Avec Roger Parodi, la Patrouille n’était pas encore… de France

"Je ne sais même pas ce que c'est, cette patrouille".

Une des patrouilles : de gauche à droite, Roger Parodi, Louis Le Flécher et Alain Michaux.
(Coll. Didier Lecoq)

La PAF est l’héritière d’une longue tradition, à l’échelle de l’aviation, commencée avec la Patrouille d’Étampes, en 1931. Re-naissance en 1946, avec la Patrouille des moniteurs de Tours qui, en 1947, est redevenue la Patrouille d’Étampes lorsqu’elle a quitté la Touraine pour la Seine-et-Oise.
Trait d’union de la Patrouille d’Étampes avant et après-guerre, Roger Perrier a fait partie des deux. Il a reconstitué celle-ci à Tours. Il demeurait au Grand-Echeneau, à Vouvray.
Plus de soixante ans après, Roger Parodi ne connaissait toujours pas la réponse. Qui a bien pu avoir l’idée de l’affecter à la Patrouille d’Étampes ? Il volait alors sur P-63 KingCobra, à la 5e escadre de chasse à Bizerte. Sa trinité était limpide : l’escadrille, la chasse sous-marine et le football. «  J’y étais vachement bien. J’étais à la 2e escadrille, la Jeanne. Avec un collègue de la 1re escadrille on allait à la pêche, on avait acheté un fusil harpon.  » « Et tout d’un coup, on me dit que je suis muté à la Patrouille de présentation de l’armée de l’air. » Le commandant Dugit était le premier étonné :

– « C’est toi qui as demandé à être muté ? »
– « Pas du tout. Je ne sais même pas ce que c’est, cette patrouille. Et je ne sais même pas où c’est, Mondésir… »
– « Tu ne veux donc pas y aller ? »
– « Non, je suis bien ici en escadre. »

Répit de courte durée. « Cela se passait juste après avoir joué un match de football avec l’UC Bizerte. J’avais d’ailleurs pris un bon ramponneau. » Fin de partie. « Le commandant d’escadre a reçu la réponse à mon refus avec le numéro de mon vol à El Aouina pour rejoindre la France. » Ses camarades avaient acheté une paire de chaussons, en avaient coupé un pour son pied blessé. Et c’est ainsi que le 7 février 1948, un C-47 l’emmenait de Tunis au Bourget : « En plein hiver en France, j’arrivais en gabardine, la chemise ouverte et ma pantoufle. J’avais l’air d’un clodo. » Autre problème à résoudre : rejoindre Mondésir. A la gare d’Austerlitz, il remarque des aviateurs et leur demande comment on y va. « Je suis muté là-bas, leur dit-il. A la Patrouille de présentation de l’armée de l’air ». Instant de doute pour Roger Parodi. « Ça m’étonnerait, lui dit l’un des aviateurs, car il n’y a que des officiers chez les pilotes à la Patrouille d’Étampes. On t’a sans doute fait un tour de con. »

« Quand je suis arrivé à la Patrouille, poursuit Roger Parodi, ils étaient tous en train de jouer au menteur. “Vous voilà enfin”, m’a-t-on dit. » Roger Parodi était dans ses petits souliers. «  J’étais sergent et ces gars-là étaient tous lieutenants ou capitaines. Je n’en voyais pas un qui pouvait me donner un coup de main. Ils ne m’ont pas parlé comme à un sous-officier, mais comme à un pilote…  » Mais le commandant Perrier qui l’a reçu, l’a mis à l’aise : «  “Le repas, vous le prendrez avec nous”, me dit-il… Ce n’était pas un tour de con.  »

Le commandant Roger Perrier. (Coll. Didier Lecoq)

« Ce gars-là, c’était une merveille », assure Roger Parodi, bien des années plus tard. Comme pilote et comme chef. « Pour nous entraîner, il passait sur le dos et nous faisait signe, de l’index, de nous rapprocher de lui. Un jour, je l’ai vu passer sur le dos près du sol. Sur le parking, il y avait un Ju-52. Perrier était si bas que j’ai vu l’aile du Ju au travers des deux ailes du Stampe », se souvient-il, admiratif.

Le commandant Perrier veillait sur ses pilotes, sans jouer les gardes-chiourme. Roger Parodi encore sous l’emprise du football, en témoigne.

« J’avais dit à un mécano de me prendre en photo quand j’arrivais sur le dos, près du sol, au travers du but de football. Le problème, c’est qu’à Etampes, le grillage était près du but. Il fallait que je saute le grillage et je n’avais pas le temps de me placer dans la perspective du but. » Après plusieurs tentatives vaines, Roger Parodi décidait de se poser.

Roger Pardi à Pierre-en-Bresse.
Roger Parodi à Pierre-en-Bresse.
(Coll. Dan Gilberti que je remercie)

Le commandant Perrier était là, les deux mains dans le cuir, qui de sa voix traînante et nasillarde – il était surnommé Oin-Oin – était venu en parler à Parodi :
– «  Alors, ça y est, on se l’est fait ?  »
– «  ça ne passe pas », lui répondit Parodi.
– «  Si vous aviez continué, c’était le cimetière. C’est comme ça qu’on se tue  » , ajouta le commandant Perrier.
– «  Vous vous rendez compte de la photo, là…  »
– «  Vous prenez vos poteaux de foot et vous les installez au milieu du terrain. Là, il y a de la place », termina Perrier, compatissant.
«  On avait le terrain pour nous », conclut Roger Parodi.

Son éducation de pilote de la Patrouille, le sergent Parodi l’a faite avec le lieutenant Maurice Guido, ancien du Normandie-Niemen (quatre victoires), qui lui a tout de suite annoncé la couleur :
– « Vous allez souffrir ici, m’a-t-il dit quand je suis arrivé. Mais moi, cela ne m’intéressait pas leur affaire. »
– « Parce qu’ici, une boucle ce n’est pas une olive ; la voltige, ce n’est pas de l’acrobatie, c’est de la voltige. Si tu n’es pas capable de faire cela, tu prends tes cliques et tes claques et tu rentres chez toi »…
– « Je lui ai répondu : moi, je repars tout de suite. J’ai la pêche qui m’attend à Bizerte »…

De gauche à droite, Le Flécher, Michaux et Parodi, à Montech, le 22 août 1948. (Coll. Didier Lecoq)

Roger Parodi est resté. Deux saisons. Il a fait patrouille avec les lieutenants Alain Michaux (ancien du GC III/6) et Louis Le Flécher (GC Alsace, abattu au-dessus des Pays-Bas, le, prisonnier et évadé).

L’hiver et le printemps étaient consacrés à l’entraînement individuel ou collectif, sur Stampe SV4. Sans oublier l’entraînement sur les Dewoitine D.520 (qui avaient succédé aux Yak du Normandie-Niemen) pour conserver leurs qualifications de pilote de chasse. Il n’était pas question de charger les Stampe dans un avion pour se rendre aux meetings. Tout se faisait par les airs, en biplan. Chaque pilote emmenait un mécanicien, du matériel. Un exemple avec le meeting de Carpentras : Étampes – Carpentras le 16 juillet avec escales à Nevers et Saint-Etienne; meeting à Carpentras le 17 juillet; Carpentras – Étampes le 18 juillet avec escales à Valence, Villefranche et Nevers. Le sergent mécanicien Tondelier l’accompagnait. En 1952, c’est jusqu’en Afrique du Nord que la Patrouille s’est déplacée; à coups de sauts de puce, avec Elisabeth Boselli.

«  En démonstration solo, je faisais le 8 vertical à l’envers. A la remontée j’en prenais plein la poire avec notre petit Stampe à moteur Gypsy. A l’entraînement on faisait la boucle à cinq.  » Ce sera beaucoup moins compliqué avec des avions à réaction.

Le trio Michaux-Parodi-Le Flécher a sillonné les meetings pendant deux années. En France mais aussi à l’étranger.

Meeting de Caen, en 1949 : Michaux et Le Guennec sur le coffre, Le Flécher et Parodi (légèrement masqué). (Famille Le Guennec que je remercie)

Comme tous les pilotes de l’armée de l’air étaient appelés à faire un tour en opérations en Indochine, Roger Parodi a préféré le faire avant de se marier. « Tout le monde m’a dit que c’était une erreur. A commencer par Perrier qui m’a raccompagné à la gare ». Bien des années après, il reconnait que c’était une erreur. D’autant que Roger Parodi n’a pas conservé un bon souvenir de son passage au Neu-Neu, en Indochine.

Il y a croisé le commandant Perrier qui avait quitté sa Patrouille pour l’état-major à Saigon. Lorsque la relève est arrivée à Tourane (Danang) où il avait été exilé avec quelques avions, il a eu la surprise de voir débarquer Louis Le Flécher, son compagnon de Patrouille. Le Neu-Neu a quitté l’Indochine pour Oran ; Roger Parodi a quitté le Neu-Neu pour l’école de chasse à Meknès, sa ville natale. Mais c’est une autre histoire.

Didier Lecoq

Parodi, Michaux et Le Flécher, à Caen, en 1948. (Didier Lecoq)

Les patrouilles d’Étampes

A Etampes, la patrouille était composée de trois pilotes. Il y avait donc trois patrouilles de trois pour couvrir un maximum de meetings, en France et à l’étranger, du début mai à la fin octobre. Lors des meetings, un quatrième pilote venait pour des solos ou pour Ademaï (surtout Le Guennec sur son MS-315).

En 1948
– Perrier, Kerguelen, Darbois
– Michaux, Le Flécher, Parodi
– Guido, Monfort, Richard

En 1949
– Perrier, Kerguelen, Darbois
– Michaux, Le Flécher, Parodi
– Guido, Monfort, Ménard

En 1950
– Guido, Monfort, Ménard
– Michaux, Darbois, Kerguelen
– Izaac, Le Flécher, Claveau

En 1951, selon Marcel Charollais :
– Guido, Ménard, Monfort
– Izaac, Claveau, Darbois
– Kerguelen, D’Hulst, Charollais.

Les avions de Roger Parodi à Étampes

Selon ses carnets de vols :

SV4-A : 677, 678, 680, 681, 682, 683, 684.
SV4-B : 2, 4, 7, 8, 9, 10, 12.
SV4-D : 4, 12. Il s’agissait des deux SV4-B sur lesquels un moteur Mathis a remplacé le Gipsy Major.
Bücker 181 : 45
Dewoitine D.520 : 40, 185, 186, 603, 650, 862.

Les SV4-A 682 et 680 lors d’un meeting. (Coll. Didier Lecoq)

Les meetings de Roger Parodi

1948 : Caen en juin; Laval, Villefranche-sur-Saône en juillet; Luxeuil, Les Bréviaires, Montech, Pierre-de-Bresse en août; Reims, Moissac en septembre.
1949 : Cherbourg, Falaise, Bordeaux, Montauban en juin; Alençon, Bernay, Carpentras en juillet; Le Tréport, Ypenburg (Pays-Bas) en août; Saint-Auban en septembre.

En savoir plus

Plusieurs Tourangeaux – de naissance ou d’adoption – ont volé avec cette nouvelle Patrouille d’Étampes : Roger Parodi (1948 – 1949), originaire de Meknès, venu du Maroc avec l’école de chasse et qui n’a pas quitté la Touraine, il y est décédé, à 91 ans ; Louis Le Flécher (1948-1949) qui a pris sa retraite dans le Véron (près d’Avoine) où il est décédé en 2006 ; Baptiste Claveau (1949-1953), né à Charentilly (au nord de Tours), qui a effectué plusieurs passages sur la base de Tours, à l’école des moniteurs (1947) et au centre d’entraînement des réserves 311.

A gauche, Roger Parodi. Au centre, Louis Le Flecher et Alain Le Guennec. A droite, Alain Michaux. (Coll. Didier Lecoq)

Entretiens réalisés entre juillet 2010 et février 2011, à son domicile, à Saint-Cyr-sur-Loire.

A propos Didier Lecoq 7 Articles
Journaliste à la Nouvelle République, à Tours. Secrétaire général de la rédaction.

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