Le dernier vol du général Jean-Paul Salini

Le général de division aérienne Jean-Paul Salini vient de décéder à Reynes, dans le Pyrénées-Orientales, à l’âge de 93 ans.

Il avait commandé la base aérienne de Tours de 1972 à 1974. Une ligne parmi beaucoup d’autres dans sa carrière. Engagé dans la Résistance à 14 ans, ce Corse né à Marseille avait rejoint l’École de l’air, promotion 1948 “Capitaine-Brachet”. C’est ce qu’il appelait “sa première armée de l’air”. “Pendant les deux années que j’ai passées à l’École de l’air, j’ai connu l’enfer” (Les Folies de l’escadrille, éditions JPO, 2019)

“La deuxième armée de l’air était joyeuse. Et heureuse de vivre. On s’y tuait pourtant beaucoup, on touchait des soldes misérables et on logeait chez l’habitant dans des cahutes où les cabinets étaient au fond du jardin”. Celle qu’il a préférée, le temps de l’escadrille, notamment à la Spa 62 qu’il a commandée, dont l’insigne, le coq qui combat, a été dessiné pendant la première guerre, par un architecte tourangeau, Georges Boutin. L’époque des guerres, en Indochine notamment.

La troisième, c’est celle des grands commandements qui font des lignes dans des états des services; sans doute pas les meilleurs souvenirs : commandant de la base aérienne de Tours, du 1er commandement aérien tactique, directeur de l’École supérieure de la guerre, etc.

Jean-Paul Salini a surtout parlé de sa “deuxième armée de l’air”. Ou plutôt beaucoup écrit. Car Jean-Paul Salini nous a laissé de nombreux souvenirs avec Derniers Virages (2016), Les Folies de l’escadrille (prix littéraire 2020 de l’Académie de l’Air et de l’Espace) , Le Dernier Combat de chasse de grand-papa, chez JPO Éditions.

Derniers Virages, chez JPO.
Hollywood à la base de Tours

Il y a un épisode qu’il ne raconte pas. Peu de temps après sa prise de commandement de la base aérienne 705 de Tours, il avait accueilli d’anciens pilotes américains venus en pèlerinage, cinquante-cinq ans après avoir appris à piloter dans les écoles d’aviation, à Tours, Châteauroux et Issoudun. Avec à leur tête un célèbre chorégraphe et réalisateur d’Hollywood, LeRoy Prinz et Arthur Raymond Brooks, six victoires en 1918.

Ils avaient eu droit à un amphi-cabine sur T.33 et Mystère IVA, les deux avions de l’École de chasse. “Brrr, dans nos avions c’était moins compliqué mais beaucoup plus dangereux”, avait raconté LeRoy Prinz au journaliste de La Nouvelle République, Georges Niester.

Le colonel Jean-Paul Salini, heureux de rencontrer des pilotes américains. (Photo Marcel Esteban, La Nouvelle République)

Dans un des ses livres, il évoque la fin de vie. “Maintenant elle attend patiemment. Je ne la vois pas avancer mais je l’aperçois qui chemine. Elle n’est pas pressée. Moi non plus. Mais elle va forcément gagner”, écrit-il en postface de son livre, Derniers Virages. “Et avec moi disparaîtra le souvenir des copains. C’est pour que ce souvenir dure un peu, un tout petit peu, que j’ai écrit ce livre.” A lire et à relire.

Didier Lecoq

Liens

La recension de Bernard Palmieri sur Derniers Virages. Lire

Les recensions de Jocelyn Leclercq et Jean-Noël Violette, sur Les Folies de l’escadrille, toujours sur L’@érobibliothèque. Lire

La recension de Jean-Noël Violette sur Le Combat de chasse de grand-papa. Lire

Le remise du prix littéraire 2020 de l’Académie de l’Air et de l’Espace sur Youtube

A propos Didier Lecoq 90 Articles
Journaliste à la retraite. Président d'honneur de la section Centre des journalistes sportifs. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020. Sage conseiller à Amboise.

2 Commentaires

  1. Bonjour, J’ai eu la chance de pouvoir servir mon pays à la BA 705 dans le contingent 73/02 et j’ai eu la double chance d’être affecté au PC Base que où se trouvait le bureau du Colonel Salini (colonel à l’époque), mon bureau était presqu’au dessus du sien et lors d’une permanence de WK où je devais effectuer certaines taches non ingrates, je me suis permis, c’était trop tentant, après avoir passé l’aspirateur dans son bureau d’enfiler (pas complètement quand même) sa combinaison de vol avec le casque. Je n’ai pas mis le masque. Il faut dire que la porte de l’armoire où elle se trouvait était entre ouverte. Il venait parfois le wk et faisait 1/2H environ de voltige au-dessus de la base à bord d’un Fouga je crois. Homme droit et très discret. Dans un autre épisode je vous raconterais comment, avec ma mobylette, je suis entré en colision, en voulant traverser le Parking avion, j’ai heurté la roue droite d’un T33 et ce n’est pas une blague. Dominique G

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