Marcel Demesmay, de la vallée de la Loire à la “Vallée heureuse”

Une vie et deux décès pour l'armée de l'air

31 mai 1940 : départ des quatre équipages du GAO 509, de Delme pour la Somme, 2 h 10 de vol.
De g. à dr. : Giron, Deprez, Berthet, Tronyo, Colin, Demesmay, Rideau, Boudinier ;
assis, Corneille, Guillerme, O’Kelly, Blanchet. (Photo Jean Rideau)

15 septembre 1939, le sergent-chef Marcel Demesmay quitte la base de Tours pour Nancy. Le groupe aérien d’observation 509, constitué pour partie d’aviateurs engagés, pour partie de réservistes, est la dernière escadrille à quitter Tours. Les quatre groupes de bombardement (GB I/31, II/31, I/51, II/51) sont déjà installés en Champagne avec les Bloch 200 et 210.

Marcel Demesmay aurait pu partir avec le GB I/31 où il est resté de 1934 à 1939, comme mitrailleur après un passage à la 4e escadrille de la 12e escadre de bombardement.

A la 31e escadre, Marcel Demesmay était dans la 2e escadrille (ex-12e, Sal 10). On le retrouve dans les carnets de vol de Regnoux (en août 1934 sur le Potez 25 n°1333, en octobre sur le 1338), dans ceux de Laurent Pochart, sur Bloch 200 (n° 40, 63, 66, 69, 70, 115). Mais juste avant la guerre, Marcel Demesmay était affecté au GAO 509, une unité récente destinée à travailler au profit des forces terrestres du 9e corps d’armée dont le commandement était à Tours. Il vole sur Breguet 270 surnommé par les Tourangeaux “l’avion sans queue” ou l’avion tout-acier. Ce Breguet avait succédé au Potez 25 comme avion d’armes, à Tours.

« Je t’écrirai plus longuement ce soir car il est tard et je dois me lever à 4 heures demain pour aller au Ruchard. Comme tu le vois la nuit ne sera pas longue puisqu’il est déjà 11 heures. Je rentre de chez Demesmay où j’ai soupé avec de Chasseval qui vient de me reconduire à la maison. J’ai passé une bonne soirée ».

Lettre de Laurent Pochart à son épouse, le 8 août 1938.
Photo facile à situer car elle provient des archives de Laurent Pochart, assis au centre, devant Marcel Demesmay. Elle a été prise à Cazaux, entre le 4 et le 11 avril 1938 lorsque l’escadrille était à l’entraînement au tir. Laurent Pochart est décédé lors d’un entraînement sur Léo 451, le 14 avril 1940 à Conilhac-Corbières, dans l’Aude. (Merci à sa fille Monique et à Vincent Lemaire)

Six missions de guerre

A peine le temps de s’installer et le Breguet 270 était prié de demeurer au hangar. Le 29 septembre, l’ordre tombait de ne pas effectuer de mission de guerre avec cet avion trop vulnérable. Les aviateurs vont donc mettre cette Drôle de guerre à profit pour s’entraîner, à l’abri de la ligne Maginot. Le GAO qui a choisi pour insigne le blason de Tours, orné de la devise “D’abord servir”, quittait même l’Est pour Challes-les-Eaux où se poursuivait l’entraînement sans risque de mauvaise rencontre.

La campagne du GAO 509 illustre la défaite. Parti avec douze pilotes sur Breguet 270, il n’a combattu qu’avec quatre équipages sur Potez 63.11, un bimoteur triplace plus moderne. Les jeunes, arrivés à Tours jusque avant la guerre dont Auguste Mudry, le futur créateur des avions de voltige, du Cap 10 au Cap 232, et les réservistes dont le sous-lieutenant Marcel Lévy, propriétaire du magasin de mode “Le Petit Paris”, rue Nationale à Tours, ne sont revenus de leur formation sur bimoteur que le 10 juin 1940 et n’ont pas effectué la moindre mission ensuite. Le GAO 509 avait alors perdu la moitié de ses avions et de ses équipages, deux Potez 63.11 étant abattus le 5 juin, dans la Somme.

Entre le 10 mai et le 11 juin, Marcel Demesmay a effectué six missions de guerre, après être passé d’un secteur encore calme aux rives de la Somme. Le repli du GAO et de Marcel Demesmay se terminait à Alger, le 22 juin.

“Un sur deux périrent”

C’est le débarquement américain en Afrique du Nord qui renvoie Marcel Demesmay sur les champs de bataille. Au groupe 2/23, sur LéO 451, il fait du transport au profit des troupes qui se battent encore en Tunisie. Mais en 1943, le 2/23, devenu 346 Squadron de la RAF et renommé Guyenne, est désigné avec le Tunisie pour aller combattre en Angleterre.

Le Guyenne va voler sur Halifax Mk V, un bombardier lourd. C’est dans cet avion que Marcel Demesmay effectue une seconde campagne, cette fois comme bombardier (W/Op). Sa première mission se déroule le 1er juin 1944. Il est dans l’équipage du capitaine Brion, avec le lieutenant Barthelot, les sergents-chefs Gonnot et Richard, les sergents Darribehaude et Fourès. Il est quatre fois cité lors de son passage au Guyenne. Les dernières citations le décrivent comme “bombardier d’un équipage de très grande classe”,”bombardier d’un équipage d’élite”, “exécutant notamment des bombardements d’une remarquable précision”.

Marcel Demesmay volait sur le H7•B. (Collection Joyau via Gilberti et Audren)

Pilote du Guyenne, Jules Roy a décrit dans “La Vallée heureuse”, la vie de ces aviateurs lancés d’abord contre des installations en France puis contre les usines de la Ruhr. Ces longues heures de vol, dans le noir complet, le silence total à guetter les avions des copains pour éviter la collision et puis cet enfer final, entre les attaques des chasseurs de nuit et le martèlement de la Flak. Le monument des groupes lourds, sur la base d’Elvington, porte cette inscription: “Un sur deux périrent”. Marcel Demesmay est de ceux qui survécurent. Son tour d’opérations terminé – trente missions de bombardement – il est resté en Angleterre pour former la relève des groupes lourds.

Une famille marquée par les drames

Revenu en Touraine en 1946, il a dirigé le contrôle aérien de la base jusqu’en 1962, avant une dernière affectation en Allemagne, et la retraite à Tours.

Ceux qui l’ont connu ont gardé le souvenir d’un homme gentil et attachant. D’un homme marqué par les drames. Ses trois fils sont entrés dans l’armée de l’air. Jacques, comme contrôleur aérien, notamment à Mérignac. Les deux autres sont devenus pilotes. Le 23 août 1968, le sergent-chef Jean-Claude Demesmay a trouvé la mort dans la collision de deux Vautour du Normandie-Niemen. Élève de l’École de l’air (promotion 1958, Louis Blériot), Michel Demesmay était sorti major de l’ École d’aviation de chasse en 1962, la deuxième promotion brevetée à Tours. Six mois après son frère Jean-Claude, Michel Demesmay trouvait la mort dans un accident de Skyraider, à Madagascar

Didier Lecoq

“Réception amicale” au pied de la tour de contrôle, à Tours, en 1956. Marcel Demesmay en compagnie de deux commandants de la base, les colonels Raymond Clausse et Philippe Maurin. En décembre 1959, ce dernier a tenu à saluer Marcel Demesmay pour sa dernière journée de chef d’état-major de l’armée de l’air. (Famille Demesmay)
DateLieuAvionCodeDurée
1 juin 1944Ferme d'Urville (station radar)Halifax B Mk V5 h 05
12 juin 1944Gare d'Amiens-LongueauHalifax B Mk V4 h 15
14 juin 1944Evrecy (concentration de blindés)Halifax B Mk V5 h 05
16 juin 1944Domléger (rampes de V1)Halifax B Mk III4 h 25
7 juillet 1944Caen (dépôt de matériel)Halifax B Mk III4 h 05
12 juillet 1944Les Hauts-Buissons (rampes de V1)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 40
18 juillet 1944Gare de VairesHalifax B Mk IIIH7*G4 h 55
25 juillet 1944Usine d'essence synthétique de Wanne-EickelHalifax B Mk IIIH7*A5 h 25
1 août 1944Noyelles-en-Chaussée (rampes de V1)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B4 h 15
2 août 1944Forêt de Nieppe (rampes de V1)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 35
5 août 1944Forêt de Nieppe (rampes de V1)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 35
7 août 1944May-sur-Orne (troupes)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B4 h 20
25 août 1944Forêt de Watten (site de V2)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 45
27 août 1944Usine d'essence synthétique de HombergHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B4 h 20
3 septembre 1944Terrain d'aviation de VenlooHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 55
10 septembre 1944OctevilleHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B3 h 50
12 septembre 1944Münster (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B4 h 30
15 octobre 1944DuisbourgHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 10
23 octobre 1944Usines Krupp à EssenHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 15
28 octobre 1944Cologne (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 15
2 novembre 1944Düsseldorf (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 35
6 novembre 1944Gelsenkrichen (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B4 h 35
16 novembre 1944Jüllich (usines)Halifax B Mk IIIH7*A4 h 20
5 décembre 1944Gare de SoestHalifax B Mk VIIPN 365 codé B6 h 45
6 décembre 1944Osnabrück (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B6 h 15
18 décembre 1944Duisbourg (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B6 h 45
21 décembre 1944Cologne-Nippes (usines)Halifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 30
24 décembre 1944Aéroport de Mülheim-EssenHalifax B Mk IIIMZ 737 codé B5 h 25
26 décembre 1944Concentration de troupes Saint-With (Belgique)Halifax B Mk VIIPN 365 codé B4 h 55
30 décembre 1944Gare de triage de Cologne-KalkHalifax B Mk VIIPN 365 codé B6 h 15
2 janvier 1945Usines à LudwigshafenHalifax B Mk IIILL 551 codé A6 h 40
6 janvier 1945Usines à HanauHalifax B Mk VIIPN 365 codé B6 h 35
13 janvier 1945Gare de triage de SarrebruckHalifax B Mk VIIPN 365 codé B7 h 05

Notes

Lire également : Le GAO 509 dans la tourmente

Sur les groupes lourds Guyenne et Tunisie

Sur Roger Fourès, qui était avec lui dans le H7•B.

Sur Laurent Pochart, sur le site de Vincent Lemaire, Équipages dans la tourmente

Le passage à Tours d’un Tupolev Tu-104

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Aéroport de desserrement en cas de mauvais temps sur la région parisienne, l’aéroport de Tours a accueilli de nombreux vols, principalement venus d’outre-Atlantique : Super Liner, Super Constallation, DC-6, Boeing 707… C’est également le cas d’un Tupolev 104 peu fréquent en 1959. La base ne portait pas encore le nom de Commandant François et Jean Tulasne, ce qui aurait permis de rompre la glace. Il s’agit du jet de l’Aeroflot, basé à Moscou, immatriculé CCCP-L5418. Mis en service début 1957, il pouvait transporter 50 passagers. Il est venu le 9 janvier 1959, au lendemain du même voyage de reconnaissance à Bordeaux-Mérignac. Après les explications sur les règles d’atterrissage avec le commandant Demesmay, responsable de la navigation aérienne, le Tu-104 a fait plusieurs approches, ce qui a permis à des passagers d’occasion de faire un tour de Tours.

Lors de la réception du général Paul Canonne à Tours en 1948. Marcel Demesmay est juste au-dessus du commandant Ernest Louis qui donne le bras au général. A la gauche du général, un as de la Grande Guerre, le colonel Julien Guertiau. (Origine Ernest Louis)

Marcel Demesmay est né le 25 octobre 1909 à Beure, dans le Doubs. Il est décédé à Besançon le 8 septembre 1986.

Merci à la famille de Marcel Demesmay pour les documents envoyés.

A propos Didier Lecoq 26 Articles
Journaliste à la Nouvelle République, à Tours. Secrétaire général de la rédaction.

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