Roger Parodi n’a pas eu un bon souvenir du Neu-Neu

""Avec le bordel qu'on a mis, il t'attendent avec le violon."

Le F6F-5 Hellcat, codé “S” du groupe de chasse 2/9 Auvergne en mission dans la région de Baria (actuellement Bà Ria, près du cap Saint-Jacques, au sud-est de Saigon). L’Auvergne avait repris les avions du Normandie-Niemen. (Photo Air Extrême_Orient)
2. Lorsque Roger Parodi quitte la patrouille d’Étampes pour le prestigieux régiment Normandie-Niemen, c’est un retour en arrière. A cause de la région et de l’avion d’armes, le P.63 KingCobra.

Lorsqu’il était à la 6e escadre, à Bizerte, au retour de sa formation aux Etats-Unis, Roger Parodi avait d’abord volé sur P.39 AiraCobra puis sur la version plus évoluée, munie d’un canon de 37 mm, le P.63 KingCobra. Il avait fait ses premiers pas en unité sur ce chasseur. C’était en juin 1946. Il était alors au groupe de chasse 2/6 Travail, escadrille de la Jeanne (Spa 124).
En septembre 1949, après son passage à la Patrouille d’Étampes, Roger Parodi part en Afrique du Nord. Première étape, Rabat qu’il rejoint depuis Orly en Halifax, le bombardier transformé en transport de personnel. “On se gelait les mirettes là-dedans…” Premiers vols sur P.47 pour une reprise en main – Roger Parodi n’avait piloté que des Dewoitine D.520 comme avions de chasse, à Étampes -, et nouveau départ pour Sidi-Ahmed, en Algérie, où il s’entraîne pendant une quinzaine de jours avant le grand voyage. C’est en C.47 qu’il rejoint Saigon, avec le Normandie-Niemen, après des escales à Nicosie (Chypre), Habbanyia (Irak), Bahrein, Karachi (Pakistan), New Delhi (Inde), Calcutta et Rangoon (Birmanie).
Le régiment Normandie-Niemen est dirigé par le capitaine Guillemin de Monplanet. Son chef à la 2e escadrille est le lieutenant Gaël Taburet, dit Tata, qu’il retrouvera à Meknès.
Les KingCobra du Neu-Neu sont utilisés depuis Tan Son Nhut pour bombarder et mitrailler. Les carnets de vol de Roger Parodi révèlent les noms : Thu Dau Mot, Ba Ria, Tay Ninh, Cau Lahn, Chau Doc et même le cap Saint-Jacques (Vung Tau). Les relations avec le capitaine Guillemin de Monplanet étant tendues, Roger Parodi va souvent changer d’air. “Je pouvais lui en être reconnaissant. J’ai eu droit à tous les détachements”, à Dalat d’abord (juste après avoir perdu le lieutenant Bastide) puis à Tourane (Danang) au moment du changement d’avion d’armes. “Le KingCobra était un bon avion mais quand on tirait une roquette à droite, elle partait à gauche. Il y avait un canon de 37 mm mais on n’avait pas le droit de s’en servir.” Place au F6F-5 Hellcat.” “Un camion à munitions” selon Roger Parodi. Direction le nord ensuite, et l’aéroport de Bach Mai, dans la banlieue d’Hanoi puis le retour à Tourane. C’est là que Roger Parodi a cru perdre son équipier. C’était le 9 mars 1951. Deux jours plus tôt, il s’en était pris au pont de Thuan Hoa, dans le secteur de Quang Ngai qu’il avait mitraillé.

Une page d’un carnet de vol de Roger Parodi à la date du sauvetage d’André Pichoff, le 9 mars 1951. Le S, en photo plus haut, apparaît au bas du carnet.

“On avait cassé un pont, avec Pichoff. On a mitraillé les sampans tout le long de la côte. Et je lui vois une fumée aux fesses.”
– “Pichoff, température ? Pression d’huile ? Il me dit ” nom de dieux je fais des frites. “
” Il voulait se poser près de la plage.”
 “Avec le bordel qu’on a mis, il t’attendent avec le violon… Il me dit : “c’est un avion de la marine, ça doit flotter”. Il est allé vers le large et j’ai prévenu, en donnant sa position et le cap. Il se crashe. Je ne savais pas que c’était si difficile de regarder un gars en mer. J’étais à 1.500 pieds et je tournais autour. Je suis resté jusqu’à la dernière goutte. Les deux avions qui sont venus me relever, l’ont perdu de vue. On est resté aux OPS et là, “pilote récupéré, vivant”. C’était un navire de la Marine, le Phnom Penh, qui a entendu le Mayday. Et le premier qu’il retrouve sur la passerelle, c’est un ancien camarade du prytanée qui lui a demandé ce qu’il faisait là : “J’apprends à nager”. Ancien enfant de troupe à Autun, André Pichoff a été tambour-major et chef de la musique renaissante du prytanée de La Flèche en 1945. Il a conduit le défilé de la victoire dans les rues de La Flèche. Il est décédé en 2009.

Moins de deux mois plus tard, Roger Parodi quittait Tourane pour Saigon. Après avoir eu la joie de voir arriver, à la tête de la relève à Tourane, Louis Le Flécher avec lequel il volait en patrouille à Étampes. “Quand je suis rentré de Tourane, je suis descendu sur le parking. J’avais toujours conservé ma chambre et là il y a un lieutenant du Neu-Neu qui me dit que le chef me demande. Je ne savais pas que c’était la passation entre le Neu-Neu et, je crois, le 2/9. J’en avais marre du Neu-Neu, je savais que j’étais muté.”

“Guillemin me dit: “Content de revenir ?” Il parlait de Tourane. Je lui ai dit, content de repartir. Je ne suis même plus de chez vous. Je suis muté à Meknès.” Surprise et interrogation du commandant d’unité.  “J’ai simplement demandé au général Ezanno de rentrer à Meknès. Ils étaient étonnés de me voir partir comme instructeur car il n’y avait pas beaucoup de pilotes qui voulaient devenir moniteurs. Mais à Meknès, j’étais chez moi”.

Didier Lecoq

1. Avec Roger Parodi, la Patrouille n’était pas encore… de France. Lire

3. A Meknès, Roger Parodi joue à domicile (à venir)

Les avions de Roger Parodi au Normandie-Niemen

Selon ses carnets de vol.

P.47 : 70

P.63 : s/n 44, 94, 142, 150,197, 567, 574, 582, 622, 637, 645, 691 ; codes, de A à X sauf J, M, S, W.

F.6 F5 : s/n 179, 286, 362, 539, 566, 575, 595, 607, 670, 713, 900, 905, 975 ; codes, B, C, E, H, I, K, L, O, P, S.

NC.701 : s/n 182 ; codes, KD, A, E, KE.

Entretiens réalisés entre juillet 2010 et février 2011, à son domicile, à Saint-Cyr-sur-Loire.


A propos Didier Lecoq 11 Articles
Journaliste à la Nouvelle République, à Tours. Secrétaire général de la rédaction.

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