André Tulasne : de Tours à Shanghai à vol d’oiseau

Dans la famille Tulasne aviateurs, je demande l’architecte, André. L’oncle de Jean.

De gauche à droite : les parents d’André Tulasne, ses beaux-parents, Jules Delahaye, son épouse Jeanne Colleville, et André Tulasne, au Menneton le 23 avril 1915. (@ Famille Tulasne)

Ce n’est pas l’aviateur le plus connu de la famille. Ni le premier. Le pionnier, c’est Joseph, breveté pilote dès 1912, futur général. Le troisième, c’est François, décédé dans un accident d’avion en 1929. La base aérienne de Tours porte son nom ainsi que celui de son fils, Jean, le plus connu de la famille, compagnon de la Libération, disparu en URSS en 1943 à la tête de l’escadrille Normandie-Niemen.

Comme ses frères

André a été pilote pendant le Grande Guerre. A cause de la guerre. André, né en 1882 à tours, architecte de formation, a été mobilisé au 66e RI. Dès le mois d’octobre 1914 il demande à passer dans l’aviation comme observateur. Il est envoyé à l’aviation du Camp retranché de Paris (CRP) avant d’être dirigé vers Pau puis Avord (Cher) comme élève-pilote. Il est breveté le 30 avril 1915 (n°870).

André Tulasne, au centre, au Camp retranché de Paris. (@ Famille Tulasne)

Retour à l’escadrille du Camp retranché de Paris, dans le groupe de chasse, sur Nieuport. Il évoque son activité dans un lettre à sa famille. “Nous prenons notre part de la surveillance aérienne de Paris. Ce qui n’empêche pas quelques fois les Taube de venir lancer des bombes – mais ce qui est pour moi un excellent entraînement. Il y a huit jours j’ai établi mon record de hauteur à 3.700 m. Tu vois, ce n’est pas trop mal et nous sortons par presque tous les temps. Mardi dernier j’étais en l’air pendant qu’il tonnait assez fort. J’ai senti les secousses et cependant j’étais la plupart du temps à 2.400 ou 2.500 m de haut.”

Du Camp retranché de Paris à la défense côtière

Il est cité le 11 février 1916 à l’ordre des escadrilles du CRP : “Excellent pilote ayant fait montre en toutes circonstances des plus solides qualités de calme et de décision au cours de l’alerte du 29 janvier, ayant en pleine nuit une panne sèche, n’a pu échapper à la mort que grâce à son sang-froid.”

André Tulasne s’éloigne un peu plus du front, affecté à l’escadrille côtière 484, à La Baule-Escoublac. Il y arrive le 20 juin 1917.

Quand Joseph représentait l’aéronautique française aux États-Unis et que François dirigeait l’aviation d’observation serbe, André assurait la surveillance côtière, de l’île d’Yeu à l’embouchure de la Loire, après avoir monté la garde dans l’escadrille du camp retranché de Paris, au Bourget. Comme ses deux frères, André a cultivé le goût des voyages. Aussi, lorsque la France envoie des soldats pour combattre les Bolchéviques en Sibérie, André accompagne François. Ils embarquent à Brest… le 12 novembre 1918. Le voyage, de New York à San Francisco, n’est que fêtes et réceptions.

André Tulasne dans sa chambre, à New York. Les malles sont prêtes.
(@ Famille Tulasne)
Faute de Sibérie, ce sera la Chine

André y a croisé Joseph Kessel qui, de ce voyage, a fait un livre : « Les Dames de Californie ». Nul doute que le sémillant aventurier et l’architecte formé à l’école des frères, à Saint-Martin, n’en ont pas gardé les mêmes souvenirs.

Pour André, le réserviste, la guerre est terminée. Après un crochet par Hawaï, il rentre à Tours où il reprend son métier. Car André a joué une autre carte, celle des Tulasne architectes. André l’était, comme son père Edmond , comme son fils, Georges, et sa fille Marie-Thérèse. A Tours, il a notamment travaillé sur le couvent des clarisses, rue du Pas-Notre-Dame, la maison des franciscaines, rue Colbert ou le mess des officiers de la base aérienne, au Colombier.

André et François Tulasne, à gauche, aux Etats-Unis. (@ Famille Tulasne)

Fin 1920, il décide pourtant de reprendre, seul, son voyage interrompu. Il s’embarque pour la Chine dont il devine qu’elle a besoin d’architectes. Il travaille d’abord à Tien-Sin, puis rejoint Shanghai où il séjourne durant deux années. André Tulasne y réalise les plans d’une banque – qui n’a pas marché longtemps – d’un bâtiment de l’université des pères jésuites et de la résidence d’un général chinois. Il est même entré au conseil municipal de la concession française de Shanghai, avant de regagner Tours en mai 1924.

Le permis de conduire d’André Tulasne, made in Changhai. (Famille Tulasne)
Conseiller municipal de Shanghai… et de Tours

La boulimie d’André Tulasne pour le voyage trouve un prolongement dans… le bricolage et l’invention. Il a multiplié les brevets : l’hélice constante (1909 modifié en 1924), un chauffage à vapeur, le changement de vitesse progressif en 1914 ; après la guerre, il y aura un canon sans recul, une torpille aérienne, un avion insubmersible et, ce qui lui vaut la médaille d’argent au concours Lépine en 1930, un réchauffeur d’air pour tous les carburateurs. Il termine sa série de brevets par un « dispositif permettant de faire pivoter son véhicule sur place ».

André Tulasne a été, de 1950 à 1954, conseiller municipal de Tours. Comme il l’avait été à Shanghai, à 10.000 km de là. A vol d’oiseau.

Didier Lecoq

Les carnets de comptabilité en campagne de l’escadrille côtière 484 Lire

De gauche à droite : François, André et Joseph.
(@ Famille Tulasne)
Sur la famille Tulasne

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A propos Didier Lecoq 78 Articles
Journaliste honoraire. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020.

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