Un Indien dans la campagne tourangelle en 1929

JRD Tata est venu à Hommes puis Parçay-Meslay en mai 1929 avec l’avion qu’il a acheté en Angleterre. Il a fait décoller l’aviation indienne et pris la tête d’un empire industriel à 34 ans.

Le n°1. (@ Tata)

Avant la Première Guerre, les aviateurs arrivaient à se poser un peu n’importe où dans la campagne. Les aéroplanes étaient alors sensibles à la météo, la mécanique plus capricieuse, les règlements inexistants… Certains finirent même par trouver un certain charme à cet exercice, en fonction du point d’atterrissage. Ainsi est née « la panne de château ». Ce n’est pas vraiment le cas cette fois.

Chez Louis Suzor à Bel-Air

En mai 1929, un Indien (de Bombay) ne s’est pas posé en Touraine au hasard. Il est venu rendre visite à des amis, au château de Bel-Air, à Hommes, dans le nord-ouest de la Touraine.

Il revenait de Croydon, en Angleterre, après une halte au Bourget, où il était allé acheter un avion, un DH-60G Gipsy Moth (1).

JRD Tata a acheté le DH 60G immatriculé G-AAGI. Ici deux Gipsy Moth à Stag Lane où ils étaient fabriqués. Les ailes étaient repliables. (@ BAE System)

Il a même pris le fils du propriétaire, Louis Suzor (2), pour l’emmener au camp de Parçay-Meslay. « Nous pouvons dire que c’est le premier avion de tourisme piloté par un amateur qui atterrit ainsi dans une propriété privée de Touraine », se réjouirent les journaux de Tours. « Nous profitons de cette occasion pour adresser nos meilleures félicitations à l’habile pilote qui ne compte guère plus de 25 heures de vol ».

Cette petite histoire pourrait être le merveilleux point de départ d’un roman. Mais la biographie du pilote n’a que faire de l’imagination d’un romancier.

Cet Indien est en fait Jehangir Ratanji Dadabhoy Tata. Il est né à Paris, le 29 juillet 1904. Son père, Ratanji Dadabhoy Tata était indien et sa mère, Suzanne Brière, française. JRD – pour faire plus court – a eu la double nationalité jusqu’à ce qu’il renonce à rester français en 1929. Un Indien un peu particulier puisqu’il appartenait à la grande famille des Parsis, ces Perses qui avaient fuit vers les Indes au VIIIe siècle, pour préserver leur culture et leur religion dont le prophète est Zarathoustra.

Brevet n°1 de l’Aero Club of India and Burma

Le père de JRD avait une maison en Normandie, à Hardelot. JRD y passait ses vacances. Il avait parmi ses amis un garçon dont le père n’était autre que Louis Blériot. Des relations qui lui ont permis de passer son baptême de l’air à 15 ans.

Lorsqu’il a remis au goût du jour la panne de château, JRD n’avait son brevet que depuis quelques mois, depuis le 10 février 1929. Au crépuscule de sa vie, bien longtemps plus tard – il est décédé en 1993 à Genève – il racontait encore quelle émotion lui avait procuré ce petit livret de l’Aero Club of India and Burma dont il portait le numéro 1. JRD Tata a en effet été le premier pilote indien breveté. En bon membre de cette dynastie d’industriels, JRD Tata a fondé une compagnie aérienne, la Tata Airlines, devenue India Airlines en 1946.

Ce jeune Indien qui décollait de Hommes et se posait à Parçay-Meslay en 1929 est considéré comme le père de l’aviation indienne. En 1930, JRD Tata a relié Londres à Karachi à bord de son Gipsy Moth « Miss India ». Mais cette fois, il n’était pas le premier. Le futur chef de l’Indian Air Force l’avait devancé.

Didier Lecoq

Notes

(1) Il s’agit du n°1010. il était immatriculé G-AAGI.

(2) Louis Suzor (fils) est né à Yokohama, au Japon en 1903.

En savoir plus

Le Gipsy Moth sur le site de BAE Systems Lire

Le site de Tata Group avec, dans la partie patrimoine, une vidéo d’un vol de JRD Tata en Indre Voir

Le 26 juin 2005, c’est cette fois un Sukhoi-30 MKI indien qui est venu inopinément
rendre visite à Parçay-Meslay. Amphi-cabine pour deux journalistes… dont moi.
(@ Didier Lecoq)
A propos Didier Lecoq 79 Articles
Journaliste honoraire. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020.

1 Commentaire

  1. Merci pour cet article. Je connaissais vaguement le conglomérat Tara mais pas son fondateur.

    Mais je signale une lettre en double :
    Cet indien eest en fait Tata

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