enfonça. Les roues touchèrent un monticule, une aile heurta un arbuste et disparut, pulvérisé. L’appareil se ficha dans le sol et, au milieu du silence soudain, on entendit le pépiement des oiseaux.

Les assistants se précipitèrent. De loin, il aperçurent Thomas qui sautait de la carlingue et respirèrent.

– Il n’a rien, s’écria Vachet.

– Baisse de régime au départ, dit Thomas toujours laconique, lorsque ses camarades furent près de lui. Ça aurait pu se passer plus mal. »

Deuxième avion, deuxième essai le lendemain. Au premier vol, les choses se passaient mieux. Mais l’après-midi, « l’appareil s’était à peine soulevé du sol que le bruit du moteur faiblit, s’éteignit. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès du Laté-17, en piteux état, il trouvèrent Gabriel Thomas, étourdi par le choc et ensanglanté. « Quand il revint à lui il murmura : Rien de cassé. Seulement, nous n’avons plus d’avion. »

Gabriel Thomas retrouve Mermoz

Gabriel Thomas a bien connu Jean Mermoz. Il l’a même vu débuter à l’Aéropostale. Mermoz apparaissait alors timide, discret, mélancolique.

Joseph Kessel, auteur d’une biographe sur Mermoz a rencontré le Tourangeau pour les besoins de son livre :

« En Amérique du Sud, j’ai longuement interrogé sur Mermoz ses deux plus vieux compagnons de là-bas (Thomas et Deley). Thomas, pilote de guerre aux quatorze victoires, et qui n’en parle jamais, pilote de la première équipe de Latécoère, pilote de Bréguet 14 au Brésil, Thomas était, au moment où nous nous connûmes, directeur général d’Air France en Amérique du Sud. Il avait remplacé Pranville et son successeur Barrière, morts tous deux sur la ligne. J’ai rarement rencontré un homme aussi taciturne et dont le silence fût aussi facile à supporter. On était nourri de finesse, de délicatesse et de sagesse. Mais de Mermoz, Thomas se montrait toujours prêt à parler avec abondance.

– Je l’ai vu débuter devant Daurat à Montaudran, disait-il. Nous nous sommes croisés cent fois en Espagne, au Maroc. Il avait l’air presque d’un enfant. Il rougissait très vite. Il écoutait beaucoup et ne parlait que pour dire des choses justes et senties, comme s’il était gêné d’élever la voix. En somme, c’était un cadet. Quand il est arrivé ici, j’ai eu peine à croire que j’avais devant moi le même homme. Une assurance de tonnerre de Dieu. Une autorité à briser le fer. Un vrai lion.

Et Thomas eut son visage si simple, si propre, éclairé par un sourire d’une tendresse poignante, pour conclure :

– Et quel type c’était… »

Chef d’aéroplace à Montevideo

Dans son livre, Joseph Kessel rapporte une autre aventure de Mermoz à laquelle Gabriel Thomas est confronté.

« Mermoz prouva qu’il avait raison en passant toujours. Comment fit-il pour retrouver sa route dans les nuits imbibées de brouillard, traversées d’invisibles ouragans, crépitant d’averses monstrueuses ? Par quel sens mystérieux trouva-t-il le fil conducteur dans l’indéchiffrable écheveau des ténèbres ? Personne de ses contemporains sur la ligne n’a su me le dire.

Je me souviens surtout d’un récit de Thomas :

– J’étais alors, me dit-il, chef d’aéroplace à Montevideo. Un soir on m’annonça de Pacheco que Mermoz allait partir. Je fis répondre que cela était impossible, que le Rio de la Plata était soulevé par la tempête, qu’il pleuvait à torrents, à cataractes, sur le terrain. Un quart d’heure plus tard, je reçus la nouvelle que Mermoz avait décollé. Je la relus avec épouvante. C’était la catastrophe certaine. Il ne pouvait arriver jusqu’à Montevideo. Si même, par miracle, il parvenait au-dessus de la ville, il ne pouvait pas trouver le terrain. Je fis allumer les feux d’essence sans aucun espoir, puis j’attendis… ou plutôt ce n’est pas vrai… je n’attendis même pas. Je restai sur le terrain, parce que c’était mon métier. Comment pouvais-je attendre dans cette nuit d’enfer l’arrivée d’un avion ? Et voilà qu’au bout d’une heure j’entendis le bruit d’un moteur tourner autour du terrain. Je me ruai hors de ma cabane, je hurlai : « Forcez les feux ! » Mais on avait beau les arroser d’essence, moi-même à trente mètres, je ne les voyais pas. “ Il ne trouvera pas, il ne peut pas trouver, me disais-je. Il va se casser la figure. ” Comme je répétais cela, Mermoz atterrit impeccablement dans le triangle des feux. Il riait. “ Le courrier, vite ! ” cria-t-il. Et il décolla dans le noir, dans le déluge.

Thomas passa la main sur son front. Dix années s’étaient écoulées depuis cette veille terrifiée, depuis cette apparition d’apocalypse. Pourtant sa voix eut un frémissement presque superstitieux lorsqu’il ajouta, parlant du cavalier ruisselant de la nuit :

– Je ne comprends pas, je n’arrive pas à comprendre. »

Dans son livre de mémoires, « Dans le vent des hélices », Didier Daurat conteste ce récit. Pas ce qu’aurait pu en dire Gabriel Thomas, mais ce qu’en a traduit Joseph Kessel. Le titre du chapitre donne le ton : « Littérature, que d’excès on commet en ton nom ». « Naturellement, écrit Didier Daurat, ce récit est, en partie, une transposition de la vérité. Dans son désir d’exalter les vertus des pilotes de l’Aéropostale, Kessel a porté – avec quel talent ! – l’héroïsme de Mermoz au delà du vraisemblable. Même aujourd’hui (en 1956) malgré les progrès gigantesques réalisés, il ne viendrait à l’esprit de personne de faire atterrir, ou même décoller dans de pareilles conditions. » Fragilité du témoignage.

Vol de nuit pour Thomas et Moré

Marcel Moré était mécanicien. Envoyé en Amérique du Sud, il est nommé chef d’aéroplace à Pélotas en janvier 1929. C’est là qu’il rencontre Gabriel Thomas. Il en parle dans ses mémoires, « J’ai vécu l’épopée de l’aéropostale » (éditions Acropole, 1980).

« J’étais depuis peu en poste à Pelotas, lorsque arriva un soir le courrier FRAM, qui devait repartir pour Montevideo avant la tombée de la nuit. Au moment où mon ami Collenot me donne le courrier de Pelotas, il pousse un cri d’exclamation : il avait oublié de donner deux sacs, destinés l’un à Florianopolis et l’autre à Santos, au cours des escales précédentes… J’avais avec moi à Pelotas, à ce moment-là, le pilote Thomas. C’était un aviateur chevronné, un ancien de la guerre 14-18, qui comptait sept victoires homologuées en combat aérien à son actif. Nous mettons aussitôt un plan sur pied ; Reine et Collenot poursuivent leur route normalement, et nous nous chargeons, avec le Laté-26 que nous avons en réserve à l’escale, de livrer les sacs oubliés. Pour cela, nous décollons en pleine nuit, afin d’être à Santos au point du jour ; les sacs seront ainsi à la poste pour la distribution, et on se gardera bien d’avertir Didier Daurat. Il aurait été capable de renvoyer Collenot, pourtant l’un des meilleurs mécaniciens de toute la ligne. Voilà pourquoi ce premier vol de nuit (pour Thomas et moi) ne figura jamais dans aucun compte rendu. »

Le duo fera d’autres dépannages depuis Pelotas.

Réquisitionné par les révolutionnaires

Mais l’aventure la plus extraordinaire qu’ils allaient vivre est politique. Après la crise de 1929, la révolution couve au Brésil en 1930.

« Je vois un jour arriver, dans un nuage de poussière, un groupe de véhicules chargés jusqu’à n’en plus pouvoir d’hommes en armes, vociférant des slogans révolutionnaires… Ils veulent réquisitionner “ mes ” avions pour aller lancer des tracts sur Pelotas et les villes environnantes. Ils sont bien renseignés, savent qu’un pilote – Thomas en l’occurrence – se trouve au terrain, et que nous avons la radio… » Après de longues négociations, Marcel Moré obtient que le vol soit remis au lendemain. « Je profitai de la nuit pour me faufiler dans le hangar et desserrer les hélices… Quant à Thomas, avec un courage qu’il faut saluer, il avait pris les grands moyens pour se rendre indisponible ; stoïquement, il venait d’avaler un grand verre d’huile de ricin, ce qui le laissa prostré pendant quelques jours. »

Leurs ennuis ne sont pas finis pour autant avec, en pleine nuit, une séance de tir sur toutes les lumières. « Une rafale vint frapper notre bâtiment ; expérimenté et prudent, Thomas qui, pas plus que moi, ne savait ce qui se passait, suggéra de s’enrouler dans nos matelas. Dix minutes plus tard, la fusillade cessait : le lendemain, je découvris que toutes les lampes avaient été détruites les unes après les autres. »

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2005

2 réponses à to “Gabriel Thomas, de la chasse à la Ligne”

  • Manuel:

    J’ai trouvé Thomas Gabriel « CARNET DE VOL. », Je pense que c’est un document important et peut-être vous pouvez trouver plus utile que moi. Lorsque je l’ai trouvé la première chose que j’ai faite a été de le google pour en savoir plus sur ce pilote et c’est comme ça que je suis arrivé ici. Je serais heureux de vous laisser avoir si vous le voulez.

  • Didier Lecoq:

    Bonjour,
    désolé d’avoir mis tant de temps à répondre. Le carnet de vol de Gabriel Thomas m’intéresse. Mais je suis historien, pas collectionneur. Les informations qu’il contient m’intéressent mais je ne suis pas acheteur.
    Cordialement
    Didier Lecoq

Laisser un commentaire