Le dernier raid de l’adjudant-chef Foiny

19 mai 1925. Peu de temps après avoir décollé du terrain de Parçay-Meslay pour reconquérir la coupe Zenith, l’adjudant-chef Jean Foiny, pris dans le brouillard, heurtait des arbres après avoir fait demi-tour.

Lors du meeting de 1922, Jean Foiny emporte un parachutiste.

A la sortie de Monnaie, en direction de Tours, sur la droite, un monument rappelle qu’ici, aux Belles-Ruries, le 19 mai 1925, l’adjudant-chef Jean Foiny et son mécanicien Jean Foucher, trouvèrent la mort.

L’adjudant-chef Foiny appartenait au 31e régiment d’aviation de Tours, comme Jean Foucher, un conscrit bordelais qui l’accompagnait. Ce matin-là, ils décollèrent à 4 h 25’27”, dans le brouillard. L’heure est précise. Jean Foiny partait pour reconquérir la coupe Military Zenith, une épreuve réservée aux militaires, dont il avait pris la tête en 1924. Des chronométreurs de l’Aéro-Club de France – MM. Deslis et Braconnier, ce dernier demeurant rue d’Entraigues, à Tours – étaient présents pour donner le signal du départ.

Au-dessus de Monnaie, à quelques kilomètres du terrain en Parçay-Meslay, l’adjudant-chef Foiny décida de faire demi-tour. Les habitants de Monnaie entendirent l’avion. Problème divisibilité, problème de moteur ? Le pilote essaya de regagner son terrain, à quelques kilomètres de là.

L’avant du Potez 15. L’état de l’avion témoigne de la violence du choc…
Le fuselage du Potez 15 de Jean Foiny portait des bandes tricolores sur le flanc,
comme son Breguet 16. (@ Vincent Lemaire)

Il n’alla pas très loin. Après avoir touché un chêne de la forêt qui sépare les Belles-Ruries de la route, l’avion s’écrasa dans une allée forestière, l’allée des Chasseurs. Les débris de l’appareil et les corps ne furent découverts que deux heures plus tard par le jardinier du château.

Jean Foiny s’était fait un nom dans l’aviation, participant sous les couleurs du 31e régiment d’aviation de Tours à des meetings ou des compétions.

Né le 8 août 1890 à Niherne, dans l’Indre, il était menuisier-ébéiste à Tours avant la guerre. C’est au cours de celle-ci qu’il découvrit l’aviation après avoir été blessé dans l’artillerie coloniale (trois doigts écrasés). Il fut élève. Passant successivement par Dijon, Chartres (à partir du 18 juin 1917), où il fut breveté le 16 août 1917 (n°8143). Une journée à Châteauroux puis Avord du 18 août au 9 novembre. Il y a même écopé de huit jours de prison, pour avoir être “entré au réfectoire avant l’heure fixée, par la porte servant à la distribution du thé”… Il arrive le 8 décembre 1917 à l’escadrille Sop 229. Il vole sur le Sopwith 1 A2 n°2525. Le 15 mai, le Breguet 14 n°2639 lui est affecté.

Ce carnet de vol de Jean Foiny couvre la période de son école à Chartres jusqu’au 15 juillet 1918, avec l’escadrille Br 229. Il se trouve à la base aérienne de Tours, à la section des sous-officier de réserve de l’AA qui porte son nom. (@ BA 705)
Prisonnier de guerre

A ses obsèques, Jean Cournot, son chef à l’escadrille Br 229, rappela le dernier combat de Jean Foiny. “L’escadrille Br 229 était revenue à Verdun au début de septembre 18, comme soutien à l’armée américaine, rapporte le journal La Dépêche. Là, après de multiples missions sur Charleville, Sedan et Briey, le 16 septembre, Foiny qui était parti plein d’ardeur en reconnaissance photographique dans la région de Metz, accompagné de l’observateur-mitrailleur Kackelbecker, fut attaqué dans ce secteur par la célèbre escadrille des Tango.”

“Foiny et son passager se battirent comme deux lions. Au bout de vingt minutes d’un combat désespéré, le vaillant pilote eut son mitrailleur blessé et son avion criblé de balles. Une nouvelle rafale vint déchirer le réservoir de son appareil, casser l’hélice et briser le palonnier. Jouant le tout pour le tout, Foiny chercha à rentrer dans un des appareils ennemis.

“Foiny fut contraint d’atterrir sous les balles à Ozenailles, près d’Etain. Comme son observateur digait dans la carlingue, une jambe et un bras déchiquetés, il lui fut impossible d’incendier son appareil mais il ne l’abandonna aux Allemands qu’après avoir brisé, toujours sous le feu de l’ennemi, tous ses appreils de bord et ses appareils photographiques.” Le sergent fut alors fait prisonnier. Il a été rapatrié le 16 décembre 1918.

Adjudant-chef à Tours en 1923

Après un passage à Dijon après guerre, il est affecté au 1er puis 31e régiment d’aviation de Tours en 1920. Il est au GO 2 le 14 juin. La seule escadrille de ce groupe alors présente, est la Sal 10. Dès 1921 on le retrouve à la section d’entraînement. Moniteur et réceptionneur, il a notamment formé un autre grand pilote de raid du 31e régiment d’aviation, le capitaine Victor Lasalle qui trouvera la mort en 1929, au cours d’une tentative de raid entre Paris et l’Indochine.

Jean Foiny.

Le 12 août 1922, Jean Foiny a déjà effectué un long raid de 2.000 kilomètres en France :