Aux Ailes de Touraine le premier avion de tourisme

Ce devait être l’année de la fusion. Et c’est le début de la bataille de Touraine qui, pendant quatre ans, a agité les cieux. En 1931, un nouveau club voit le jour, avec l’aviation de tourisme comme credo. Mais plaie d’argent lui sera mortelle.

Le Potez 36 F-ALFZ, le premier avion de tourisme d’un aéroclub en Indre-et->Loire.
Ce sera le seul des Ailes de Touraine. (@ Aéro-Club de Touraine)

Lorsque le 29 mai 1930, Laurent-Eynac, ministre de l’Air, quitte la Fête du 31e régiment (1), il emporte avec lui la promesse que les deux clubs d’aviation d’Indre-et-Loire – l’Aéro-Club de Touraine et l’Aviation-Club de Touraine – vont bientôt n’en faire qu’un. De fait, les choses se précipitent. Le 10 janvier 1931, reprenant le dossier n°184 de l’Aéro-Club, naît… l’Aéro-Club de Touraine (union de l’Aéro-Club et de l’Aviation-Club) (2).

Mais les aérostiers dont l’avenir de l’aviation n’est sans doute pas le souci premier, ne l’entendent pas ainsi. Dans le ciel d’Indre-et-Loire, 2 moins 1 ne vont pas faire 1 mais 3.

Le chant du cygne des aérostiers

A peine le nouvel Aéro-Club est-il né (avec des aérostiers chevronnés comme Léon Poulet, le père, et René Poulet, le fils), qu’un nouveau club voit le jour : Les Ailes de Touraine. Le 15 juin 1931, à 20 h 30, au café de la Ville, à Tours, vingt personnes se réunissent « en vue de constituer une association pour le développement de l’aviation de tourisme, inexistante jusqu’ici en Touraine » (3).

Parmi elles, Victor Chantreau, l’aérostier fondateur de l’Aéro-Club de Touraine en 1908 dont le club – mais pas lui – venait pourtant de fusionner avec l’Aviation-Club. Il est difficile, après tant d’années, de cerner ses motivations. La peur de voir l’aérostation s’effacer définitivement devant l’aviation ? La suite lui fera comprendre que c’est déjà fait. La crainte de voir son « bébé » lui échapper ? Victor Chantreau joue ainsi sur deux tableaux :

  • en poursuivant en justice l’Aéro-Club (Union) pour lui interdire d’utiliser « son » nom et se réclamer de sa filiation, il veut que son « Aéro-Club de Touraine » continue à vivre (4) ;
  • en « accompagnant » la création d’un club d’aviation, il espère en contrôler le développement. Et garder les commandes.
Dans le collimateur de l’armée

Peine perdue. Lorsqu’il propose que le premier meeting des Ailes de Touraine, en 1931, soit organisé sous le patronage de « son » Aéro-Club (1908), il essuie un refus. Puis en 1934 quand il veut fusionner son aéro-club avec les Ailes, il essuie un autre refus, Olivier Paillaud préférant un mariage à trois : les Ailes de Touraine, l’Aéro-Club de Touraine (1908, Victor Chantreau) et l’Aviation-Club de Touraine. Pour l’aérostation, le vent a définitivement tourné. Place à l’aviation.

Reste qu’en dégonflant le projet de fusion, Victor Chantreau s’en est pris à ceux qui l’avaient initié : la chambre de commerce de Tours, la ville de Tours, le ministère de l’Air (et donc l’armée), la Fédération Nationale Aéronautique et même l’Aéro-Club de France. Cela faisait beaucoup de candidats pour rogner les ailes du nouvel aéro-club.

Aéro-Club de Touraine – Ailes de Touraine : la guerre ouverte

Les relations entre les deux clubs rivaux, quelles furent-elles ? Par de nombreux aspects, elles font penser à une querelle de cour de récré… La presse locale sert de champ de bataille. Très vite, les journaux choisissent donc de ne plus s’en mêler, expliquant qu’ils ne publieront les communiqués que s’ils ne contiennent pas d’attaques contre l’autre club.

La Dépêche organise même, en septembre 1931, une rencontre entre les deux présidents. Le docteur Jacques Métadier (Aéro-Club) y renouvelle son idée de fusion. L’industriel Olivier Paillaud (Les Ailes) lui répond « que cette fusion ne pouvait être envisagée en aucune façon ». « Dans ces conditions, l’entrevue prit fin sur la conclusion exprimée par M. Métadier que c’était la guerre ouverte entre lui et les Ailes de Touraine », rapporte Olivier Paillaud au comité directeur du 18 septembre.

La suite n’est que chicaneries. Du genre : « Est-il vrai que les avions de l’Aéro-Club (Union) sont hébergés gratuitement dans les hangars du 31e régiment alors que nous payons 78 F par mois ? »

Un aéroclub de propriétaires

Mieux, avant la fête organisée par la SPA et l’Aéro-Club de Touraine (Union) au profit de la Maison des ailes, en octobre 1931, Pierre Parâtre reçoit la visite du commissaire spécial. La police avait été avisée que les Ailes de Touraine voulaient troubler la fête. « M. Parâtre, très étonné, a simplement répondu au commissaire, tout en exprimant sa surprise d’un tel procédé émanant vraisemblablement de certains organisateurs de la fête, que nous n’avions aucune raison pour vouloir troubler cette manifestation […] à laquelle les organisateurs n’ont pas cru nous demander de participer » (5).

Mais revenons au nouveau club d’Indre-et-Loire. Dès la réunion d’installation, il part en chandelle. En moins de trois heures, les créateurs lui trouvent un nom (Les Ailes de Touraine), des couleurs (rouge avec diagonale or), un président, Maurice Genest qui refuse poliment le poste, puis un autre, Olivier Paillaud, qui devient le premier patron. Chacun y va de son obole : 10.000 F pour René Dumontier, 5.000 pour Olivier Paillaud et Pierre Parâtre, 500 – seulement ! – pour Victor Chantreau (ce qui explique aussi que le pouvoir lui échappe).

En tout, plus de 30.000 F. Le club a vu grand. Lors de la réunion du 17 juillet 1931, le comité directeur décide de commander de 5.000 cartes de membre actif ! (6)

De généreux donateurs

Les trois donateurs ont été de gros propriétaires d’avions avant-guerre : deux pour Olivier Paillaud, trois pour René Dumontier et Gabrielle, son épouse, quatre pour Pierre Parâtre…

La famille Paillaud était un véritable consortium du lait. C’est son père qui a donné son essor à la société. Olivier, plutôt commercial, et son frère, Edmond, ingénieur et technicien, l’ont fait grandir. La famille Paillaud, originaire des Deux-Sèvres, a fait du camembert et du lait condensé.

Une parmi de nombreuses productions
de la famille Paillaud.

Moins en avant, René Dumontier était sans doute le plus aisé. Il est né à Rouen, pharmacien comme son père. Celui-ci a industrialisé un médicament créé par son arrière-grand-oncle, Gilbert Soury, abbé de son état : la Jouvence de l’Abbé Soury. En 1918, le château de l’Aubrière, à La Membrolle-sur-Choisille, est vendu à la famille de René Dumontier. Son épouse, Gabrielle Lhopitallier, était également une passionnée d’aviation. Elle est la première Tourangelle brevetée. Elle est née à La Membrolle où son père était médecin. René Dumontier a été maire de La Membrolle-sur-Choisille, de 1933 à 1945.

Électricien au départ, Pierre parâtre est devenu industriel. Passionné d’aviation, il a passé son brevet. Il sera président d’Air Touraine avant la guerre, de l’Aéro-Club de Touraine après. Il a possédé cinq avions avant la guerre, plusieurs après.

Maurice Genest qui aurait pu être le premier président du club, était ingénieur des Ponts et Chaussées, à Tours. Il n’était pas breveté. Maurice Genest s’est distingué pendant la guerre, dans la Résistance. C’était un spécialiste des faux papiers, ce qui a permis à de nombreuses personnes, des Juifs puis des jeunes, de franchir la ligne de démarcation. Maurice Genest sera fait Juste parmi les nations en 2005, à titre posthume.

Joseph Buisson au 31e RAO

L’éclosion n’a rien de spontanée. Le nom du chef-pilote est annoncé dès ce premier rendez-vous : c’est le capitaine Joseph Buisson (7). Et comme cela ne suffit pas, le club décide d’acheter un avion, sur-le-champ, sans doute pour couper l’herbe sous le pied de l’Aéro-Club (Union) qui caresse le même projet. « La nécessité immédiate d’acheter un avion est reconnue par tous », peut-on lire dans le rapport de cette première séance. Le modèle de l’avion est choisi avant de se séparer : un Potez 36 à moteur Renault 95 CV.

Il faut tellement aller vite que Maurice Genest et le chef-pilote informent le comité directeur, dès le 26 juin, d’une rencontre à Paris avec la maison Potez. Mieux, ils s’empressent d’accepter l’offre de Potez qui leur propose un avion rendu disponible par un désistement, « mais dont les couleurs ne sont pas celles que nous avons demandées. Ce dernier point étant accessoire, il est décidé d’accepter l’offre de Potez », dit le rapport de séance.

Le 6 juillet, Genest et le chef-pilote se rendent à Méaulte, dans la Somme, chercher le Potez 36. Olivier Paillaud y va de ses deniers personnels. Il avance l’argent au club pour lui obtenir la ristourne de 2.000 F prévue en cas de paiement au comptant. Le Potez 36 F-ALFZ devient ainsi le premier avion de tourisme d’un club d’Indre-et-Loire. Il aura droit à une réception en grande pompe à Saint-Symphorien pour son arrivée le 7 juillet (8) puis à une fête, boulevard Heurteloup, à Tours, le 12. Avant son baptême, le 13.

Le Potez 36 immatriculé F-ALFZ en difficulté. (@ Didier Lecoq)
Après le Potez 36, le Potez 32

Quelle stratégie poursuivent les Ailes en achetant cet avion ? Cela tient en deux mots : tourisme et pilotage. Si on met de côté les animations, les conférences et les meetings – et les subventions, on verra plus loin pourquoi, – les ressources des Ailes viennent essentiellement des baptêmes de l’air, des cotisations et de la formation des élèves-pilotes dont le tarif est fixé, lors du comité directeur du 17 juillet 1931, à 5.000 F pour les quinze heures de vol obligatoires (1.000 à l’inscription et 300 par heure de vol effectuée jusqu’à concurrence de 4.000 F).

Très rapidement, les dirigeants des Ailes de Touraine mesurent les limites de leur avion : bon pour la formation des pilotes, il n’a qu’un faible intérêt pour les baptêmes de l’air. Il est trop petit avec ses deux places, pilote compris. Il faut donc un autre avion. Dès le mois d’octobre 1931, les Ailes font des démarches pour acheter un des Potez 32 dont la CIDNA se sépare (9). Son prix était de 40.000 F.

Le Potez 32 d'Air Touraine
Le Potez 32 acheté à la Cidna : une acquisition qui se révélera catastrophique pour les finances du club. (@ Didier Lecoq)

Officiellement, c’est Olivier Paillaud qui l’achète, soutenu par René Dumontier. Olivier Paillaud va le louer aux Ailes de Touraine 500 F par mois auxquels s’joutent 200 F l’heure d’utilisation. Jusqu’à concurrence de 40.000 F. A ce moment-là, le Potez 32 serait au club.

Le Potez 32 peut emmener six personnes. Du coup, les Ailes de Touraine multiplient les « meetings » (à deux avions !) avant de rapidement déchanter.

Le Potez 32, un avion totalement inadapté

Au cours du comité directeur du 15 juin 1932, M. Brision fait remarquer que « le Potez 32 est pratiquement inutilisé en raison de l’étendue du terrain nécessaire pour le décollage de l’appareil ». Lors d’un meeting, le Potez 32 n’a pu se poser qu’à 7 kilomètres de l’endroit prévu… Il préconise de le remplacer. Maurice Genest s’y oppose, pour des raisons économiques bien sûr – « A quel prix pourrait-on le vendre » – mais aussi pour l’image du club : « Quelle serait l’impression produite sur le public et sur d’autres sociétés par ce changement – ou réduction – de matériel ? »

Qui plus est, la berline donne des signes de fatigue après son exploitation sur les lignes d’Europe centrale. En novembre 1932, Pierre Parâtre menace de démissionner « parce que les avions ne sont jamais en état de voler ». Le Potez 32 a un problème de moteur puisque Gaston Papin se charge d’aller chez Salmson avec les cylindres (devis de 9.000 F).

En 1933, les Ailes achètent un second Potez 36, à moteur Salmson cette fois (10). L’année suivante, le Potez 32 est toujours en réparation alors qu’un des deux Potez 36 va partir en pièces détachées à Rueil pour remise en état du fuselage et de la cabine, le moteur étant remonté sans révision (11). Il s’agit sans doute du F-ALFZ, le premier avion acheté, accidenté le 8 septembre 1933. Les deux sont alors à vendre. En attendant, Olivier Paillaud prête son Caudron Phalène au club (12).

La guerre des meetings

Les Ailes de Touraine et l’Aéro-Club de Touraine (Union) poursuivirent leur bras de fer dans d’autres domaines. Là encore à l’avantage du second.
Lutte dans l’organisation des meetings notamment. En 1931, les Ailes font preuve d’originalité avec la fête aéronautique de Sainte-Radegonde, le 13 septembre (13). L’originalité vient du lieu : la Loire. Des canots et des hydroglisseurs y participent. Les vedettes en sont les hydravions Schreck de Louis Duc et Abel Pichon. Ce meeting rapporte 8.000 F.

Le 18 septembre 1932, les Ailes organisent le rallye de Touraine, dans le cadre de la grande fête de la Gloriette. Le meeting est organisé par l’Automobile-Club de l’Ouest et Michel Détroyat. Des meetings sont organisés à Château-la-Vallière, Châtillon-sur-Indre, La Haye-Descartes, Viliers-au-Bouin, etc. Pas assez cependant pour occuper le terrain face à l’Aéro-Club Union qui, dans le même temps, organisait à Bléré, Chinon, Cinq-Mars-la-Pile, La Roche-Posay, Ligueil, Loches, Richelieu, Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Avec la participation des avions d’Henri Le Tournir.

Des conférences pour attirer l’attention

La concurrence entre les deux clubs s’exprime également dans les animations en direction du grand public. En février 1932, les Ailes de Touraine organisent une conférence de Maryse Bastié (« Comment j’ai débuté l’avion »). Elle remplace le comte de Sibour dépêché à Niamey pour dépanner Maryse Hilsz en panne lors d’un vol entre Paris et Madagascar.

L’Aéro-Club (Union) lui oppose la conférence de Jacques Mortane (« Impressions aériennes d’un colis humain à travers l’Europe ») qui avait amené Maurice Bellonte dans ses bagages ; celle de d’Estailleur-Chanteraine sur sa mission en Afrique (15) ; celle de Gilbert Sardier en 1933.

Mais avec le traditionnel et mondain Bal des Ailes et le premier Salon de l’aviation (5 au 16 mai) dans la cour de l’hôtel de ville où des avions sont exposés dont un Wibault postal entièrement métallique, un Hanriot sanitaire, un Caudron Luciole, un Farman 195 ch, un Potez 36, deux planeurs (un Éole et un Sulky), un moteur Renault en découpé présenté par le 31e, l’Aéro-Club (Union) a mis la barre un peu haut pour les Ailes de Touraine.

La lutte s’exprime aussi dans les brevets de pilote. Les premiers points ont été marqués par Les Ailes avec ses principaux dirigeants : Paillaud, Jossinet et Dumontier (M. et Mme), le premier brevet de tourisme d’Indre-et-Loire étant revenu à Parâtre, début 1932. Mais par la suite, l’Aéro-Club a pris nettement l’avantage.

Roland Coty soutient l’Aéro-Club (Union)

Cette concurrence incessante se retrouve dans la recherche de soutiens. Sujet de convoitise, la famille Coty, installée au château d’Artigny, route de Monts, à Montbazon. François, le père, parfumeur et patron de presse, est un des piliers (financiers) de l’aviation française. Les Ailes de Touraine lui font donc du pied. En vain.

Invité à devenir le parrain du premier avion du club, il n’a pas donné suite pour des raisons que nous ignorons. Roland, le fils, a choisi l’autre camp. Il entre au comité directeur de l’Aéro-Club (Union) et offre à son école de pilotage un Hanriot 32 dont le parrain est le général Denain, commandant de la 3e division aérienne, futur ministre de l’Air.

L’armée, ce n’est pas encore de ce côté-là que Les Ailes peuvent trouver un appui. Certes, elle n’a pas officiellement pris fait et cause pour l’Aéro-Club (Union), mais dès les premiers contacts, les Ailes de Touraine savent à quoi s’en tenir.

L’arrivée du premier Potez 36 est l’occasion de prendre le pouls. Braconnier et Dumontier ont rencontré le lieutenant-colonel de Castel, commandant par intérim du 31e RAO, pour demander à l’armée d’héberger leur Potez 36.

L’armée a choisi son camp

Le club veut également utiliser le terrain pour les baptêmes de l’air et l’école de pilotage. « Travaillé sans doute par un autre club tourangeau dont les attaques se multiplient, il a prévenu qu’il transmettrait notre demande avec un avis défavorable en raison de la gêne et du danger que nous pourrions constituer pour les militaires », ont expliqué les deux émissaires au comité directeur, le 6 juillet 1931.

Les Ailes ont souffert du statut « officiel » du concurrent. Héros malheureux de la tentative de fusion, l’Aéro-Club (Union) bénéficiait du soutien – moral et financier – de la chambre de commerce de Tours, du conseil général, mais aussi de la Fédération Nationale Aéronautique dont il était l’unique adhérent pour le département. « La Fédération Nationale Aéronautique est un organisme privé et les clubs qui la constituent n’ont, par ce fait, aucun droit particulier, aucune étiquette officielle spéciale, ont vainement réagi les Ailes, dans un communiqué de presse en juillet 1932. Leurs droits ou leurs devoirs n’en sont modifiés en rien par rapport à l’État ou aux pouvoirs publics ».

N’empêche, la Fédération détenait les cordons de la bourse. Lorsque l’Aéro-Club s’installe dans la partie nord du camp d’aviation – les militaires voulaient dégager l’accès sud – il obtint une subvention de 100.000 F pour la construction d’un hangar. Et voit la chambre de commerce lui céder la gestion du Pavillon de l’aviation civil, aérogare avant l’heure.

La revue des Ailes de Touraine
Le club a publié une revue dont la publication n’a pas été constante.

Les Ailes de Touraine n’ont pas résisté à cette pression, victimes également de conflits internes et de la crise économique. En juin 1934, le comité directeur décide de poursuivre l’organisation de manifestations aériennes, « à seule fin d’essayer de rattraper les sommes avancées en réparation des appareils ».

Les adhésions ne semblent pas être au rendez-vous. Il nous est d’ailleurs difficile de mesurer le « volume » exact du club. En coulisses, les Ailes recensent 5 à 600 membres selon le comité directeur en février 1932, devenus, par un prompt renfort, 750 dans le communiqué de presse, en mars ; 1.000 dans celui de juillet ! Mais lors de l’assemblée générale de 1932, tenue le 30 décembre, il y avait … 34 membres présents ! 52 à celle de février 1934.

De son côté, l’Aviation-Club n’est pas mieux. Et c’est faute de combattants que la fusion va s’imposer. Les mois d’octobre et novembre 1934 sont consacrés à peaufiner le projet mené par Louis Mirault, célèbre chocolatier, président de la chambre de commerce de Tours.

“Une sorte de paix des braves”

Le 13 décembre 1934, le comité directeur des Ailes de Touraine se réunit à la chambre de commerce avec les deux autres clubs et des représentants de la Fédération Nationale Aéronautique.

Il y a surtout le colonel Muiron, personnage incontournable de l’aviation tourangelle. Celui-ci revenait d’un entretien avec le général Denain, ministre de l’Air, qui connaissait parfaitement la situation tourangelle pour y avoir été en poste. « Il exprime avec netteté et décision le danger par les temps actuels de ne pas se serrer les coudes en aviation civile et interprétant les paroles de Mr le ministre de l’Air dit combien il est urgent de faire cette fusion des trois clubs pour coordonner les efforts et faciliter la tâche du ministère ».

En bonne place

Le 1er mars 1935, les trois clubs forment Air-Touraine. Le colonel Muiron en devient le premier président. Plusieurs « anciens » des Ailes (sous cette étiquette ou celle de l’Aéro-Club 1908) figurent au comité directeur : René Dumontier et Olivier Paillaud sont vice-présidents ; Pierre Parâtre est secrétaire adjoint ; Gaston Papin, trésorier adjoint.

« Ce fut par leur amour de l’aviation que les pilotes des deux clubs en présence, qui avaient toujours eu d’excellents rapports entre eux, facilitèrent de toutes leurs forces la fusion des groupements », déclarera « Le Pingouin Ailé » dans le bulletin d’Air Touraine en 1937. Une sorte de paix des braves.

En 1937, la page des Ailes de Touraine n’était pas définitivement tournée. En janvier de cette année-là, Olivier Paillaud publiait toujours des petites annonces pour vendre son Potez 32…

Didier Lecoq

Une petite annonce dans le numéro des Ailes de décembre 1936.
Notes

(1) lire La Fête du 31e RAO

(2) Nous le nommerons Aéro-Club (Union).

(3) Les vingt de Touraine : Béry, Boisgard Jean, Braconnier, Brision, Chantreau Victor, Chantereau Célestin, Chantreau Raymond, Dumontier, Fargier, Genest, Lemaître, Molinier, Proust, Pajottin, Parâtre Pierre, Paillaud, Raimbault, Rollin, Trougnou, Tessonneau. Le compte rendu figure dans le fonds Gaston Papin remis aux archives d’Indre-et-Loire (cote 128 J).

(4) La cour d’appel d’Orléans lui donnera gain de cause. L’Aéro-Club de Touraine (Union) reprendra le nom de l’Aviation-club de Touraine le 12 janvier 1934.

(5) Compte rendu du comité directeur du 30 octobre 1931 (archives départementales d’Indre-et-Loire).

(6) De façon assez étrange, nous n’avons pas trouvé trace d’un montant de cotisation fixé par le comité directeur. Gratuit ?

(7) Ancien pilote du 31e régiment, il demeurait à Sainte-Radegonde. Il était également représentant de la maison Potez.

(8) La réception du Potez 36 immatriculé F-ALFZ donne lieu à un rassemblement de Potez 36 : F-ALFU de Cholet, F-ALBD de Bonneval, F-ALKH et F-ALIC de Bourges. Marraine : Gaby Dumontier.

(9) La CIDNA (Compagnie Internationale de Navigation Aérienne), ex Compagnie Franco-Roumaine créée après la guerre (Icare lui a consacré un numéro, le 73). En 1933, elle participe à la création d’Air France. Le Potez 32 avait été construit en 1930.

La Franco-Roumaine et la CIDNA dans la revue Icare Lire sur Gallica

(10) Acheté à M. Guérineau (Chartres), pour 18.000 F, il est arrivé en février 1933.

(11) Les Ailes de Touraine envisagèrent d’acheter un moteur Salmson 300 ch à l’Aéropostale qui les liquidait.

(12) De son côté, René Dumontier possédait, à titre personnel, un Potez 43 baptisé Vucotte en mai 1933. Le général Denain et le colonel Muiron y assistèrent. Un réchauffement des relations qui annonce la fusion.

(13) La fête devait initialement se dérouler en face, à Saint-Pierre-des-Corps. Mais le conseil municipal a retiré son accord, jugeant cette manifestation « chauvine et guerrière ».

(14) Accompagné de Freton et Mistrot, il avait réalisé la traversée de l’Afrique d’est en ouest. Il est d’ailleurs venu à Tours avec le Farman 197 Paris, accompagné des membres de la mission.

Les chefs-pilotes

Trois chefs-pilotes se sont succédé aux Ailes de Touraine :

Joseph Buisson. Né le 19 octobre 1886 à Fleuriel (Allier), décédé le 28 juillet 1958 à Chantelle (Allier). Brevet militaire n°6522 le 23 mai 1917 à Juvisy sur Caudron. Lieutenant au 31e régiment d’aviation, à Tours (capitaine de réserve).

Louis Brénot. Né le 12 février 1897 à Châlons-sur-Saône (Saône-et-Loire), décédé le 2 août 1993 à Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire). Brevet militaire n°8467 le 9 septembre 1917 au Crotoy sur Caudron. Adjudant-chef.

Paul Veaux. Né le 21 avril 1908 à Nespouls (Corrèze), décédé le 9 juillet 1975 à Tours. Brevet militaire n°21182 le 30 septembre 1926 à Buc (école Blériot). Adjudant.

A propos Didier Lecoq 78 Articles
Journaliste honoraire. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020.

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