Le quartier François Tulasne

Visite guidée du quartier Tulasne, longtemps séparé du reste de la base par la Nationale 10. L’album souvenir va vous permettre de découvrir ce casernement. Mais avant, un petit peu d’histoire.

Partira, partira pas ? Depuis la fin de la Grande Guerre, le sort de l’aviation militaire, qu’il s’agisse du camp ou du 31e régiment, est régulièrement d’actualité.

Partira ? Les propriétaires des terrains ainsi que les conseils municipaux, comptaient bien, la guerre terminée et les aviateurs américains repartis outre-Atlantique, récupérer les terres agricoles. D’autant qu’elles étaient d’excellente qualité.

Partira pas. Un avis que ne partageait pas l’agent voyer cantonal, qui écrit, dans une note, que « cette ville nouvelle édifiée, représente un capital fort élevé. Nous estimons que les frais de remise en l’état primitif, dépasseraient de beaucoup la valeur des terrains occupés. » Et de conclure : « Dans ces conditions, nous estimons qu’il y a tout intérêt, pour l’État Français, à conserver cette installation comme école d’aviation. » De fait, les élus du département vont régulièrement balancer entre le désir de conserver le 31e régiment d’aviation et celui de récupérer les terres.

Partira pas. En 1919, lorsque les Américains plient bagages, c’est le premier sentiment qui domine. A l’image du député tourangeau, René Besnard, sous-secrétaire de l’Aéronautique au cours de la guerre, qui s’en inquiète auprès du président du Conseil. Celui-ci se veut rassurant en juillet, annonçant la présence à Tours du 8e régiment du génie, d’un régiment d’artillerie d’assaut (ce sera le 501e régiment de chars de combat) et d’un groupement d’aviation.

Partira ? Les liens de l’amour ont été quelque peu distendus dès qu’il a été question d’argent. En avril 1920, le conseil municipal de Tours refuse son soutien (financier) pour l’installation d’un régiment d’aviation à Parçay-Meslay.

Partira pas. Ce qui ne l’empêche pas, en 1922, lorsque des rumeurs de déménagement circulent, de raviver sa flamme : « Nous espérons bien que le vœu de la population tourangelle, exprimé avec force par sa municipalité, sera exaucé par le maintien à Tours, d’un régiment d’élite qui apporte à notre cité, un élément important de vie et de prospérité. » Et pourtant, M. Morin, maire de Tours, refuse d’engager les finances de la ville en juillet 1923 lors d’un nouveau débat en conseil municipal. Pour la première fois, des chiffres y circulent. L’enjeu, c’est la création d’un nouveau casernement, qui allait devenir le quartier Tulasne, dont le coût est de quinze millions, dont cinq à la charge de la ville. Celle-ci estime qu’une remise en état des baraquements ne lui revenant qu’à un million, cette solution est la meilleure. Mais comme la ville a peur de perdre son régiment, le conseil municipal se contente de voter, à l’unanimité, un vœu « tendant au maintien du 31e d’aviation à Tours ». Alors partira ?

Partira pas. C’est le ministère de la Guerre qui l’annonce, le 18 novembre 1925. Là, le petit jeu va changer. Partira, partira pas, va laisser place à une nouvelle question : s’agrandira, s’agrandira pas ? S’agrandira, préconise le ministère de la Guerre. S’agrandira pas ou… partira, objecte le conseil général d’Indre-et-Loire, dans un énième vœu, en mai 1926, voté à l’unanimité, dans la foulée du député de gauche, Louis Proust : « Que l’administration de la guerre recherche les moyens de se contenter de l’espace qui lui est actuellement réservé ; subsidiairement et pour le cas où cela ne lui semblerait pas possible qu’elle transporte sur un autre point du département, là où les terres seront de moindre valeur, les baraquements établis ; et qu’elle trouve dans la mise en vente des terrains du camp les bénéfices qui lui permettront de transporter ailleurs ledit camp ».

Partira pas et s’agrandira. Le petit jeu se termine par une décision du ministère de la Guerre, qu’il motive ainsi, dans un courrier adressé à la préfecture d’Indre-et-Loire, le 9 juillet 1926 : « Le déplacement du 31e régiment d’aviation a été envisagé. Mais pour différentes raisons […] il est à présumer que le régiment sera maintenu dans sa garnison actuelle.
« D’autre part, pour qu’un régiment d’aviation puisse fonctionner normalement avec le minimum de risques d’accidents […] il est indispensable que l’aire d’atterrissage et ses abords remplissent un certain nombre de conditions.
« Le terrain d’atterrissage de Parçay-Meslay étant loin de remplir les conditions voulues, il est nécessaire, malgré les inconvénients signalés par les populations voisines, de prévoir son agrandissement. »

Roger Saussol lors de son passage à la 3e escadrille
(Spa 65) de la 2e escadre. (Famille Saussol)

Dans la foulée, les premiers jugements d’expropriation sont pris par le tribunal de première instance de Tours, le 28 juillet 1927. Ils touchent les communes de Saint-Symphorien et Parçay-Meslay. En octobre commence la construction du bâtiment pour loger les sous-officiers célibataires. Le 21 octobre, adjudication de deux autres bâtiments pour le mess des sous-officiers et pour loger deux groupes d’aéronautique.

En septembre 1930, le général Barès inspecte le 31e régiment d’aviation. « Il a terminé sa tournée d’inspection par la visite des nouveaux casernements qui sont actuellement à peu près terminés », commente la presse locale qui avait déjà parlé, en mai, des profondes mutations que connaît le camp d’aviation : « Pendant longtemps, les Tourangeaux passant sur la grand’route de Paris, n’aperçurent à côté des vastes hangars abritant les oiseaux aux ailes tricolores, que de modestes baraques en bois servant à loger le régiment. Depuis, tout cela s’est transformé. Des constructions en pierre se sont élevées et continuent de s’édifier. »

En février 1932, le général Goubeau, commandant la 9e région, et le général Denain, commandant la 3e division aérienne dont le siège est à Tours, visitent les nouveaux casernements. « L’inspection se porte particulièrement sur l’infirmerie tout à fait moderne de ce régiment, chauffage central, distribution d’eau et clarté des pièces font de cet imposant bâtiment une infirmerie modèle […] La caserne se présente actuellement presque terminée : les murs d’entourage sont finis, ainsi que la pose de la grande grille d’entrée portant l’inscription, Quartier Tulasne en mémoire de notre compatriote. »

La dernière tranche du quartier Tulasne (bâtiment de la 31e escadre, locaux pénitentiaires et les deux pavillons d’entrée) est achevée en 1933, ainsi que l’agrandissement du mess des officiers, au Grand-Colombier, que vient visiter Pierre Cot. En 1934, des magasins à munitions sont installés au coin nord-ouest du quartier Tulasne, au profit du 31e RAO et du centre de mobilisation 31 (cartouches et poudre).

Terminé, le quartier Tulasne va pouvoir accueillir ses nouveaux locataires.

Un peu moins d’un siècle après la création du terrain d’aviation de Tours, la question revient. Elle concerne la base aérienne et l’école de chasse. Partira, partira pas ? Partira. Cette fois c’est certain.

Didier Lecoq

L’album souvenir du Quartier Tulasne

Les annotations sont de la fin des années 30, plus précisément entre 1937 et 1939. Certains clichés ont été pris depuis les châteaux d’eau. La carte postale 2 depuis celui qui est de l’autre côté de la nationale, au sud; la carte postale 3 depuis celui qui est au nord, toujours côté terrain (il n’y avait pas encore de piste en dur). Le quartier est symétrique autour de l’axe entrée-infirmerie. Seules exceptions, le mess et les logements des sous-officiers, au nord du quartier. Il y avait deux cantines, Perrin et Foucteau qui tiraient leurs noms de leurs responsables. L’ouverture de la rocade, inaugurée le 10 décembre 1984, a permis de regrouper le quartier François Tulasne au reste de la base qui avait pris le nom de zone Jean Tulasne après la guerre. Et d’éviter de nombreux accidents de la circulation.

A propos Didier Lecoq 29 Articles
Journaliste à la Nouvelle République, à Tours. Secrétaire général de la rédaction.

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