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31e escadre de bombardement

Équipages dans la tourmente

Le site de Vincent Lemaire sur la 31e escadre, de 1937 à 1942.

Le dernier raid de l’adjudant-chef Jean Foiny

19 mai 1925 Peu de temps après avoir décollé de l’aérodrome de Parçay-Meslay pour reconquérir la coupe Zenith, l’adjudant-chef Jean Foiny, pris dans le brouillard, s’écrasait à quelques kilomètres du terrain après avoir fait demi-tour.

Jean Foiny

A la sortie de la Monnaie, dans la direction de Tours, sur la droite. Un monument rappelle qu’ici, aux Belles-Ruries, le 19 mai 1925, l’adjudant-chef aviateur Jean Foiny et son mécanicien Jean Foucher, ont trouvé la mort. L’adjudant-chef Foiny appartenait au 31e régiment d’aviation de Parçay-Meslay, comme Jean Foucher, un conscrit bordelais qui l’accompagnait. Ce matin-là, ils ont décollé à 4 h 28’27’’, dans le brouillard. L’heure est précise. Jean Foiny partait pour reconquérir la coupe Zenith, une épreuve réservée aux militaires dont il avait pris la tête en 1924, et des chronométreurs de l’Aéro-Club de France – MM. Deslis et Baconnier – étaient présents pour donner le signal du départ.

Au-dessus de Monnaie, à quelques kilomètres du terrain de Parçay-Meslay, l’adjudant-chef Foiny a décidé de faire demi-tour. Les habitants de Monnaie ont entendu l’avion. Brouillard ou ennuis de moteur, le pilote a cherché  à regagner son terrain. Il n’est pas allé loin. Après avoir touché un chêne de la forêt qui sépare le château des Belles-Ruries de la route, l’avion s’est écrasé dans une allée forestière, l’allée des Chasseurs. Les débris de l’appareil et les corps n’ont été découverts que deux heures plus tard par le jardinier du château.

L'adjudant Foiny devant un Spad. Le 31e RAO a possédé au moins un Spad.

Jean Foiny s’est fait un nom  dans l’aviation, enchaînant, sous les couleurs du 31e régiment d’aviation de Tours, meetings et compétitions. Il est né le 8 août 1890 à Niherne, dans l’Indre (ouest de Châteauroux), était menuisier-ébéniste à Tours avant la guerre. C’est au cours de celle-ci qu’il a découvert l’aviation après avoir été blessé dans l’artillerie coloniale (trois doigts écrasés). Il est élève pilote le 1er juin 1917,  avant de passer successivement par Dijon, Chartres, Châteauroux et Avord. Il est breveté le 16 août 1917 (brevet 8.143). Une formation qui ne se fait pas sans heurt. En effet, à Avord, Jean Foiny écope de huit jours de prison pour « être rentré au réfectoire avant l’heure par la porte servant à la distribution du thé ». On ne badinait pas avec la discipline à Avord.

Le 20 octobre 1917, il est de revue pour la visite du sous-secrétaire d’État à l’aéronautique, au cours de laquelle est lue la dernière citation de Georges Guynemer. Une tradition reprise depuis, chaque 11 septembre, date de la disparition de l’as français. Après son passage à la division Paul Schmitt, Jean Foiny est allé, comme tous les pilotes, au Groupement des divisions d’entraînement (GDE).  Jusqu’à son affectation à l’escadrille Sop 229, le 8 décembre 1917. Le 5 janvier 1918, il touche son premier Sopwith, le n°2525. Lui, l’ancien artilleur, fait beaucoup de réglage d’artillerie. En mai, le 5, il est transformé sur Breguet 14. Le sien est le n°2639.

Prisonnier de guerre

A ses obsèques, Jean Cournot, son chef à l’escadrille Br 229, a rappelé le dernier combat de Jean Foiny. « L’escadrille Br 229 était revenue à Verdun au début de septembre 18, comme soutien de l’armée américaine, rapporte la Dépêche. Là, après de multiples missions sur Charleville, Sedan et Briey, le 16 septembre, Foiny qui était parti plein d’ardeur en reconnaissance photographique dans la région de Metz accompagné de l’observateur mitrailleur Kackelbecker, fut attaqué dans ce secteur par la célèbre escadrille des “ Tangos ” .

Un pilote populaire au point d'être caricaturé.

« Foiny et son passager se battirent comme deux lions. Au bout de vingt minutes d’un combat désespéré, le vaillant pilote eut son mitrailleur très grièvement blessé et son avion criblé de balles. Une nouvelle rafale vint déchirer le réservoir de son appareil, casser l’hélice et briser le palonnier. Jouant le tout pour le tout, Foiny chercha à rentrer dans un des appareils ennemis mais les Allemands se dérobèrent devant une telle bravoure.

« Foiny fut contraint d’atterrir sous les balles, à Ozenailles, près d’Etain. Comme son observateur gisait dans la carlingue, une jambe et un bras déchiquetés, il lui fut impossible d’incendier son appareil mais il ne l’abandonna aux Allemands qu’après avoir brisé, toujours sous le feu de l’ennemi, tous ses appareils de bords et ses appareils photographiques. » Le sergent Foiny fut alors fait prisonnier. Pour mieux s’évader.

Après un passage à Dijon après guerre, il est affecté au 31e régiment d’aviation de Tours en 1920. Moniteur et réceptionneur, il a notamment formé un autre grand pilote de raid du 31e régiment d’aviation, le capitaine Victor Lassalle qui trouvera la mort en 1929, au cours d’une tentative de raid entre Paris et l’Indochine. L’adjudant Foiny a été victime de plusieurs accidents. Le 6 décembre 1920, il est victime d’une panne au décollage en rentrant du meeting de Loches auquel il participait à titre privé. L’année suivante, le 8 mars, une collision entre son avion et celui de son élève, le lieutenant Fabron, aboutissait à la mort de cet officier. Tout au long de sa carrière, Jean Foiny n’a pas hésité à voler dans les meetings. En 1924, il a notamment participé au concours des avions de tourisme, sur un Potez VIII, avec les plus grands pilotes civils de l’époque (Fronval, Lasne, Adrienne Boland, etc.)

Jean Foiny, en civil, dans un meeting, sur Nieuport 80, avec un parachutiste.

La Military Zenith

Le 12 août 1922, Jean Foiny a déjà effectué un long raid de 2.000 kilomètres en France : Tours – Paris – Dijon – Lyon – Istres – Pau – Tours, en 14 h 12 min. de vol. Il pilotait un Breguet 14, moteur Renault 300 HP, accompagné d’un mécanicien, le sergent Belin. La même année, le 13 novembre, à l’occasion du Grand Prix des avions de transport, il remporte le « Military » en couvrant les quarante kilomètres du circuit en 14 min 3 s.

En juillet 1924, Jean Foiny prend donc la tête de la seconde édition  de la Military Zenith. Cette épreuve s’est courue sur le même circuit que la première édition : Paris – Metz–Strasbourg–Dijon–Lyon–Châteauroux–Tours–Paris soit 1.495 kilomètres à couvrir deux fois avec atterrissage obligatoire dans chacune de ces villes. L’épreuve a débuté en juin 1924 pour prendre fin en juin 1925 avec une trêve hivernale allant du 15 octobre au 15 mars. Une seule modification a été apportée pour la seconde édition, elle concerne la façon de prendre le temps à l’arrivée. Au lieu de stopper ter le chrono quand l’avion est complètement arrêté, moteur calé, le temps est pris quand l’avion franchit une ligne d’arrivée. Ce changement est destiné à éviter les accidents à l’atterrissage, car des concurrents, pour gagner du temps, ont atterri hélice calée et souvent le vent dans le dos.

Jean Foiny n’est pas parti seul. L’accompagne dans cette tentative, un autre pilote du 31e régiment d’aviation, le lieutenant Gonnet. Parti à 3 h 51 du matin, Foiny est revenu à Tours à 11 h 37 au terme de se première boucle. Il casse un essieu à l’atterrissage mais peut repartir. A 20 h 12, il en termine avec son périple. Avec une moyenne de 171,690 km/h, il devance le colonel Vuillemin qui avait la meilleure moyenne jusque-là : 166,179 km/h. Quant au lieutenant Gonnet, il a abandonné à l’issue du premier tour pour un problème de soupapes. L’adjudant-chef Foiny a disputé cette épreuve sur son avion d’arme, un Potez 15 A2. C’est avec ce même avion qu’il prend part à le coupe Lamblin, le 28 juillet. Son parcours, Paris – Lyon – Istres – Lyon – Paris. Là encore, il obtient le meilleur temps, devançant, de quatre minutes, le lieutenant Léon Challe (Nieuport-Delage 29), parti peu avant lui. Un succès qu’il doit à son talent mais aussi au règlement. Foiny a droit, en effet, de soustraire cinq minutes à sa performance pour avoir emmené un passager, Guinot, son mécanicien.

Ce qui reste de son Potez 15, après son accident mortel. (Collection Vincent Lemaire)

Record du monde

Jean Foiny a connu son jour de gloire en novembre 1924 lorsque, sur le circuit entre les pylônes de Villesauvage (Étampes) et La Marmagne (Gidy, au nord d’ Orléans), il a battu deux records du monde sur 500 kilomètres, avec 250 et 500 kg de charge à près de 200 km/h (195,987 exactement). Là encore, il a utilisé son avion d’arme, le Potez 15 A2 (moteur Lorraine de 400 ch, radiateurs Lamblin, hélice Merville). En 2 h 31 min 51 s 2/5 (moyenne de 196,987 km/h), il a repris le record à l’Américain R. Lockwood sur DH 4-L (180,805 km/h).

L'actuel monument.

Jean Foiny a été inhumé à Châteauroux. Il était marié et père de trois enfants. Une rue de Tours porte son nom, mais pas son grade véritable puisqu’il était adjudant-chef et non adjudant.

Un mois après sa mort, en juin 1925, la coupe Military Zenith était remportée par un pilote encore peu connu, Henri Guillaumet.

Didier Lecoq

Aéroplane de Touraine 2005 – 2010

La section tourangelle de l’ANSORAA (Association nationale des sous-officiers de réserve de l’armée de l’air) a constitué un dossier sur Jean Foiny, dossier qui se trouve aux archives municipales de Tours. Nous y avons trouvé certaines informations. La photo de Jean Foiny devant le Spad et sa caricature proviennent de sa famille.

La section des Médailles militaires de la BA 705 porte le nom de Jean Foiny.

Les obsèques de Foiny et Foucher à Saint-Symphorien.

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