Lors de la Semaine de Touraine, l’aviation boit la tasse

"Elle pourra ainsi se faire rembourser sa prime d’engagement."

Bertram Dickson, la grand vainqueur de la Semaine de Touraine. (Didier Lecoq)

Première grande manifestation organisée en Touraine, la Grande Semaine de Touraine de 1910, s’est déroulée dans des conditions atmosphériques épouvantables. Grand vainqueur : l’Écossais Bertram Dickson.

Après le coup de maître de la Grande Semaine de Reims en 1909, toutes les villes veulent leur meeting d’aviation. Parmi elles, Tours. C’est ainsi que va se constituer le Comité d’aviation de Touraine, chargé d’organiser le premier meeting.

Le Comité prendra son visage définitif le 7 décembre 1909. Son président, le baron du Saussay, est un ancien député bonapartiste. Y figurent les incontournables médecins tourangeaux, Héron (vice-président), élu républicain; Thomas (secrétaire-général), vice-président de l’Automobile-Club ; Dubreuil-Chambardel et Ysambert. Chevrel, président du syndicat d’initiative, accompagne le projet. Ainsi qu’un large éventail de journalistes pour donner de la voix : André Beaussier, du Journal d’Indre-et-Loire, trésorier-adjoint ; Robenne, de La Dépêche, président de la commission d’organisation ; Mockers, de La Touraine Républicaine, président de la commission des finances. Enfin, des membres de l’Aéro-Club de Touraine, Tiétard, secrétaire du comité et Victor Chantreau, président de la commission technique.

Lors de sa réunion du 7 décembre 1909, le Comité d’aviation de Touraine avait retenu la semaine de Pâques, du 27 mars au 4 avril. Tours n’était pas seul. Pour 1910, quatre-vingts villes sont candidates. C’est à l’Aéro-Club de France qu’est revenu le soin de mettre un peu d’ordre dans cette effervescence. Le calendrier des épreuves pour 1910 est arrêté lors de la réunion de la commission mixte aérienne du 18 janvier. Tours aura son épreuve. Mais elle aura lieu du samedi 30 avril au jeudi 5 mai. Maintenant qu’il sait quand, le comité d’organisation va s’attacher à trouver d’autres réponses : où ? qui ? Mais d’abord, combien ?

Les trois coups à Rochepinard. (Didier Lecoq)

Les premières décisions du Comité d’aviation de Touraine concernent les prix. René Quinton, pour la Ligue nationale aérienne offre un prix, ainsi que Jacques Schneider, au pilote titulaire du brevet depuis moins de six mois et qui n’a encore rien gagné. 45.000 F seront distribués, et autant d’indemnités Primes quotidiennes pour celui qui a volé le plus longtemps et pour celui qui a volé le plus vite ; prime pour le plus grand total de kilomètres parcourus dans la semaine ; prime pour celui qui est allé le plus haut.

Un trophée récompensera le vainqueur. Il est l’œuvre du sculpteur tourangeau Georges Delpérier. L’affiche est d’un autre Tourangeau, Leduc, élève de l’école des Beaux-Arts. 4.000 ont été commandées.

Afin de se garantir des forfaits de dernière minute, les pilotes devront verser 1.000 F pour s’engager, somme restituée à tout pilote qui franchira au moins une fois la ligne d’arrivée. « Il est interdit de faire figurer aucune réclame sur les aéroplanes sauf le nom du constructeur de l’appareil. Les concurrents peuvent s’entraîner à partir du 25 avril, précise le règlement. Les engagements seront clos le 31 mars, à 2 heures du soir […] Tous les matériels seront rendus à Tours au plus tard le 28 avril. »

Les premiers noms circulent. Dans La Touraine républicaine du samedi 12 Février : Rougier, Latham, le Castelroussin Jacques Balsan… Ils ne viendront pas. En revanche, le lieu se précise. Dans son édition du jeudi 3 mars, La Dépêche du Centre et de l’Ouest annonce que « le comité d’aviation a loué cent hectares de prairie, à l’extrémité de la rue de Paris, à gauche de la route de Tours à Saint-Avertin, entre l’usine Saint-Gobain et le Cher. »

En grisé, le cours actuel du Cher.

« Cet aérodrome sera entouré de 5.000 m de clôture en planches […] La piste aura la forme d’un quadrilatère allongé, délimité par quatre pylônes. On trouvera successivement, d’est en ouest : six vastes hangars, les postes d’incendie et de police, la conciergerie, le secrétariat, la trésorerie, une tribune de 100 mètres, puis une tribune de 200 m, enfin l’enceinte de la pelouse qui s’étendra sur 2.000 m. » Une autre tribune a été installée de l’autre côté du Cher, sur la butte de l’Ecorcheveau. Et de poursuivre : « Les entrées du public au champ d’aviation seront à 2.500 mètres de la place de la gare, à 1.800 mètres de la barrière de Grammont (tramway), à 1.600 mètres de la place Velpeau (tramway), à 1.200 mètres de Saint-Avertin (tramway). Il eut été vraiment impossible de trouver mieux à tout point de vue. »

L’Antoinette de Küller est arrivée par train puis tirée par des chevaux. Les aéroplanes ne prenaient pas encore la voie des airs. (Didier Lecoq)

Le nerf de la guerre

Pour équilibrer son budget, le Comité compte sur les subventions. L’aide de la ville de Tours est sollicitée. La personne chargée d’un rapport n’est autre que le docteur Héron, conseiller municipal et vice-président du comité d’organisation… Une subvention de 25.000 F est votée lors de la réunion du 11 mars. Payable pour moitié le 15 mars, le solde au 1er mai.
Les autres recettes doivent venir des spectateurs. Une place coûtera 20 F au pesage, 5 F en tribune, 1 F dans l’enceinte (à titre d’exemple, un journal coûte 5 centimes). Des abonnements sont prévus pour les six jours (60 F au lieu de 120 au pesage, 20 F au lieu de 30 en tribunes ; 5 F au lieu de 6 sur la pelouse).

Où s’abonner ?

  1. Au siège social du comité d’aviation, 22 rue Victor-Hugo, à Tours,
  2. Au Crédit Lyonnais, rue nationale,
  3. Au syndicat d’initiative de Touraine, 13, rue de Clocheville, à Tours,
  4. Aux bureaux de tabac, 18, 37 ou 72 rue nationale, à Tours,
  5. Dans tous les cantons d’Indre-et-Loire, chez MM. les agents principaux des sociétés d’assurances mutuelles du Mans.
Le Voisin de Mme de la Roche est arrivé par la route. (Didier Lecoq)

Des souscriptions sont lancées pour le prix du Commerce tourangeau. Parmi les premiers souscripteurs, des noms connus comme Bossaboeuf, le brasseur, Louis et Marcel Mirault, des épiciers et chocolatiers, Alfred Mame et fils, les éditeurs-imprimeurs. D’autres encore comme Guimier, fabricant de conserves à Richelieu ou Pinguet de la Société horticole de Touraine, dont les fils « feront de l’avion », dans d’autres conditions… lors de la Première Guerre mondiale.

Métrot, le premier

Mais revenons aux aviateurs : qui sont-ils ? Les noms sont dévoilés au compte-gouttes : René Métrot d’abord. Il possède le brevet n° 29 du 6 janvier 1910. Il est nouveau, mais en métropole seulement. Car le 22 octobre 1909, René Métrot, a effectué le premier vol motorisé en Afrique, avec un biplan Voisin déjà, à Hussein-Dey, dans le Grand Alger.

Le Belge Arthur Duray (brevet belge n°3) n’est pas un inconnu. Il vient de l’automobile où il a remporté de nombreuses épreuves pour la marque Lorraine-Dietrich.

Suivent Chateau, de la Chartre-sur-le-Loir, Émile Allard (brevet n°4 belge), puis le capitaine Médéric Burgeat, l’élève de Latham chez Antoinette. Seize en tout dont le premier Hollandais volant, Gijbertus P. Küller (en novembre 1909)  ; un Péruvien né en France, Geo Chavez, athlète, ingénieur et maintenant pilote ; un Écossais, Bertram Dickson ; un trio également : Guyot, Boeswillwald et Stahl engagés sur un avion si nouveau qu’il ne volera pas, le GBS à moteur Labor. L’Orléanais Albert Guyot vient aussi de l’automobile. Il y retournera. Il fera une petite carrière dans l’aviation qui l’emmènera jusqu’en Russie pour des démonstrations. Il formera des pilotes, construira un autre avion, le GBV (Guyot, Boeswillwald et Villem). Sans jamais avoir son brevet.

Est également là Mme de La Roche, Élise Deroche pour l’état civil, fausse baronne mais vraie pilote puisqu’elle est la première femme au monde à avoir obtenu son brevet : le n° 36 en France. Sur les seize engagés dont douze voleront vraiment, huit ont leur brevet depuis moins de quatre mois. Une éternité. Champel ne sera officiellement breveté qu’en juin. Guyot, Antelme, Boeswillwald, Stahl, Tranchant ne l’ont sans doute jamais été. Ce qui explique leur discrétion voire leur absence.

Florentin Champel et l’impressionnant nez (avec le moteur) de son Voisin. (Didier Lecoq)

Le 17 avril, les journaux tourangeaux publient la liste définitive des pilotes :

PilotesBrevetConstructeurMoteurType
1René Métrot19VoisinENV 60 chbiplan
2Arthur Duray (Belgique)3 belgeFarmanFarman 50 chbiplan
3Édouard Chateau135ZodiacGnome 50 chbiplan
4capitaine Médéric Burgeat44AntoinetteAntoinette 50 chmonoplan
5AntelmeVoisinbiplan
6Gijs P Küller (Pays-Bas)46AntoinetteAntoinette 50 chmonoplan
7Geo Chavez (Pérou)32FarmanGnome 50 chbiplan
8Léon Molon25BlériotAnzani 35 chmonoplan
9Émile Allard (Belgique)4 belgeVoisinbiplan
10Mme de La Roche36VoisinENV 60 chbiplan
11BoeswillwaldGBSLabormonoplan
12Albert GuyotGBSLabormonoplan
13StahlGBSLabormonoplan
14Florentin Champel94Voisinbiplan
15TranchantBlériotmonoplan
16capitaine Bertram Dickson (Éc.)71FarmanGnome 50 chbiplan

La fête s’annonce belle. Mais un indésirable va s’y inviter : le mauvais temps. Le premier ennemi des premiers aviateurs.

Les épreuves

Pour la première journée, le samedi, « il y avait foule, surtout à la pelouse, le pesage et les tribunes ne présentant pas une grande animation, note la Dépêche. Le fanion rouge qui signifie “on vole” flotte au vent. »

« Tour à tour, on sort du hangar : le biplan Voisin de Métrot ; le biplan Farman de Duray ; les biplans Voisin d’Antelme, d’Allard, de Champel et le biplan Farman de Dickson. Les moteurs sont mis en marche et font un potin d’enfer. Le public, radieux, croit que l’on va voler. Désillusion ! Il fait trop de vent, disent les aviateurs, nous ne pouvons partir. »

Ce n’est qu’en fin de journée, à 5 heures et quart que Duray quitte enfin le sol. Un petit tour et puis s’arrête.

« A 5 h 19, le capitaine Dickson part à son tour avec une admirable aisance. Très maître de sa direction, il opère les virages avec une étonnante facilité malgré le vent. Il fait huit tours de piste sans désemparer, au milieu des acclamations et vient se poser délicatement sur la prairie, sans incident. »

Cette première journée est l’occasion de revoir le chiffre des engagés à la baisse : treize. Le trio Guyot, Boeswillwald et Stahl (sur G.B.S) a jeté l’éponge. Treize… au mieux puisque le capitaine Burgeat ne fait qu’arriver et que Küller (lui aussi sur Antoinette) attend un nouveau moteur.

Prometteur, inspiré du Blériot XI, mais finalement absent même s’il a été photographié sur les bords du Cher. (Didier Lecoq)

La journée du dimanche s’annonce aussi mauvaise : « Comme la veille, un vent violent souffle de nord-ouest avec remous et rafales […] Cela ne fait pas l’affaire du public qui se montre houleux, ne comprenant pas comment on le fait attendre. Hélas ! l’aviation n’a rien de comparable avec les courses d’automobile ou de bicyclettes où la piste est toujours occupée. » La journée se termine pourtant en apothéose. En fin de journée, « Chavez entre en lutte avec Métrot, Küller et Dickson, ce qui fait quatre appareils en piste, s’extasie La Dépêche. Le coup d’œil est vraiment captivant. Des oh ! et des ah ! d’admiration s’échappent de toutes les poitrines. » « Métrot, Chavez, Dickson, Duray tiennent l’air en même temps. Le coup d’œil est inoubliable », renchérit Le Journal d’Indre-et-Loire. « Ce sont, entre les aviateurs, des chassés-croisé continuels que l’intrépide Métrot ne cesse de dominer, s’élevant à près de 80 mètres, s’enthousiasme La Touraine Républicaine. A un moment donné, Métrot s’écarte de la piste et se dirige vers le Cher. Une ovation lui est faite par le public. Le courageux aviateur se redresse ensuite et dans une courbe savante revient en piste. » Dickson est allé le plus loin (32 kilomètres parcourus), Küller le plus vite.

Le lundi, la pluie a chassé les spectateurs. « En dépit de la pluie qui n’a cessé de tomber toute la journée d’hier, les intrépides voyageurs ont accompli des prouesses », regrette Le Journal d’Indre-et-Loire. Küller ne peut pas terminer un tour. Duray en fait deux. Allard, un kilomètre seulement. Dickson totalise 45 kilomètres de vol ; Métrot, 35.

Il fallait baisser la tête lors des meetings… (Didier Lecoq)

Mardi, « pas de pluie, pas de vent, un temps idéal pour les aviateurs. La foule qui s’était rendue nombreuse à l’Aérodrome a eu tout lieu d’être satisfaite car, de 2 h et demie à 7 heures, la piste n’a cessé d’être occupée, tantôt par un appareil, tantôt par deux ou trois à la fois. » C’est la journée de Chavez : « A 6 h 18, commente Le Journal d’Indre-et-Loire, il effectue un superbe vol en hauteur. Il monte à 120 ou 150 m, planant au-dessus des tribunes. Ovation des spectateurs enthousiasmés. Puis soudain, presque devant les tribunes, il effectue une descente d’une hauteur d’au moins 80 mètres, de toute beauté et avec une habileté impressionnante. Chavez a été le héros de cette quatrième journée. » Journée au cours de laquelle Métrot brise l’aile du Voisin de Mme de La Roche.

Triste journée de mercredi. « Contrairement aux autres jours, le vent du nord-ouest, violent et froid jusqu’au coucher du soleil, ne fait pas relâche. » Seul Küller s’est envolé sur son Antoinette et a tenu l’air quelques instants. « Quelques aviateurs réparaient de légères avaries causées par le vol des derniers jours et, sur la pelouse, une foule considérable réclamait bruyamment le spectacle attendu, comme si les acteurs eussent été responsables du retard apporté au lever de rideau », fait contre mauvaise fortune bon cœur La Dépêche. « La jolie baronne de La Roche paraissait plus affectée que tous ses camarades de ce contretemps… du temps. C’était en effet son jour de lutte pour le prix de vitesse, et peut-être aussi de triompher sur ses concurrents. Qu’allait-on penser d’elle dans le public ? Peut-être dirait-on qu’elle était enchantée de se dérober, sous prétexte de mauvais temps, aux dangers du voyage, et que son nom sur le programme n’était qu’une amorce sensationnelle. Nous pouvons assurer nos lecteurs que Mme de La Roche n’est point femme à se soustraire aux engagements qu’elle prend et aux obligations de la carrière qu’elle a adoptées avec amour, peut-être romanesque du danger, et nous ajouterons que si l’on n’eut mis un obstacle à son imprudence, elle eut tenté hier un vol périlleux. En cette saison, disait avec dépit l’aimable aviatrice, on ne peut compter sur rien. Depuis le commencement des fêtes de Palerme, la tempête n’a pas cessé. Espérons que je trouverai à Saint-Pétersbourg, la semaine prochaine, un climat plus hospitalier qu’au pays des oranges et dans votre Touraine qui, parce qu’elle est jolie, s’arroge le droit d’être capricieuse. »

La crue du cher a emporté les palissades. (Didier Lecoq)

Le dernier jour, le jeudi de l’Ascension, c’est au tour de Dickson, le grand vainqueur de cette semaine, de se faire peur : « Par suite d’un virage défectueux et, paraît-il, de la rupture de son gouvernail, son biplan qui vient de s’élever de terre, tombe sur le côté gauche, si brusquement que l’appareil se brise complètement. Une vive émotion s’empare des spectateurs. Le biplan est là sur l’herbe gisant comme un grand oiseau blessé, les ailes en l’air. On accourt de toutes parts, mais Dickson a eu le temps de sauter à terre et n’a aucun mal. » Quant à la baronne de La Roche, à 6 h 58, deux minutes avant la fin, elle part enfin, « mais ne fait qu’un tour très court lui permettant de franchir seulement la ligne de départ. Elle pourra ainsi se faire rembourser sa prime d’engagement. »

Le Zodiac ne flotte pas

Une déception qui encourage le journaliste de La Dépêche à tirer un dernier trait assassin. « D’autres villes en organisent, nous leur souhaitons meilleure chance et nous espérons que les aviateurs qu’elles engageront se montreront généralement mieux disposés à les seconder dans l’œuvre qu’elles entreprennent. »

A al rame pour sauver l’avion de Chateau. (Didier Lecoq)

Mais les aviateurs et les organisateurs n’en avaient pas fini avec les intempéries. Après les crues d’hiver, le Cher sortait à nouveau de son lit en mai. « L’aérodrome a été complètement inondé, les palissades renversées, les pylônes abattus, constate alors La Touraine Républicaine. En certains endroits, l’eau atteignait près de 2 mètres […] Les hangars des aviateurs eux-mêmes ont beaucoup souffert. Si Tranchant, Max-Antoine et Cluzan avaient pu sauver leurs appareils, dès le premier jour de la crue, Chateau avait dû abandonner son biplan Zodiac sous son hangar. Et c’était vraiment original de voir le grand oiseau noyé dans près de 2 mètres d’eau, visité par les mécaniciens, circulant en canot sous le hangar, soulevant l’appareil et sauvant l’outillage. »

Les résultats complets

Distance
1er Dickson (Henry Farman) 266,900 km,
2e Chavez (Henry Farman) 147 kil 180 dont une centaine le même jour
3e Métrot (Voisin) 93 kil 720 ; 4e Molon (Blériot) 88 kil 640 ; 5e Küller (Antoinette) 63 kil 700 ; 6. Duray (Henry Farman) 30 kil 460.
Vitesse
Duray, 2 kilomètres en 1min 46sec 3/5. 66, 669 km/h et un temps de 50s 3/5 pour le kilomètre.
Ce qu’ils ont gagné
Dickson 18.000 fr ; Chavez 9.000 fr ; Métrot 5.000 fr ; Küller 2.000vfr ; Duray 2.000 fr. Total 36.000 fr.

Ce qu’ils sont devenus

La mémoire de capitaine Bertram Dickson, héros des fêtes de Touraine, est régulièrement célébrée. La carrière du premier pilote écossais fut pourtant courte. Il se blessa sérieusement le 2 octobre, à Milan, en percutant un autre aviateur, le Français René Thomas. C’est la première collision de l’histoire de l’aviation. Bertram Dickson ne revola plus et décéda en 1913.

Une hélice blessa Arthur Duray le 29 mai à Vérone. Ce qui ne l’empêcha pas d’ assister à l’exploit de Geo Chavez. A son exploit et à sa mort car le Péruvien (né à Paris) disparut au moment de cueillir les lauriers. Lui qui atteignit les 150 mètres de hauteur lors du meeting de Touraine fit mieux, beaucoup mieux, le 8 septembre : 2.652 m sur un Blériot. A la fin de l’été, plusieurs pilotes dont Chavez se donnèrent rendez-vous à Brigne pour jouer à saute-mouton sur les Alpes. Le 23 septembre, Duray l’attendit à Domodossola, de l’autre côté des Alpes, avec son drapeau. Au moment de se poser, l’exploit accompli, les ailes du Blériot lâchèrent prise à cinq mètres du sol provoquant la mort du Péruvien. Carrière fulgurante que celle de Geo Chavez qui effectua son premier vol le 5 février 1910 chez Farman, à Mourmelon ; passa son brevet le 13 ; battit le record du monde de hauteur le 8 septembre pour mourir à la fin du mois. « Plus haut, toujours plus haut » était la devise de Geo chavez. Il aurait pu y ajouter : « Plus vite, toujours plus vite ». L’aéroport international de Lima porte son nom. Quant à son camarade, Arthur Duray, il reprit les courses automobiles.

Après la guerre, le Havrais Léon Molon, agent Renault, revint à la compétition automobile : 26e au Mans, en 1923, sur Vinot-Deguingand, avec son frère Lucien ; 17e en 1926, sur Jousset M1, toujours avec son frère.
René Métrot retourna en Afrique du Nord où il devint directeur des chemins de fer marocains.

Florentin Champel, après la guerre, se consacra définitivement à l’automobile, comme directeur de Rosengart.

La baronne de La Roche, qui s’inquiétait de la mauvaise image qu’elle avait pu laisser lors de la Semaine de Touraine, fut victime d’un grave accident au meeting de Bétheny, le 8 juillet : « Fractures multiples, luxation de la hanche, état grave, guérison possible ». Cela ne l’arrêta pas. Comme ne l’arrêta pas son terrible accident de la route qui vit la mort de son compagnon, le constructeur Charles Voisin (frère de Gabriel), en septembre 1912. Nouvel accident en mai 1913, percutée par une voiture de livraison, blessée à la figure et aux jambes. Cette même année, elle signa ses plus beaux exploits avant la Grande Guerre : coupe Fémina avec 323,500 kilomètres dans la même journée ; record féminin de hauteur, 4.800 mètres. Elle trouva la mort en 1919 sur l’aérodrome de Caudron, au Crotoy. A Tours, Mme de Laroche avait craint « que son nom sur le programme » ne passa que pour « une amorce sensationnelle » aux yeux des spectateurs qui ne l’avaient pratiquement pas vue voler. Huit ans plus tard, personne ne pouvait plus lui disputer sa place sur l’affiche.

Didier Lecoq

A propos Didier Lecoq 32 Articles
Journaliste honoraire. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020.

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