Le courrier d’Air Bleu tourne au drame à Parçay-Meslay

Le Simoun d’Air bleu s’est planté sur le mur de la ferme de la Pécaudière. Devant le mur, un bout de l’aile droite. (Collection Angélique Beaupied)

Le Caudron Simoun d’Air Bleu qui assurait le courrier du Bourget à Bordeaux, s’est écrasé lors de son arrêt à Parçay-Meslay, le 4 décembre 1935. Georges Tixier, le pilote, y a trouvé la mort.

Le 23 mai 1935 le ministère de l’Air, le ministère des PTT et la société Air Bleu signaient une convention qui permettait le transport du courrier de jour à partir de Paris vers Lille, Le Havre, Strasbourg, Bordeaux, Nantes et Toulouse (et retour). Ce réseau postal (donc régulier et ponctuel) devait permettre à quelqu’un (moyennant une surtaxe de 2,50 F par 10 grammes ou fraction de 10 grammes quel que soit le parcours) d’expédier une lettre de Paris à Toulouse le matin, et d’en revevoir la réponse le soir à Paris. A l’arrivée, ces lettres étaient distribuées dans les mêmes conditions que les télégrammes, dans la limite de la circonscription urbaine. Au-delà, elles étaient distribuées comme des correspondances ordinaires. Et ce, tous les jours sauf les dimanches et jours fériés.

Air Bleu possédait de nombreux atouts. Ses dirigeants d’abord : son directeur général était Beppo de Massimi, ancien directeur général des Lignes Latécoère ; Didier Daurat, le bâtisseur des lignes vers l’Amérique du Sud, était directeur d’expoitation ; avec lui, son inséparable compagnon, Raymond Vanier, chef pilote. Ses avions ensuite, avec le tout nouveau Caudron C-630 Simoun, dessiné par Raymond Riffard, un monoplan à moteur Renault (bien sûr) dont la livrée bleue rappelait les télégrammes du même nom (les bleus). Air Bleu en possédait une douzaine (de F-ANRI à F-ANRT).

Gagner du temps
Le Musée de la Poste
a conservé une boîte aux lettres.

Les quatre premières lignes débutèrent leur exploitation le 10 juillet 1935. Parmi elles, Paris – Bordeaux avec des escales à Tours, Poitiers et Angoulême. Les deux autres lignes (Nantes et Toulouse) furent ouvertes quelques jours plus tard, le 25 juillet.

Qui dit courrier dit boîte aux lettres. Plusieurs étaient prévus à Tours pour y recueillir le courrier d’Air Bleu : le bureau de la poste de la gare de Tours bien sûr, celui de la poste des Halles ou encore la Recette principale. Mais des boîtes avion (bleues, bien sûr) avaient été spécialement installées, place de la gare, près de la sortie des voyageurs et, c’est logique, au camp d’aviation.

La levée du matin était fixée à 12h05 à Parçay-Meslay (11h15 à la gare). Le vol d’Air Bleu qui descendait vers le Sud-Ouest,permettrait d’envoyer le courrier vers la Vienne, les Deux-Sèvres, la Charente-Inférieure, la Dordogne et la Gironde. La levée du soir était à 17h10, lors du retour (16h20 à la gare). Direction Paris et au-delà.

La Caudron a fini dans le sol, pratiquement à la verticale, avant d’être redressé. (Collection Angélique Beaupied)
Un moment de distraction

C’est à Tours qu’Air Bleu connut le drame de sa « première période ». Le 4 décembre 1935, le Caudron Simoun F-ANRK piloté par Georges Tixier, ayant à son bord le télégraphiste Victor Beaufol, se présentait à l’atterrissage sur le terrain de Parçay-Meslay. « Regardant vers le nord, je cherchais des yeux et de l’oreille l’avion d’Air-Bleu qui se pose chaque jour ici sur le terrain vers 14 h 20, déclara à La Dépêche, M. Belin, pilote de l’aéro-club Air Touraine. Bientôt j’ai aperçu l’avion bleu. J’eus l’impression qu’il allait accrocher la cime d’un arbre situé sur l’arrière-cour de la ferme de la Pécaudière. Je crus à une illusion d’optique, mais hélas ! presque aussitôt, une des ailes de l’appareil fauchait la cime de l’arbre, l’avion faisait un demi-tonneau et venait s’écraser dans le jardin de la ferme, en bordure de la route. »

« S’écraser » n’était pas vraiment le bon terme. « Se planter » aurait davantage convenu. Car le Caudron-Simoun vint se ficher dans le sol, au pied du muret de la ferme, pratiquement à la verticale. Une ferme dont le propriétaire, ancien maire, avait un nom prédestiné pour l’aviation en Touraine : Tulasne. Elle était situé pas très loin de l’actuelle piste, à l’ouest des grands hangars du nord, pas très loin de l’aérogare d’Air Touraine.

Le témoignage de Jean Boy

Autre témoin, Jean Boy, chef pilote d’Air-Touraine, guettait lui aussi l’arrivée du vol. « Je me trouvais à proximité des hangars du club quand j’entendis, à une courte distance, le ronronnement significatif de l’avion rapide d’Air Bleu, confia-t-il à La Touraine Républicaine […] A cent mètres de moi, dans la partie extérieure nord du terrain, je vis l’avion amorcer un tonneau. L’aile gauche de l’appareil venait de décapiter une haute branche d’un peuplier. Désemparé, il piqua droit au sol, où il percuta. »

La ferme était située à deux pas de l’aéroport militaire. Les secours furent rapidement sur les lieux. « Avec quelques soldats, comme moi témoins de l’accident, nous accourûmes. L’avion était fiché profondément en terre, complètement écrasé, ajouta Jean Boy. Des cris s’élevaient sous l’appareil. Mais avant de pouvoir dégager les corps des aviateurs nous dûmes enlever les débris qui les recouvraient. »

La proximité de la base a permis aux militaires de secourir très vite l’équipage. (Collection Angélique Beaupied)

« Le radiotélégraphiste Beaufol, fut le premier fut dégagé. Il paraissait sérieusement touché. Pendant que des témoins le transportaient à quelque distance nous arrachâmes le corps du pilote Texier. Le malheureux, complètement broyé, expira entre nos bras, sans avoir pu prononcer une parole… »

Dans le livre Courrier de l’aventure de Jean Macaigne, publié en 1962, Victor Beaufol raconta ce qu’il avait vécu. « Nous nous étions préparés à l’atterrissage. Tixier avait réduit la vitesse, commencé à descendre les volets d’intrados. Je quittai ma place et selon la consigne, allai vers l’arrière de façon à faciliter l’atterrissage en déplaçant ainsi le centre de gravité, l’avion étant peu chargé. Alors que je marchais vers l’arrière, il y eut un choc, l’avion tressaillit. Je me retournai et vit dans le pare-brise du cockpit, le ciel basculer et apparaître, à sa place, un jardin sur lequel nous foncions. »

Les hypothèses de l’accident

Les journaux tourangeaux avancèrent trois hypothèses :

  • un remous provoqué par les arbres ;
  • un avion de chasse atterrissait. Il est possible que le pilote d’Air Bleu, désirant atterrir à la droite de l’avion militaire, ait amorcé un virage qui fit s’incliner l’appareil qui toucha de l’aile la cime de l’arbre ;
  • Tixier avait pris au plus court pour respecter l’horaire.

Comme la commission d’enquête, Victor Beaufol pencha plutôt pour l’instant d’inattention. « Tixier avait eu le regard attiré par plusieurs avions militaires qui roulaient sur le terrain pour se placer en position de décollage. Soudain il vit que l’aile droite du Simoun allait heurter la cime d’un grand arbre. Il dut mettre plein moteur et vouloir monter en inclinant l’avion sur la gauche de façon à lever l’aile droite. Le choc eut lieu quand même. L’avion, après une courte chandelle, passa sur le dos et piqua au sol à la verticale. »
Georges Tixier trouva la mort. Victor Beaufol, victime d’une fracture ouverte de la jambe et de nombreuses contusions, reprit sa place dans les Caudron d’Air Bleu en mars 1936. Sur la même ligne. Faute de courrier, Air Bleu jeta l’éponge avant de repartir en 1937 avec les mêmes dirigeants, les mêmes avions. Moins de personnel mais davantage de courrier car la surtaxe avait disparu. Mais cette fois, les avions ne s’arrêtaient plus à Tours.

Didier Lecoq

L’avion a été mis à l’horizontal pour dégager l’équipage. (Collection Angélique Beaupied)
Un pilote d’Air Bleu : Georges Delage

Parmi les pilotes d’Air Bleu se trouvait un habitué de Parçay-Meslay, Ceorges Delage. Pilote à la fin de la Première Guerre mondiale, il avait successivement piloté pour les Messageries Aériennes, Air Union et les Lignes Farman avant de passer au service du parfumeur Roland Coty. Il venait régulièrement à Tours avec le Farman 190 F-AJTU. Il amenait son patron au château d’Artigny. En 1933, Georges Delage avait écopé d’une amende de 50 F pour avoir survolé Tours à trop faible altitude. Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il a trouvé la mort en 1940 en percutant le mont Ventoux.

Situer les lieux de l’accident

L’accident a eu lieu à La Pécaudière, une ferme qui appartenait à M. Tulasne, qui a été maire de Parçay-Meslay. Un très lointain parent des aviateurs tourangeaux. La ferme n’existe plus, elle a été détruite lors de la construction de la première piste en dur, par les Allemands, pendant la guerre. L’aérogare civil, tout proche, a également disparu lors de ces travaux.

Cette photo date de la fin de l’année 1939 afin de montrer ô combien la base est visible du ciel. Certaines constructions n’existaient pas en 1935. Les hangars de la 51e escadre ont été reconstruits après la guerre. (Source dossier Tours au SHD, à Vincennes)
Le Caudron Simoun s’est écrasé sur le muret, au coin de la ferme, juste au-dessus du L de La Pécaudière. (Archives Papin)

La biographie de Georges Tixier est sur le Mémorial Creusois.

A propos Didier Lecoq 29 Articles
Journaliste à la Nouvelle République, à Tours. Secrétaire général de la rédaction.

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