Louis Chupin, photographe à la base de Tours et témoin

Louis Chupin a passé un an à la section photo de la base aérienne de Tours. Il en a ramené quelques souvenirs…

Louis Chupin, 3e en partant de la droite. La section est commandée par le capitaine Sutter. Cette photographie permet de découvrir l’insigne de la section. Ajoutés au cliché, l’insigne agrandi et un demi-insigne d’une autre photo. (@ Louis Chupin)

Louis Chupin est né le 23 novembre 1912 à Faye-d’Anjou. Il est décédé le 14 février 1998 à Angers .
Il a été appelé au 31e régiment d’aviation de Tours où il est arrivé le 25 octobre 1933, quelques jours après le passage de Jean Mermoz sur le terrain qui héberge le 31e régiment d’observation et le 2e régiment de chasse. Ce n’est pas une base aérienne. Pas encore. Louis Chupin vivra le changement le 1er janvier 1934 avec la création de la base aérienne 131 et la création des 31e et 2e escadres. Entre autres.
Photographe, Louis Chupin a été affecté à la section photo (SPAé 3). Celle-ci était dirigée par le capitaine Léon Sutter depuis la fin 1932. Il s’agissait essentiellement, pour lui, de travail de prises de vue au sol, de labo, pas de voyage en avion. Les photos étaient reproduites et distribuées. Ou vendues comme les photos aériennes de châteaux.
Cette série de photographies, mise à la disposition par sa famille – que je remercie –, met un coup de projecteur sur cette année en Touraine. Et notamment, sur plusieurs événements. Par l’image.

Didier Lecoq

6 octobre 1933 Un Potez 25 sur le nez

Le genre d’accident qui passe totalement inaperçu dans la presse tourangelle, comme souvent lorsqu’il a lieu sur le terrain. Celui-ci s’est déroulé quelques jours avant l’arrivée de Louis Chupin à Tours. Les photographies étaient toujours dans les tiroirs, sans doute. Superbe poirier du Potez 25 n°315 de la 13e escadrille (Br 226). Pilote, le caporal Biaux. Mitrailleur, le sergent Gaillères dont c’était le premier vol à Tours.

On reconnaît l’insigne de l’escadrille, un poussin sortant de sa coquille, une paire de jumelles au cou. Une photographie qui était également dans les archives de Jean Gaillères, via Vincent Lemaire. (@ Louis Chupin)
Plus spectaculaire que dangereux. Mais attention à la descente pour le mitrailleur. (@ Louis Chupin)
Cette photographie était également dans les archives de Jean Gaillères, via Vincent Lemaire. (@ Louis Chupin)
Le Potez 25 est presque sorti de sa mauvaise position. Il revolera le mois suivant. (@ Louis Chupin)
Scènes de vie d’un conscrit
Un outil indispensable sur une base, le vélo (@ Louis Chupin, à gauche)
Moment de détente pour notre conscrit, à droite. (@ Louis Chupin)
Corvée de lessive devant le bâtiment de la Section photo. (@ Louis Chupin)
Ils jouent à domicile

Plusieurs photos représentent des avions de Tours, à Tours. Le plus souvent ces photos sont prises devant le grand hangar double de ravitaillement, tout à côté de la section d’entraînement, du bureau des pilotes et de la section photo.

Un Caudron 59. La section d’entraînement (puis escadron d’entraînement) en possédait plusieurs. (@ Louis Chupin)
Un LéO 20. Ces appareils étaient utilisés pour l’entraînement au vol de nuit. (@ Louis Chupin)
Le Morane-Saulnier 230. Il servait à la 2e escadre de chasse. (@ Louis Chupin)
Pas d’insigne d’escadrille. Peut-être est-il de passage ? A noter les flasques de roue en damier. Plutôt rares. (@ Louis Chupin)
Un Nieuport-Delage 622 de la Spa 3. En grossissant un peu, on voit que les flasques de roue ont une étoile. Rouge ? (@ Louis Chupin)
Des avions de passage à Tours
Un Potez 25 TOE. Il porte une bande tricolore près de la queue qui en fait un avion de l’escadrille ministérielle. (@ Louis Chupin)
Un Amiot 122. Un gros triplace de bombardement. Ils étaient plutôt stationnés dans l’Est. (@ Louis Chupin)
Un Loire-Gourdou Leseurre 32 (LGL 32). Ces chasseurs qui datent du milieu des années 20, équipaient la 3e escadre de chasse stationnée à Châteauroux. D’où une présence régulière à Tours. (@ Louis Chupin)
Un Moth-Morane 60. Il s’agit d’un De Havilland 60 construit sous licence en France. Son immatriculation, CT-8, indique qu’il appartient au corps technique de l’aviation. Photo sans doute prise au Rallye des vins de Touraine, le 5 août 1934. (@ Louis Chupin)
Trois Morane-Saulnier 230 et quatre Potez 25 de la Marine. Leur immatriculation OR indique qu’ils viennent de la section d’Orly. Le plus intéressant est le deuxième MS 230, bâché. Il est aux couleurs des États-Unis. L’US Navy en avait acheté trois pour le tester. (@ Louis Chupin)
Un Morane-Saulnier 225. Au fond, un Potez 25. (@ Louis Chupin)
12 juin 1934 Visite d’une escadrille italienne

Le 1° Stormo Caccia d’Udine est à Tours. Une visite de courtoisie après la démonstration au meeting de Vincennes. Un passage indispensable pour saluer les Cigognes de la 2e escadre de chasse. Cette escadrille italienne de prestige est accueillie par tout ce que Tours compte d’aviateurs de haut rang : le général Robert Massenet de Marancour (3e région), le colonel François d’Astier de la Vigerie (3e brigade), le colonel Émile Muiron (chef d’état-major de la 3e région), le lieutenant-colonel François de Castel (31e demi-brigade), le lieutenant-colonel Georges Thénault (31e escadre), le lieutenant-colonel Léon Laurent (base aérienne 131), etc. Le 1° Stormo Caccia part le lendemain pour Châteauroux où se trouve la 3e escadre de chasse. L’escadrille italienne vole sur Fiat CR-30.

Le Fiat CR-30 n°7, à Tours. (@ Louis Chupin)
Présentation des pilotes italiens au général (air) de Marancour, au général (terre) de Montmarin, au colonel Piccio par le capitaine Barberino (en tenue de vol). (@ Louis Chupin)
Les aviateurs français s’intéressent de près au Fiat CR-30 pendant que les Italiens posent pour les photographes. Cet avion sera bientôt remplacé par le CR-32, identique mais plus petit, plus léger et donc plus maniable. (@ Louis Chupin)
8 et 9 juillet 1934 En hydravion sur un étang

Comme si mettre un hydravion sur la Loire, du 21 au 30 juin, ne suffisait pas. L’Aviation-club de Touraine organise, les 8 et 9 juillet, un rassemblement sur l’étang du Louroux. L’hydravion est le FBA.17 HT4 n°55 immatriculé F-AIMA, piloté par Robert Ané.

Les vols sur la Loire mais aussi sur des étangs. (@ Louis Chupin)
27 août 1934 Visite du général Denain

Le général Victor Denain fait une halte sur la base aérienne de Tours le 27 août 1934, au retour d’une tournée dans le sud de la France. Il y a notamment inauguré un aéroport à Mont-de-Marsan. Le ministre de l’Air a bien connu Tours puisqu’il y a été en poste en 1931, à la tête de la 3e division aérienne. Il a noué de nombreux contacts avec des militaires, bien sûr, mais aussi des aviateurs civils, notamment à l’Aéro-Club de Touraine. Il y a été parrain d’un Hanriot HD.14.
Il est arrivé à Tours à bord du Breguet 27 limousine, en compagnie du sergent-chef Hiron. Il était suivi de deux avions, l’un piloté par le lieutenant Génin, l’autre le Dewoitine D.430 piloté par le capitaine Terrasson (futur général). Le Dewoitine D.430 était un trimoteur colonial à moteurs Lorraine Algol. Exemplaire unique. Le Bloch, qui effectuait au même moment des vols en Afrique, lui a été préféré.

Le Dewoitine 430, exemplaire unique, destiné aux colonies. (@ Louis Chupin)
Le Potez 29 appartient à l’escadrille ministérielle. Un opérateur de cinéma filme pour les actualités, perché sur une voiture. (@ Louis Chupin)
10 septembre 1934 Deux autogires C30 de passage

Ils arrivent d’Angleterre où ils ont été achetés et vont en Espagne. Ils étaient pilotés par Antonio Guitiàn et Jack Richardson, instructeur de la société La Cervia. Plus tôt dans l’année, c’est Juan De La Cervia qui était passé à Tours, lui aussi sur la route de l’Espagne.

Les deux C30 aux couleurs de la marine espagnole. (@ Louis Chupin)
16 octobre 1934 Passage des avions prototypes

Quatorze avions prototypes, civils et militaires, font le tour de la France. Ils passent à Tours en fin de circuit, avec deux jours de retard à cause du mauvais temps, arrivant d’Angoulême. Ils quittent Tours le lendemain pour Orly. Côté plateau, pas de quoi déplacer les foules mais le terrain civil a été ouvert afin que le public puisse les observer. Une mention pour le Caudron C.530 Rafale F-ANAP avec lequel Lacombe et Trivier ont remporté, en juillet, les Douze Heures d’Angers.

Le Potez 39 d’observation piloté par le capitaine Gaulard de la 13e escadrille (Sal 1) de la 34e escadre du Bourget. (@ Louis Chupin)
Le Dewoitine 500 du capitaine de La Horie. (@ Louis Chupin)
Retour à Tours en 1939

Louis Chupin est mis en congé le 6 octobre 1934 puis mis en disponibilité le 15 octobre. Il est rattaché au CMA 9 (centre de mobilisation de l’aviation n°9) le 15 août 1936. Il est mobilisé le 27 août 1939 à Tours où se trouve le Centre d’instruction et de renseignement (CIR). Il est nommé caporal le 1er février 1940 puis caporal-chef le 16 avril. Sans doute a-t-il pris la direction du Sud-Ouest lors de l’évacuation. Il est démobilisé le 27 juillet 1940 et sera nommé sergent de réserve en 1952.

Six Potez 63.11 du CIR de Tours dont le 75 qui est arrivé en janvier 1940. (@ Louis Chupin)

Repères

L’organisation au 1er janvier 1934

Le 1er janvier 1934 est créée la base aérienne 131. Elle deviendra base aérienne 109 le 1er juillet 1936 alors qu’est officialisé le bataillon de l’air 109. Puis base aérienne de Tours le 15 octobre 1936. D’où la confusion: BA 109 fait souvent référence au bataillon de l’air 109 et non à la base aérienne 109, nom qu’elle n’a eu que très peu de temps avant la guerre.

3e région aérienne : général Pujo.
3e brigade : colonel François d’Astier de la Vigerie.
31e demi-brigade : lieutenant-colonel François de Castel.
Base aérienne 131 : lieutenant-colonel Léon Laurent.
2e escadre légère de défense : lieutenant-colonel Bladinières
31e escadre de renseignement : chef de bataillon Georges Thénault.

Les unités présentes au 1er janvier 1934

A la 31e escadre, les escadrilles changent de numéro, toujours au 1er janvier : 1re (ex 11e, Sal 277), 2e (ex 12e, Sal 10) pour le 1er groupe d’observation; 3e (ex-13e, Br 226), 4e (ex-14e, Sal 56) pour le 2e groupe d’observation; 5e (ex-15e, Spa 42), 6e (ex-16e, Sal 39) pour le 3e groupe de reconnaissance.

A la 2e escadre : 1re (Spa 3), 2e (Spa 103) qui forme le 1re groupe de chasse; 3e (Spa 65) et 4e (Spa 57) qui forment le 2e groupe de chasse.

La section d’entraînement devient l’escadron d’entraînement.

La section photo est désormais rattachée à la 31e demi-brigade.

Le terrain du 31e régiment d’aviation est devenu base aérienne le 1er janvier 1934. On aperçoit le petit bâtiment de la section photo où travaille l’Angevin. (@ Louis Chupin)
A propos Didier Lecoq 82 Articles
Journaliste honoraire. Secrétaire général de la rédaction à la Nouvelle République, à Tours, jusqu'en 2020.

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